C’est sans doute une des tendances du moment : la (re)découverte de l’héritage sans fin d’une dernière décennie du XXe siècle qui fut, plus on prend du recul et plus on s’en rend compte, absolument palpitante. Alors que la jeune garde réinvente souvent avec talent un rock des années 2020 savamment influencé par ce qu’il se passait 30 ans auparavant, d’autres n’hésitent pas à carrément se plonger dans des archives forcément fournies et profitent des progrès des techniques audio numériques pour rapprocher des standards du moment ces vieux enregistrements analogiques, parfois sommaires : un magnéto 4-piste, quelques cassettes chromes et des trésors d’inventivité pour faire au mieux avec les moyens du bord. C’était l’âge d’or de l’indie pop, celle des labels à 45 tours et des cassettes compilations remplies à ras-bord de morceaux dont la qualité audio était souvent proportionnellement inverse à celle de compositions microscopiques au vu des standards de l’époque (on sortait des années 80 FM et synthétiques) mais toutes plus géniales et émouvantes les unes que les autres au yeux d’un public où se confondaient régulièrement amis et fans de la première heure, correspondants épistolaires et activistes de tous poils (labels, organisateurs de concert, rédacteurs de fanzine ou vendeurs par correspondance).
Dernièrement, c’est le label Too Good To Be True qui, à la faveur de son travail avec le groupe Meyverlin dans lequel officie Philippe Lavergne et sur le dernier album duquel est intervenu Rodolphe Vassails, réédite La Débauche, le premier album du groupe dans lequel les deux compères officiaient au tournant des années 1980/90, Les Freluquets. Un groupe à la vie courte (6 ans, 2 albums et une poignée de singles) et peut-être jalonnée de regrets mais qui aura eu le mérite d’avoir à son actif deux beaux faits d’armes. Le premier est d’avoir sans doute été en 1990 avec Les Objets les pionniers dans le sillage des bordelais de Gamine d’une certaine pop d’inspiration toute britannique en VF. Le second d’avoir signé avec La Débauche la toute première référence de Rosebud, label rennais qui allait révéler Philippe Katerine ou The Married Monk et participer à l’essor de la french touch avec Indurain puis Ollano avant que son fondateur Alan Gac n’aille créer le désormais incontournable Cinq7.
Remasterisé comme il se doit par Hughes Germain et agrémenté de démos et d’inédits, la réédition nous replonge dans un album qui n’a presque pas pris une ride. Alors bien sûr, les voix maniérées comme pouvait l’être celle de Stoyan C. ont un peu perdu de leur aura (même si on a salué l’an passé le très beau retour de Paul Félix de Gamine) et on enregistrerait sans doute plus trop aujourd’hui des batteries aussi sèches qu’un coup de trique (Si) mais on savoure avec le même plaisir qu’au premier jour la qualité de ces belles chansons mélodiques portées par des guitares lignes claires absolument radieuses, La Débauche ou Les Portes pour ne citer que les plus étincelantes.
Même si le modèle se voulait plus professionnel (le label signera rapidement un contrat de licence avec Barclay), Rosebud et Les Freluquets, tout comme le voisin nantais Lithium avec une destinée aux trajectoires non dénuées de similitudes, vont porter toute une génération de musiciens et d’activistes dont certains sévissent encore. C’est le cas de Michaël Korchia dont on suit encore les actualités avec Vacance ou Feutre et qui réédite ce mois-ci de vieilles maquettes de l’un de ses premiers groupe, Mumbly. L’idée est curieuse car à part une poignée de fans hardcore, on se demande bien qui peut attendre une telle réédition mais l’effet madeleine fonctionne parfaitement : il replongera les plus anciens au cœur de cette époque bénie des cassettes compilations que le groupe écumait, du Japon aux Etats-Unis, de Brest à Bordeaux en passant par Strasbourg avant d’atteindre son graal sous la forme d’un album, Being Ernest, sur le mythique label anorak d’Hambourg, Marsh-Marigold en 1997. Mais s’il est beaucoup question de nostalgie, on sait aussi que cette époque fascine de plus jeunes musiciens qui se plongeront ici dans des archives particulièrement évocatrices qui témoignent de leur époque imparfaite mais sincère : tubes en trois accords, accent anglais approximatif, limites des conditions d’enregistrement que le (re)mastering ne peut complétement corriger.
Entre guitares saturées façon Jesus & Mary Chain et une ligne claire mélodique inspirée par Felt, on se laisse aspirer par ce vortex temporel et ces maquettes qui capturent l’essence de l’indie pop DIY à la française, mue par aucun autre esprit que celui de s’éclater entre potes, expérimenter l’art savant de la débrouille et, à l’occasion, trouver de ci de là un concert ou un label tout aussi microscopiques. Bien des décennies plus tard, même si les MacBook ont remplacé les Tascam et les cartes SD les bandes magnétiques, cette communauté d’esprit reste toujours vivace autour de l’idée qu’il vaudra toujours mieux de (très) bonnes chansons enregistrées comme on peut dans une chambre ou un studio improvisé que ces prods insignifiantes et sans personnalité produites à la chaine dans des studios numériques dernier cri.
Une chose est sûre en tout cas : plus de 30 ans après La Débauche et ces premières maquettes, Phlippe Lavergne, Rodolphe Vassails ou Michaël Korchia eux, sont toujours là. Plus passionnés que jamais, prêts à en découdre sur le moindre petit bout de scène ou à défendre becs et ongles ces projets qu’ils portent comme au premier jour. Les affres du temps et de la vie d’adulte n’ont pas ou si peu altéré leurs rêves d’adolescents et cette idée que la création, musicale ici, répond avant tout à un besoin viscéral, une composante majeure de chacune de ces vies et non un simple passe-temps d’ambiance. Ces deux retours sur un passé qui inexorablement s’éloigne ne sont que des passerelles qui remettent en perspective leurs travaux bien actuels et que l’on suit toujours avec le même intérêt.
02. Love Story
03. La Débauche
04. Memorie
05. L’Esprit Du Tempp
06. Les Portes
07. L’Oubli
08. Si
09. Warda
10. Love Story (Demo)
11. L’Oubli (Demo)
12. La Débauche (Demo)
13. Du Sable Dans Mes Chaussures (Demo)
14. Bristol
15. Bataille
02. Gold Mine
03. The Midnight Song
04. Ernest
05. Behind the Strange Mirror of Hate
06. Pink Moon
07. I Belong to the Past
08. Instrumental
09. Saint James Park
10. Livin’ Underground


Merci beaucoup !
Tout cela est bien vrai – même si on visait plutôt les 5 accords ;).