TOY / Clear Shot [Heavenly Recordings / PIAS]

6.5 Note de l'auteur
6.5

Toy - Clear ShotAvec Join the Dots, leur deuxième album, les Britanniques de TOY s’imposaient comme l’une des meilleures formations en activité. Une soudaine accélération comparable au trajet des confrères The Horrors : un disque initiale qui pose des bases, puis un second qui brise les murs et redouble d’ambition. Car TOY associait magnifiquement le psychédélisme à la pop ensoleillée, le shoegaze au songwriting pointilleux. Depuis The Brian Jonestown Massacre, jamais un tel déluge de larsens n’avait semblé si harmonique.

Douze petits mois espaçaient les premières sorties du groupe. Clear Shot, lui, aura exigé trois années avant d’apparaître. Crise d’inspiration ? Méticulosité poussée jusqu’au maladif ? À l’écoute du disque, on avancera l’hypothèse suivante : TOY, aujourd’hui, ne sait plus trop s’il doit poursuivre dans l’avant-gardisme ou bien revenir vers l’admissible. Devenir sage ou n’en faire qu’à sa tête ? Le populaire ou l’élitisme ? Un tiraillement qui oblige à certaines concessions…

Clear Shot est loin d’être un mauvais disque. Dans le tohu-bohu des jeunes pousses en plein revival psyché, TOY se hisse encore au-dessus du lot. Les morceaux s’étirent parfois jusqu’aux six minutes, mais les idées rythmiques empêchent l’élan narcissique (A Clear Shot, en ouverture) ; cassures et volte-face offrent beaucoup d’ingéniosité et contournent le trip baba pas cool (Fat Silver) ; la clarté permet les sommets (Another Dimension, imposant).

Plus généralement, TOY n’oublie jamais de composer des chansons pop. La force du groupe se trouve ici : malgré fumette, boucan et délires space, l’écriture demeure prioritaire. Il y a même, sur Clear Shot, une chanson éternelle, un pur chef-d’œuvre à s’infuser jusqu’aux derniers jours de notre vie : I’m Still Believing, miniature pop qui devrait figurer dans le Top 2016 de Christophe Basterra tant celle-ci ressemble à un vibrant hommage au Lawrence de Felt.

Clear Shot ne convainc pourtant qu’à moitié. TOY y poursuit sa route psyché-rock sans trop changer le mobilier : moins aventureux, plus « classique » que Join The Dots, ce nouvel opus affirme le surplace. Car si les quatre premiers titres fascinent et s’affirment, la suite se perd dans un brouillage léthargique qui endort. Avec l’impression d’un groupe un peu paumé dans l’ajustement de ses idées, un groupe soudainement trop froid, trop mécanique.

Du coup, Clear Shot est un bon disque psyché shoegaze qui ressemble à tous les disques psyché shoegaze. Ou presque : diverses beautés laisse à penser que TOY détient de nombreuses pistes musicales à explorer. L’album déçoit mais n’altère en rien toute la confiance placée en Tom Dougall et son gang. Le prochain, par contre, s’annonce tel un quitte ou double.

TOY – Fast Silver

Tracklist
01. Clear Shot
02. Another Dimension
03. Fast Silver
04. I’m Still Believing
05. Clouds That Cover The Sun
06. Jungle Games
07. Dream Orchestrator
08. We Will Disperse
09. Spirits Don’t Lie
10. Cinema
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