The Chemical Brothers / For That Beautiful Feeling
[EMI / Virgin Records]

8.3 Note de l'auteur
8.3

The Chemical Brothers - For That Beautiful FeelingC’est la sortie de la semaine. Après nous avoir mouvementés à Rock-en-Seine, The Chemical Brothers nous reviennent dans les pattes avec leur dixième album. Nous parlons tout de même d’un groupe d’une plus grande longévité encore que les Daft Punk, pionniers britanniques de la scène big beat anglaise : Tom Rowlands et Ed Simons attaquent donc leur quatrième décennie de leur romance chimique (1992, ça commence à remonter), et cela se fête dignement. Vérifions si ce For That Beautiful Feeling est à même de nous infliger cette même sensation.

Béate génération

Ce qui est assez incroyable avec les Chems, est que leur musique semble porter une incontestable empreinte d’un album à l’autre. Attention, pas que ces derniers soient interchangeables, du tout, mais on ne peut le punaiser à une époque particulière. Et pourtant, c’est là une seconde particularité et un paradoxe : leur musique reste toujours perméable à de multiples influences extérieures au duo, l’aérant ainsi. Les singles de l’album constituent d’excellentes illustrations. Contrairement aux Daft, dont la musique, par la force de leur signature, avait la fâcheuse tendance de tout faire exclusivement sien, un morceau comme No Reason, avec ces notes funky et acidulées, convoque toute une époque et ses membres, qu’ils s’appellent LCD Soundsystem ou Fatboy Slim, sans oublier l’héritage punk britannique plus lointain encore, de Second Layer (échantillonné) à The Cure. Exemple plus parlant encore, Live Again est un morceau tout à fait french touch, se réclamant de cette même décennies 1990, et on ne pourra s’empêcher de percevoir dans ces aplats et ciselage de voix une citation à la griffe de Todd Edwards. Ça s’appelle rester humble.

Par rapport à No Geography (2019), le tandem a eu la bonne idée de réduire les collaborations à peau de chagrin. Sur le précédent titre, la française Halo Maud officie la tâche remplie par Kylie Minogue en son temps. Mais on aurait presque voulu qu’ils s’en tiennent au minimum syndical. Le morceau éponyme closant l’album, toujours avec Maud, laissait présager un morceau jungle trépidant ; il n’en est point. Le retour de Beck n’est pas heureux (le trio n’a d’ailleurs jamais fonctionné), Skipping Like A Stone se révélant aussi frais qu’une limonade éventée. C’est tout comme si Jungle ou My Bloody Valentine étaient chantés par… Empire of The Sun. Berk! C’est lorsque la recette des deux frères de pipettes reste secrète sur ses excipients que l’album implose.

Musique moléculaire

Cet album respire toujours autant leur vapeur, porte leur ADN. Et pas que. Magic Wand, avec sa chanteuse évoquant une Björk en forme, rappelle aussi bien Leftfield que Underworld, les Beastie Boys que The Prodigy (à qui on pense tout particulièrement sur The Weight, avec ses snares qui s’élancent), groupes électro, de rock ou de rap inter-genres par excellence. Un morceau comme Fountains, avec ses battements usiniers et bruits de gaz, semble issu d’une recette qui aurait glissé du coffre de The Neptunes ou Timbaland. Allant vocalement du côté de chez Tame Impala, l’instrumental l’emporte sur elle, et c’est au tour d’une résurgence funky-jazzy à la Nile Rodgers d’apparaître dans la rythmique, le groupe semblant presque s’aventurer vers les contrées chaudes d’un mystère musical, celui du bebop. L’album fera encore la joie de cette catégorie de réalisateurs-clippeurs épileptiques que furent les Danny Boyle et Tom Tykwer, mais aussi des prochaines pubs Apple, tout en cool indolence.

On ne sait plus si on évolue dans une Angleterre dallée de gris ou si l’on se situe déjà dans la matrice folle des Chems, un univers cybernétique mi-effrayant mi-excitant similaire à celui de Rez, à la fois froid et psychédélique. On valdingue alors d’une chaîne de codes à l’autre, mais sans pour autant casser des câbles. Feels Like I’m Dreaming, le gros morceau club, nous remémore nos tortillements sur Further (2010). On retrouve dans leurs pistes les tropes absolument fonctionnels du duo : l’angoissant passage sous tunnel, la lente montée aiguisant le suspens, l’exaltante accélération, le moment de bravoure dance, l’obsessionnel motif vocal tournant en boucle, etc. Bref, on est comme à la maison. Mais c’est là que l’on aurait aimer que les morceaux soient encore plus fous que fous, rompent le monolithisme connu incombant à leur stature de DJ heroes, se refusant de se laisser enfermer par un son plus puissant qu’eux. For That Beautiful Feeling est donc riche en joies, mais en joies précédemment goûtées, déjà expérimentées. De mémoire, les derniers albums de Plaid et surtout d’Orbital évitaient cela, assurant une sortie constamment renouvelée hors de la zone de confort. Mais qu’on se rassure : vos voisins vont continuer à vous détester avec ce disque. C’est aussi un gage de qualité.

Tracklist
01. Intro
02. Live Again (ft. Halo Maud)
03. No Reason
04. Goodbye
05. Fountains
06. Magic Wand
07. The Weight
08. Skipping Like A Stone (ft. Beck)
09. The Darkness That You Fear (Harvest Mix)
10. Feels Like I’m Dreaming
11. For That Beautiful Feeling (ft. Halo Maud)
Écouter The Chemical Brothers - For That Beautiful Feeling

Liens
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

More from Dorian Fernandes
Baboust / An Evening at Daisyworld
[Label Losange]
On était ressorti du single de Baboust légèrement circonspect, mais confiant en...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *