[Live Report] – Le triomphe des Chemical Brothers à Rock-en-Seine : bilan du 26 août 2023

Rock en Seine 2023Samedi dernier : troisième journée Rock-en-Seine, mais surtout première participation à un festival pour moi. Ouverture des portes à 14h00 au Pont de St. Cloud de Boulogne. Grand soleil sur la ville verte des Hauts-de-Seine, il fait chaud et doux. Des centaines de joyeux drilles de tout âge, seuls, entre amis ou en famille, transhument paisiblement vers le parc. Les gens sont cool et sentent bon, étrangement beaux et apaisés ; des enfants arborent des casquettes »Rock Family » avec leurs parents. Je retrouve et voie ma superbe amie : il semblerait que je vais passer une bonne journée. Journal de bord de ce baptême festivalier.

1er concert : Préli funky pop avec Chromeo

On commence en douceur avec quarante minutes de l’électro-pop joyeuse et euphorisante de Chromeo, fringant duo canadien de vingt ans d’âge et dont Dave1, pour l’anecdote, est à la fois frère du talentueux A-Trak (moitié de Duck Sauce) et détenteur du titre de « professeur le plus cool de Canada ». Tout le monde n’est pas encore arrivée sur la Grande Scène, mais la niaque du duo chauffe de quelques degrés les spectateurs. Chromeo enfile les titres sous forme de mini-best-of : Jealous (Ain’t With It), Come Alive, Old 45’s, etc. L’ouverture de la journée n’est pas l’horaire le plus facile, mais le groupe a de l’énergie à vendre et revendre. Après 20 ans de carrière, c’est aussi leur premier festival (en France). J’y vois un signe.

Le soleil est avec nous, et avec toutes ses filles aux longs cheveux, tous ces petits îlots de personnes assises sur le gazon, on se croirait à Woodstock. C’est étrange, cette chaleur et la verdure, ces sensations de liberté et de mouvement, cette possibilité de déplacement entre les concerts se jouant parfois simultanément. Cela tranche avec les concerts guindés du Stade de France ou de la Philharmonie pour lesquels on doit s’y prendre un an à l’avance les tickets pour voir une miette chantée sur un écran. Le programme de stars du jour achève de nous convaincre. Du lourd nous attend : Altin Gün, Dry Cleaning, Noga Erez, Social Dance, Tamino, Yeah Yeah Yeahs, Cypress Hill, L’Impératrice… Dur, très dur sera le choix.

2ème concert : Uzi Freyja, la kalash du sale

Deuxième concert avec un jeune groupe plus indé, visible sur la plus intimiste Scène du Bosquet. Plus encore ici, le groupe ne collectionnait pas les conditions des plus avantageuses : concert à 14h40, soit une heure peu encore alcoolisée ; une population blanche comme neige et qui découvrait plus par hasard le groupe que par retrouvaille, probablement peu préparée à la punk trap de Kelly Rose et à la pratique d’un twerk salvateur ; mais surtout, l’absence de la moitié Stuntman5, malade mais remplacé par une jeune DJette ayant volé au secours. La prestation fût tout en rondeur et acrobaties, d’une sexualité reine car libératrice, Rose, après plusieurs tentatives, réussissant à – si l’on puis dire – bootyser son public avec l’émancipateur My Pussy My Choice et un gentiment misandre Fous moi le camp. Alors que le public était en odeur de sainteté, Uzi Freyja enduisit sa petite foule d’une douce flagrance de cyprine. Les fesses applaudissaient, et cela à notre plus grand bonheur.

3ème concert : Noga Erez, du nougat en barre !

Nous retrouvons notre groupe d’amis : assoiffés, nous nous déshydratons à l’aide de bières. La plaine est constellée de roulottes et autres stands de hot-dogs, Ricard, Spritz et autres joyeusetés. Malheureusement, ces potions magiques nous font rater l’occasion de découvrir le groupe de pop Rose Rose ou de goûter aux acides guitarisés d’Altin Gün. Je me console en avalant un churros, et nous dirigeons vers la scène de l’envoûtante Noga Erez, chanteuse israélienne connue par l’emprunt de sa musique pour des pubs, et que l’on pourrait rapprocher (un peu rapidement) à Billie Eilish et Jeanne Added, par sa pop relevée. Sa scène fût princière, pleine de charisme gracieux et de mutinerie cool, langue sous la joue et enjoués déhanchés.

4ème concert : Sexy L’Impératrice

Ça y est. On commence à aborder les grosses scènes. On étouffe pas – loin de là – mais on est une goutte dans un océan de monde. Il faut s’y prendre juste avec un peu d’avance, et ne pas tarder en queues de toilettes (surtout si on est une fille). On serpente comme on peut pour atteindre le centre de la Grande Scène, et, à défaut de voir l’herbe, on la sent. Les corps commencent à se lier, les langues à se lacer. Heureusement, il y a les larges écrans astucieusement disposés, qui permettent d’admirer, malgré la presbytie, les nouveaux cheveux roses de Flore Benguigui, voix trognon, sucrée-glacée de L’Impératrice. On retiendra du groupe, qui fête sa décennie, des danses bien chorégraphiées, servant à merveille l’esthétique de leur univers ; un son encore plus Chic que d’habitude ; un hymne explicite au Voyager des Daft Punk, ainsi qu’une sélection de titres se concentrant sur leur dernier album Tako Tsubo, preuve que leur second album fût un succès suffisant pour en faire un groupe sur lequel la scène électro-pop française pourra compter.

5ème concert : Stupéfiant climax de The Chemical Brothers

À mon grand regret, nous avons dû rater Dry Cleaning, les rappeurs du Cypress Hill et les Yeah Yeah Yeahs, dont les fines harmonies me parvenaient aux oreilles, torture insupportable, la faute aux queues de toilettes féminines aussi longues que trois bras. Nous nous empressons de prendre un sandwich et de laisser macérer cela avec le quota de pression conseillé pour survivre, puis de nous jeter à un endroit stratégique pour le spectacle de son et lumière du siècle – tout du moins, de l’année – à Paris.

C’était clairement le gros morceau du jour, et peut-être même le haut du panier de la semaine du festival. Un spectacle pharaonique, probablement similaire à l’ampleur des travaux de son et lumière de Jean-Michel Jarre il y a quarante ans, et du plus contemporain Eric Prydz. On ne pourra dire que l’heure et demi n’était pas généreuse. En DJ heroes qu’ils sont, les Chemical Brothers ont abattu une pluie – que dis-je, un déluge – de leurs tubes, tout en préparant son public à l’arrivée imminente de leur prochain album : que ce soit les légendaires Do It Again, MAH, Go, Galvanize, Do It Again, Got To Keep On ou les récents No Reason et Live Again, tout y est passé ; c’était un festin musical et visuel, et pas que! Fidèles à eux, leur musique reste à la fois intemporelle des trois décennies électroniques traversées, d’une classe totalement british. On en vient à espérer qu’Orbital ou Plaid s’en inspirent pour leur spectacle. L’effet sur la foule en chair était improbable. Messe païenne? hallucination collective? rencontre du troisième type? partouze habillée ? Nul mot et image pourrons traduire ce que nous avons véritablement vu et expérimenté dans cette mer noire extatique de silhouettes levées. Plusieurs âmes ont jubilé vers le ciel, pendant que d’autres furent créées dans les bosquets jouxtant la scène. Les risques du métier. Chroniqueur musical est une passion définitivement dangereuse. C’était en somme une belle journée.

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