Les Instantanés d’Imara #39 – Elvis Costello à Paris

Elvis Costello à Paris par ImaraL’Olympia, mythique salle parisienne du quartier de l’Opéra n’a pas fait salle comble mais de nombreux fans (et journalistes) ont répondu présent ce vendredi 3 juillet pour applaudir Elvis Costello et The Imposters.   Il faut dire que malgré les prix onéreux des billets (68€ pour les places les moins chères comme la mienne-un problème qui ne concernait pas les personnalités médiatiques présentes ce soir), il y avait une bonne raison de se rendre à ce concert: L’Elvis à lunettes ne jouait que d’anciens morceaux, du temps où son backing-band s’appelait The Attractions, soit de 1977 à 1986.

J’ignore si il y a eu une première partie, mais si il y en a bien eu une, ce n’était pas Suicide, hélas, comme au premier concert d’Elvis Costello en France dans cette même salle en 1978. Le spectacle n’ayant pas tant attiré les foules, les placeuses de l’Olympia nous invitent gentiment à des rangs plus proches. Et c’est peu après ce surclassement que les lumières s’éteignent. Elvis et ses musiciens entrent en scène sur Ghost Rider de Suicide, et je pense que c’est un clin d’oeil de sa part. Quel plaisir d’entendre cet incroyable morceau à fond la caisse ! Deux titres du premier album de Costello My Aim is True pour commencer: Radio Sweetheart (d’abord sorti en single) et Sneaky Feelings. Il présente ses musiciens: Le claviériste Steve Nieve et le batteur Pete Thomas, membres originaux des Attractions depuis 1978, le bassiste américain Davey Faragher et l’invité de la tournée, le guitariste texan Charlie Sexton, collaborateur de longue date de Bob Dylan.

Livin’ in Paradise, morceau de This Year’s Model est joué dans une version plus lente, il a fallu un peu de temps pour la reconnaître. Vient ensuite un des meilleurs moments de la soirée, l’excellent Watching the Detectives et sa rythmique dub. La scène se drape de la même couleur que le rideau derrière les musiciens: rouge, ce qui confère une curieuse ambiance Lynchienne à l’ensemble. “Watching the detectives, he’s so cute”: ça tombe bien, c’est exactement ce que je me dis quand je vois l’Agent Cooper en regardant Twin Peaks. Super, ce morceau, vraiment. Et en plus, la chanson est étendue et il y glisse même un interlude blues. Elvis est visiblement content d’être sur scène et ne manque pas de nous le faire savoir en nous livrant diverses anecdotes. Il nous raconte l’origine de la chanson suivante, The Crimes of Paris (Blood and Chocolate, 1986) inspirée par son grand-père pour qui Paris était une ville de “vice et de péché”. Jouée spécialement pour le public parisien, la chanson rappelle à Elvis une autre anecdote sur son rapport à la France: “J’ai failli avoir un tube en France. Un jour, Johnny Halliday m’a invité dans son émission, c’était en public et je devais jouer Everyday I write the book…en playback.”

Le rocker à lunettes confie toutefois garder un bon souvenir du Jojo national, il semble l’apprécier. Voilà qu’il entonne ensuite à la guitare acoustique le génial et quelque peu expérimental Beyond Belief, qui ouvrait l’album Imperial Bedroom de 1982. Là encore, le résultat sur scène est très différent mais c’est moins étonnant quand on connaît la version studio.

Costello se met au piano et enchaîne les ballades.  Il y a d’abord Almost Blue, reprise plus tard par Chet Baker, puis entres autres Allison, Everyday

I write the book, Lovable ou encore Brillant Mistake. Certains de ces morceaux ont des tonalités plus américaines (accentuées par la présence de Charlie Sexton) et cela reste appréciable.

En revanche cette accalmie s’avère assez longue, on se languit des morceaux plus rapides et énervés qui ont fait sa renommée. Je sais que Declan McManus est un nerd de la musique populaire, américaine particulièrement, que ce fils de disquaire et de chef d’orchestre a dévoré autant de disques que de partitions jusqu’à devenir un véritable songbook, mais au risque de me faire des ennemis parmi ses fans: Elvis Costello n’est pas un crooner, ou du moins, je ne suis pas sensible à sa voix lorsqu’il s’adonne au chant de charme. C’est trop long et il en fait trop. L’Elvis de Londres reprend l’Elvis de Tupelo avec Suspicious Minds et Always on my mind.

Costello troque ses claviers contre une guitare électrique, c’est bon signe. Et voilà qu’on entend les premières notes du classique mais toujours aussi bon I don’t want to go to Chelsea. Ah, bah quand même ! Enfin ! Les musiciens sont en grande forme et le public, ravi. Après le réveil, on se lève tous pour non pas Danette, mais le batteur Pete Thomas, à la demande d’Elvis lui-même, au son de la parfaite trinité que constitue Pump it Up, No Action et Radio Radio. Elvis et les Imposters auraient tout à fait pu jouer l’album This Year’s Model en entier, ça ne m’aurait pas déplu. Une reprise de Sam & Dave (I can’t stand up for falling down), High Fidelity et Peace, Love and Understanding concluent la soirée. Il est amusant de voir qu’il ait repris du Sam & Dave, puisque ce set ressemblait à une compilation Formidable Rythm n’ Blues: d’abord (sur la face A) des morceaux rapides, rythmés, et ensuite (sur la face B) des morceaux lents. Étant donné que sur ces compilations je n’écoute que les faces A, le temps ne pouvait que me sembler long sur la partie ballades. Mais Elvis Costello et ses Imposters ont assuré et nous ont tout de même donné un bon concert. Lui-même et son backing-band se sont donnés à fond, on ne pourra pas dire que c’était Less Than Zero, bien que ce titre n’aurait pas été de trop sur la setlist…

Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Mots-clés de l'article
, , ,
Écrit par
Plus d'articles de Imara
Les Instantanés d’Imara #25 – Le Jukebox d’internet
Aujourd’hui, un article un peu différent qui sort des sentiers battus, ou...
Lire
S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent