On aurait décidément pu embaucher l’éminent JD Beauvallet, rédacteur historique des Inrockuptibles de la grande époque comme programmateur du Festival Outsiders. Il écrivait au sujet de Cold Water Music, le premier et indépassable album de Aim, qui suivait une série de singles remarquables : “Souvent, Cold water music indique ainsi ce qu’aurait pu donner la rencontre entre Burt Bacharach et RZA, high-pop étincelante et hip-hop chancelant. Même quand il fréquente la normalité, ce faux groupe traîne toujours derrière ses violons, ses rimes et ses beats les plus limpides des séquelles de menaces, des restes de marée noire. On tient même le somptueux Sail pour responsable de la séparation d’Archive : comment continuer à pousser Dionne Warwick dans les orties quand ce faux R&B, anxieux et lascif, le fait avec autant de classe et de vice ?” et c’est pour cette raison sûrement en 2000 qu’on avait acheté l’album et comme cela aussi qu’on était tombé amoureux pour la vie de la musique d’Andy Turner, émargeant alors sur le label sublime Grand Central Records avant d’aller voler de ses propres ailes en fondant Atic Records. Andy Turner est un créateur de trip-hop et de hip-hop qui vient de la pop et du punk et qui, mine de rien, aura façonné très lentement (quatre albums en 25 ans) une œuvre atypique et quasi unique serpentant entre “musiques urbaines”, ambient, trip-hop et pop. Son passage à Paris avec son épouse la chanteuse Niko et son ami Mikey D.O.N, un MC pilier des nocturnes mancuniennes, ceinture noire de dub et spécialiste de la Northern Soul, pourrait être l’événement de ce festival si…l’opinion en prenait conscience. A quelques jours du concert qu’il donnera en tête d’affiche le mercredi 8 octobre, après Chasseur et Audoynaud, on lui a posé quelques questions.
Qu’est-ce qu’un outsider pour vous ?
Je me représente l’outsider comme quelqu’un qui a une pensée indépendante, autonome, quelqu’un qui sait évaluer et réagir aux situations de manière instinctive plutôt que de se voir dicter sa conduite de manière quasi inconsciente par un désir quelconque de marquer son appartenance à un groupe sociale ou à l’opinion commune.
L’autre représentation que j’ai, c’est celle de quelqu’un qui va s’aligner sur une course, une compétition, quelqu’un qui n’a pas un rond, pas une chance véritable et auquel personne ne prête aucune attention et puis qui, soudain, va sortir de nulle part, émerger, coiffer tout le monde sur le fil et remporter la course.
Est-ce que vous considérez le trio que vous formerez ce mercredi avec Niko et Mikey D.O.N comme un groupe d’outsiders ?
En tant qu’artistes peut-être. Dans une certaine mesure oui, car nous faisons de la musique comme nous l’entendons et, avec Atic Records, je peux dire que nous sommes propriétaires de nos moyens de production. Mais d’un autre côté, nous vendons nos disques sur le même marché que tous les autres, que tout ce qui se fait et nous voulons, comme eux, comme tout le monde, écouler le plus de disques possible. Il ne faut pas se beurrer les lunettes : au final, on partage tous le même terrain de jeu.
Est-ce que vous avez des souvenirs particuliers de vos séjours en France ?
On a toujours aimé jouer en France et je crois qu’on y vient depuis l’époque où on émargeait tous les deux sur le label Grand Central Records (note de la rédaction : label fondateur du trip-hop mancunien au sein du label Fat City Records dirigé par le DJ et producteur Mark Rae, actif entre 1995 et 2006). C’était une autre époque. Les shows étaient super mais j’avoue que ce qu’on préférait c’était d’avoir l’opportunité de se balader sans but dans les rues de Paris avant les concerts et de ressentir cette vibe si particulière qui baigne la capitale.
Comment vous vous préparez pour ce concert ? J’ai vu que sur Instagram vous aviez reçu Mikey D.O.N chez vous récemment. Il y a un plan spécial pour ce show ?
