Costes clippe la drogue, la mort, la nuit

Jean-Louis CostesCe n’est pas loin d’être le morceau le plus attachant et tragique de la très longue discographie du ludion punk Jean-Louis Costes. La Drogue, La Mort, La Nuit qui doit bien avoir ses quinze ans maintenant (album Pas Encore Mort, mais on en n’est pas très très sûr) bénéficie cette semaine d’un nouveau clip assez fabuleux et qui rend enfin justice à cette chanson longue de 8 minutes et quelques qui est assez caractéristique de son style révolutionnaire et ultrasensible. La nouvelle mise en image est à la fois élégante et outrancière, romantique et sacrilège. C’est tout l’art de Costes qui est résumé dans ce texte incroyable où l’on sent toute la détresse et la peur attachées à la condition humaine. Amour, romantisme, mélancolie, Costes évolue ici à son meilleur entre Philippe Katerine punk et vraiment subversif et Jean-Luc Le Ténia désespéré et mélodramatique… mais en mieux. Le chant est brut, le texte rude et cru mais aussi juste et tendre. Le désespoir total est exprimé dans ces premiers vers indépassables : « J’ai oublié sa figure/ J’ai oublié sa chatte/ J’ai oublié ses seins, sa bouche/ Mais je me souviens de la souffrance. Non je ne veux plus rêver/ De la femme, de l’amour/ Je préfère rêver de paysages infinis/ Me droguer tranquillement toute la nuit ». L’instrumentation minimaliste et répétitive n’a guère d’équivalent français, sorte de lo-fi robotique qui évoque la hargne et la ténacité rythmique de The Fall. La version qu’on connaissait émargeait à plus de dix minutes. Celle-ci est plus ramassée et délestée de quelques minutes dissonantes.

D’aucuns (dont on est) considèrent cette chanson comme l’une des plus réussies du patrimoine français. L’une des plus méconnues aussi. Quitte à ce qu’on se complaise dans la crise, autant l’habiller noblement. Costes est le symptôme et le catalyseur de notre devenir sucette.

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