The Murder Capital / When I Have Fears
[Human Season]

10 Note de l'auteur
10

The Murder Capital - When I Have FearsQuand on cessera enfin de gesticuler frénétiquement, exsangue, tout le monde aura déjà tout dit à propos de The Murder Capital. Tout et peut-être même n’importe quoi pour se targuer d’avoir découvert le groupe irlandais avant qu’il ne devienne « the next big thing« . Un statut qui lui sera a coup sûr attitré mais dont ces gars-là n’ont probablement pas grand-chose à faire – ou alors on n’a pas tout pigé.

Alors, oui, comme il est désormais de bon ton de s’enticher d’IDLES, Shame ou de Fontaines D.C. (ces derniers étant d’ailleurs, eux aussi estampillés « from Dublin »), les mêmes arguments pourront être avancés à propos de ce quintette capable, sans coup férir, de mettre une salle de concert en feu, de transformer une bande de festivaliers en tongs en redoutables black blocs. Rien que sur la foi de son premier single Feeling Fades, The Murder Capital avait déjà fait exploser les chapelles du rock. Encore plus explosif et vindicatif, More Is Less est de ces chansons qu’on vocifère le poing levé rageusement, alors qu’on est au volant du break familial coincé dans les bouchons ou en faisant son repassage (ce qui, dans les deux cas, est vivement déconseillé). Un vrai hymne pour pogoter. Tout ça, c’est ce qui saute aux oreilles, qui pète à la gueule lorsqu’on découvre When I Have Fears (Human Season).

Mais dès l’ouverture de l’album, le mur (du son) se lézarde déjà : For Everything dévaste tout sur son passage avec une force inouïe, avant que seulement au bout 3 minutes et trente-cinq secondes, on comprenne que The Murder Capital est bien autre chose qu’un énième groupe de rock enragé (aussi talentueux pourrait-il l’être). On ne sait pas ce qu’il adviendra des groupes précités (ni des nombreux autres qui se sont engouffrés dans leur sillage) mais dès la première chanson de leur premier album, on est persuadé qu’on tient là un grand groupe. De ceux qui vont marquer.

Peut-être la fêlure, la fragilité qu’on discerne derrières les riffs aiguisés comme des rasoirs, derrière ce binôme basse / batterie implacable, emmènera-t-elle trop vite le groupe au-delà de la ligne de flottaison de la vie. Peut-être que la combustion sous-jacente se transformera en brasier incontrôlable. Qu’à se livrer corps et âme à chaque composition comme si sa vie en dépendaient, sa carrière aura la fulgurance d’une étoile filante. Et comme James McGovern déploie des qualités vocales incroyables (le second single Green & Blue permet d’en mesurer le spectre), qu’il est captivant, magnétique, voire un peu flippant et certainement flippé, les Irlandais n’éviteront pas la comparaison avec Joy Division. Dont acte.

Sur le diptyque Slowdance I et II,  on serait aussi obligé de citer faire référence à The Cure pour l’ambiance et ces sons de guitares venus de l’au-delà (le mixage du gourou Alan Moulder et la production de Flood sont magistrales). Dont acte part II. On en regretterait presque d’avoir galvaudé la comparaison à trop l’utiliser. On Twisted Ground nous perfore pourtant comme la plus noire des déclarations de Robert Smith – on vous laisse choisir le titre, car la dernière qu’on a pris parti sur ce sujet, le serveur de Sun Burns Out a disjoncté.

Alors qu’on chiale à moitié en rythme avec la respiration de McGovern, The Murder Capital nous assène une torgnole magistrale – on  notera que l’effet est voulu puisque vous aurez déjà du vous lever le cul pour changer de face du vinyle, comme s’ils avaient refusé à l’auditeur de se goinfrer du brûlot Feeling Fades sans endurer au préalable leurs souffrances. Et là, on mesure aussi que McGovern est capable de beugler et d’haranguer la foule, que la paire de tueurs à guitares composée de Damien Tuit et Cathal Roper peut faire fondre un mur d’enceintes. Derrière Don’t Cling To Life est presque fédérateur, presque aussi léger que la noisy-pop très 90’s de The Franck & Walters – enfin, gavé aux amphétamines. Et puis… Et puis, c’est l’effondrement, le repli sur soi, la confidence avec le goût amer de la défaite en bouche (How The Streets Adore Me Now) avant que le groupe se cabre une dernière fois, se dresse fièrement, avec la bravoure des vrais romantiques (Love, Love, Love, tout un programme). Sur la dernière note de basse qui clôture ce chef d’œuvre, on a les oreilles qui saignent, la gorge nouée, le torse en sueur, le cœur étreint sans qu’on puisse se défaire d’un sourire.

Tracklist
01. For Everything
02. More Is Less
03. Green & Blue
04. Slowdance I
05. Slowdance II
06. On Twisted Ground
07. Feeling Fades
08. Don’t Cling To Life
09. How The Streets Adore Me Now
10. Love, Love, Love
Écouter The Murder Capital - When I Have Fears

Liens
Ecrit par
Ecrits aussi par Denis

SPARKLING / I Want To See Everything
[Vitamin A Records]

La parution d’un EP malin (This Is Not The Paradise They Told...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *