James / Girl At The End of The World
[BMG Recordings / PIAS]

James - Girl At The End of The WorldDepuis sa reformation en 2007, James est en forme et le public suit. Le groupe qui avait achevé sa première phase essoré et en partie décoté a parfaitement négocié, tant artistiquement que commercialement, son retour pour en faire un business qui roule, rapporte et n’a rien d’indigne. James n’en reste pas moins un groupe avec lequel on entretient généralement des sentiments bizarres voire mitigés. Depuis sa formation en 1981-82, jusqu’à Whiplash (1997), son dernier album potable avant le retour, le groupe de Tim Booth aura été capable d’éclairs de génie redoutables (des singles imparables à la pelle – Sit Down, Come Home, What’s the World d’ailleurs repris par The Smiths à l’époque, etc-, invariablement gâchés et dilués par des dizaines de chansons passe-partout et dont on se demande toujours à quoi elles pouvaient bien servir. La facilité voudrait qu’on considère enfin, après plus de 30 ans, James pour ce qu’il est : un groupe moyen qui a eu et a encore du succès, un groupe de second rang indépendant ayant eu la chance de gagner sa place dans le mainstream sans trop compromettre son talent modéré. Mais James a toujours eu un petit truc en plus : une attitude, ces éclairs certes intermittents mais irradiants, qui interdisent de réduire l’analyse à sa plus stricte vérité. Pour dire la chose, on a toujours de la part du groupe attendu un album qui tiendrait la route sur toute la durée de ses dix ou douze chansons. Mais cet album n’est jamais venu.

Qu’on se rassure ou qu’on se console, Girl At The End of The World n’est pas encore cet album. Ce n’est après tout que le quatorzième, et il a tendance à fonctionner comme tous les autres. James connaît les recettes avec le temps. Mieux vaut ouvrir fort quand on n’est pas sûr ensuite de pouvoir soutenir l’attention jusqu’au bout. Bitch est splendide tant sur son ouverture instrumentale que lorsque Booth se met à chanter. C’est la meilleure chanson de Primal Scream depuis 10 ans et un morceau qui aurait donné du relief au dernier album de Gillespie et sa bande. L’ouverture est puissante, hypnotique, menaçante et hâbleuse. La voix de Booth nous emmène en balade, crâneuse, rebelle et fière à bras. Dès lors, l’essentiel est fait. On entre dans le tunnel du savoir-faire : les morceaux tiennent plus sur les rythmiques emballantes « à la Madchester » que sur la force des mélodies (To My Surprise) et l’album semble entrer en pilotage automatique. On entre dans un album de James comme on entre dans un album de U2, en sachant à peu près ce qu’on va y trouver musicalement : des chansons structurées, généralement fréquentables, mais qui entretiennent toutes les unes avec les autres (ou avec celles qui les ont précédées) des ressemblances qui finissent par les rendre vaguement ennuyeuses ou difficiles à distinguer.
Il y a quelques exceptions à la règle et d’excellents moments qui viennent relever la sauce. On citera l’emphatique Nothing But Love, survitaminé et qui fonctionne admirablement bien entre balade romantique et grande leçon de vie. On n’a pas dit assez que Tim Booth était un grand chanteur, une sorte de Bono bien meilleur techniquement et qui a quelques modulations en plus. La voix de Booth ressemble parfois à celle de Lou Reed, parfois à celle de Bowie. D’aucuns diront qu’elle n’a pas d’identité mais c’est en l’occurrence une vraie qualité : il en fait ce qu’il veut. Cela peut donner des abominations totales comme le techno-pop Attention ou des trucs plus amusants et carrément New Wave comme le très 80s, Dear John, qu’on pourrait prendre pour une reprise des Pet Shop Boys. On peut dire la même chose de Surfer’s Song, assez bien fichue du reste, jusque dans le mimétisme vocal. Girl at The End donne ce sentiment étrange d’être une compilation tout autant qu’un album, une sorte de best-of des genres épousés par le groupe…. et par d’autres qu’eux. Feet of Clay est une chanson splendide, délicate et qui décrit la faiblesse de l’homme face à l’amour, du groupe par rapport à sa propre destinée. L’electro-pop de Catapult ne fonctionne pas et le rock costaud « à la U2 » de Move Down South fait retomber James dans l’anonymat habituel. Certains titres semblent taillés pour les stades que fréquente le groupe depuis son retour. Il y a de la place pour des choristes et un guitariste de complément. Booth est soutenu par des backing vocals qui suggèrent l’idée d’une musique chorale et soudant entre eux les membres de la communauté. C’est bien sûr l’une des fonctions de ces grands groupes que de rassembler les masses et de donner à voir au public (essentiellement national ici) une image de lui-même qui l’intéresse. James est ainsi typiquement anglais, un groupe unique et revenu de tout, suspendu entre les classes sociales et une image miroir d’une réussite qui ne serait ni étincelante, ni imméritée. Il faut avoir la foi. C’est le mélange du talent et de l’acharnement, le triomphe modeste du lad, ce genre de trucs, la mythique Factory et tout le toutim. Cela n’excuse pas des chansons comme Alvin, chantée en français sur un rythme rockab et qui s’achève de manière grotesque. Waking est presque aussi désastreux avec ses airs de pop légère et à emporter. James est alors pétri de tics, de tics affreux et qui sautent aux oreilles à chaque seconde. Cela fait plus de 30 ans que le phénomène se reproduit. On part la fleur au fusil et en se disant que décidément on s’est trompés précédemment et que James est VRAIMENT un grand groupe sous-estimé. Les chansons défilent et on finit par s’agacer et par pousser mémé James dans les orties. Le dernier morceau a de faux airs de Born of Frustration. C’est un titre roublard et plein d’aisance, un peu soul et qui vient à nouveau troubler les repères. On n’est plus sûrs de rien.

On peut écouter James et y trouver son compte. Ce nouvel album est plutôt une réussite et un bel album de rock mainstream. Il y a des briquets qui se sont levés pour moins que ça à toutes les époques. James est à ce stade, bien qu’il n’œuvre pas tout à fait dans la même catégorie à l’international, un groupe qui rivalise plutôt dignement avec les U2 et les Muse, en gardant son énergie et son allant des débuts, et sans perdre tout à fait cette étincelle qui pouvait l’espace d’un morceau ou deux lui faire toucher les étoiles. On peut trouver cela déprimant d’avoir attendu 14 albums et 35 ans pour en arriver à cette sorte de rock surimi pour les types qui n’en écoutent plus vraiment (du rock) mais James est un groupe vivant, comme toujours avec ses nombreux défauts et ses quelques qualités. C’est pour ça qu’on l’a toujours aimé/détesté et qu’on le suivra jusqu’à ce que l’un de nous deux en ait fini avec tout ça.

Tracklist
01. Bitch
02. To My Surprise
03. Nothing But Love
04. Attention
05. Dear John
06. Feet of Clay
07. Surfer’s Song
08. Catapult
09. Move Down South
10. Alvin
11. Waking
12. Girl At The End of The World
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