Tout de suite fait « Machin Machin » en mode douche dorée

Tout de Suite -Machin machin

Après leur album Je T’aime et Je Souffre (2018) qui donnait le ton, le duo érotico-foldingo-punk-variétoche Tout de Suite revient à l’automne avec un nouvel album qu’on imagine aussi déjanté et surprenant que le précédent. En attendant et pour passer l’été au chaud, Tout de Suite a décidé de se lancer à l’assaut des charts d’été avec un Machin Machin gentiment transgressif où il est question de sexe, de volupté et  d’amour un peu aussi.

Machin Machin, avec son clip remarquable à la Goldfinger, ferait un excellent single de l’été si on n’avait déjà décerné la palme à au moins dix-huit groupes depuis le début de la saison et notamment à leurs amis de Schlasss et à leurs confrères Angle Mort et Clignotant. Toute cette petite bande définit une nouvelle chanson française électro-pop et hédoniste qui se caractérise par des mélodies irrésistibles, un recours presque criminel à l’efficacité électronique et des textes « premier degré » qui ne sont même plus ironiques, sarcastiques ou drôles  à ce stade. Le désespoir est devenu tel que le salut passe par l’abandon aux plaisirs de la chair, la dérision posée en philosophie unique et la recherche du plaisir instantané et régressif comme le seul mode de vie acceptable. Nouvelle ère, nouvelles mœurs. Cette nouvelle nouvelle chanson française est flamboyante, brillante et remonterait le moral à un gilet jaune suicidaire après une série d’annonces gouvernementales.

Machin Machin est un objet surréaliste mal identifié, une chanson qui littéralement laisse pantois, d’envie, d’excitation et d’étonnement, l’équivalent d’un choc traumatique pour exhibition sexuelle (ratée) devant un lavomatic ou d’un attouchement auditif sur personnes en situation de fragilité. Tout de Suite est coutumier du fait et nous ramène à un état ante de la chanson française où Richard Gotainer couchait avec Teki Latex, où Stupeflip rêvait encore de faire de la new wave et où les couilles de Gainsbourg avaient des dents. On pense ici et d’ailleurs aux duos fameux du Grand Serge, pour la voix de l’homme qui craque et celle de la femme qui tourne autour.

C’est beau, c’est doux et ça finit à temps. On peut trouver que la chose est de mauvais goût mais, comme dirait l’autre, il vaut mieux ça que 1001 services fades et dont on aura tout oublié dix minutes plus tard. Tout de suite exige de prendre maintenant sur la table de cuisine, plutôt que de rêver à un demain plombé et sûrement sinistre. « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », dit le proverbe. Ca vaut aussi quand il s’agit de tirer un coup ou de composer une chanson. On prend Machin Machin pour l’été. La suite on s’en fout.

Photo : capture d’écran du clip

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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