Bärlin voit le ciel émeraude (séance de rattrapage)

BärlinDepuis Wim Wenders, il y a deux façons de voir la cité des anges. La sombre ou l’ensoleillée. L’Américaine ou l’Européenne. Couleur ou noir et blanc. Gageons que les membres du groupe Bärlin ont choisi depuis longtemps : leur musique évolue en noir et blanc et n’invite guère à la pratique du surf et au port du caleçon de bains (encore que…). Cela ne les empêche pas de glisser ça ou là de délicieux clins d’œil cuivrés aux Américains (disparus pour cause de décès) de Morphine ou au très vivant Nick Cave (qu’on n’a jamais vu se baigner à Brighton non plus).

Bärlin est un trio lillois (on ne sait pas si le nom du groupe découle de la ville de Barlin, petite localité du Pas de Calais) organisé autour de Clément Barbier, chanteur et clarinettiste, Laurent Macaigne à la basse et Simon Thomy à la batterie. On avait raté à sa sortie l’an dernier leur dernier disque autoproduit, Emerald Sky, et c’était une erreur : la pochette comme les chansons sont magnifiques. La fréquentation tardive de ce ciel émeraude motivée par une récente tournée à succès entreprise dans toute la France (dont une date à Montpellier en première partie de And Also The Trees) relève de la quasi obligation aujourd’hui. La tournée (d’une dizaine de dates) s’est avérée un véritable triomphe et a mis en évidence l’originalité et l’intensité du trio. A l’image de Morphine, donc, la structure même du groupe en fait un OVNI dans le paysage musical actuel. La clarinette fait office de guitares et confère aux morceaux une résonance et une agilité qu’on pensait jusqu’ici associée à la souplesse et à la vibration des seules cordes. L’ensemble évolue dans un registre jazz rock, plein d’élégance et de dignité, évoquant les grandes heures du post-punk divergent, de la cold-wave dérangée, l’expressionnisme expérimental de Can ou justement la rigueur post-gothique de And Also The Trees.

Les textes sont puissants, narratifs et explorent une galerie de personnages en forme de bestiaire ombragé et ombrageux : des figures mythiques, des aventuriers mais aussi des séquences venues d’autres époques confèrent à l’ensemble un pouvoir d’évocation et de suggestion redoutables. Bärlin nous fait voyager (l’effet clarinette) en Europe de l’Est, dans les années 30 mais aussi dans le bayou, des clubs louches où se mêlent des sonorités sans âge ni identité établie : on croise des accents blues, du folk, de la cold à la Joy Editors Division, du free jazz vaguement zornien, le tout dans une interprétation toute en retenue et en technicité qui n’interdit pas le lâcher prise. Si on voulait leur attirer des ennuis (et les embarrasser avec une comparaison à la noix de plus), on dirait que Bärlin a de faux airs de The National, le nouveau groupe emblématique du rock américain. Ils ont la même classe et la même folie rentrée, la même façon d’aborder les choses avec gravité mais aussi la même fougue pour dénouer la cravate et lâcher les chevaux vapeur. Sans doute est-il absurde de comparer un groupe à guitares et un groupe qui n’en joue pas, un groupe à baryton et un groupe à voix de basse, mais ceux qui ont croisé le trio semblent éprouver cette même sensation de faire face à un trio qui fait ce qui doit être fait et attend son heure.

Bärlin travaille actuellement à son prochain album. On promet d’en rendre compte en temps et en heure cette fois.

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