Avec Mikey, on travaille justement sur de nouveaux morceaux pour notre groupe MAIDM, notre prochain disque. Mais ce n’est pas encore prêt, juste en gestation et pas sûr qu’on joue quoi que ce soit de nouveau de ce côté. Avec Niko, il y a des chansons qu’on a l’habitude de jouer ensemble et qui sont incontournables comme Cold Water Music, Smile et Northwest qu’on va jouer à coup sûr mais le concert parisien nous donne aussi l’occasion de faire quelques nouveaux titres et de voir comment ils fonctionnent sur scène. On va voir ça.
Sur quoi avez-vous travaillé ces derniers mois justement ? Il y a un disque de remix de Niko qui était annoncé. Est-ce qu’il y a du nouveau avec Aim ou plus généralement sur le label Atic Records ?
En ce moment, je termine avec Niko le successeur de l’album Electric Union. C’était parti pour être juste un EP de remix et puis… c’est devenu quelque chose d’autre, un disque à part entière. Il y a quelques remix mais aussi des chansons toutes nouvelles. Et puis, oui, j’ai enfin travaillé sur un album de Aim. C’est une info. Toutes les chansons sont prêtes et dans la boîte. Je vais m’atteler au mixage. Ca fait sacrément longtemps que je n’ai pas signé un album de Aim (note : 2015 avec l’excellent The Habit of A Lifetime (and How To Kick It)) et je travaille à nouveau avec de grands chanteurs et chanteuses. Niko a signé une chanson magnifique et il y a bien sûr mes amis QNC qui interviennent sur deux classiques instantanés ! J’adore travailler avec eux, et je les appelle toujours les premiers. Stephen Jones (Babybird) fait aussi son retour avec une suite assez remarquable de Good Disease. Et puis, last but not least, on accueille le légendaire YZ sur plusieurs morceaux. Notre première collaboration date bien sûr de Cold Water Music, il y a de cela 25 ans, et c’est un truc très spécial que de rebosser avec lui. Je le considère comme l’un des meilleurs rappeurs de tous les temps et c’est un type en or, super drôle. Pour le moment, ce futur disque sonne du tonnerre et je pense que ça devrait le faire.
What is an outsider for you?
I see an outsider as an independent thinker who can assess and react to situations instinctually rather than being subconsciously dictated to by their desire to feel part of one or another social group.
Another interpretation would be like the outsider in a race that there’s no money on, that no one is really paying attention to until they come out of nowhere for the win.
Do you consider Aim, Niko and Mikey DON as outsiders?
As artists, maybe, to an extent. We do things our way and we own our means of production but we sell into the same markets as everyone else and want to move as many records as possible. In the end we’re all playing the same game.
https://www.youtube.com/watch?v=Pv3_6B7wcTw
.Have you got any special French memories?
We’ve always enjoyed playing in France and have been coming here since the old Grand Central days. All the gigs have been great but aside from that we love taking the opportunity to wander aimlessly before and after a show just soaking up the vibe.
How do you prepare for your french gig ? I have seen on instagram you and Mikey DON have met recently. Is there a special plan?
Well spotted! We are working on new material for our next MAIDM record but it’s still in its formative phase and not ready to play out just yet. As for Niko and myself, there are a few tracks like Cold Water Music, Smile and Northwest that we’ll always play but for this show we’re taking the opportunity to test out some new tracks and see how they go down.
Short question about what you’ve been working on recently. There is a Niko remix record coming ? Any other Aim or ATIC news ?
Right now we’re finishing off the follow up to Niko’s Electric Union LP. It started out as a remix EP but has over time become it’s own thing. There are remixes on there but also some brand new tracks.
Finally, I’ve been working on a new Aim album. I have all the songs together and I’m about to start mixing. It’s been a long time since my last Aim record and I’m working with some great vocalists. Niko has written a beautiful track and QNC of course are on there with two absolute classics. I love working with them, they’re always my first call. Stephen Jones aka Babybird is on there with an amazing follow up to ‘Good Disease’ and last but not least, the legendary YZ has blessed a couple of tracks. We first collaborated on my Cold Water Music album over 25 years ago and it’s a buzz working with him again. He’s one of the all time greats and a super chill, funny dude. So yeah, it’s sounding pretty good, hopefully it will do ok!
Photos : Atic Records sur Instagram – Andy Turner (Aim) et Mikey D.O.N
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