Health&Beauty / Shame Engine/ Blood Pressure
[Wichita / PIAS]

7.4 Note de l'auteur
7.4

Health&Beauty - Shame Engine/ Blood PressureCela commence comme dans un film : une musique tendue, atmosphérique et poisseuse qui se déploie sur les plus de 10 minutes d’un Saturday Night monumental, électrique et instrumental jusqu’à ses dernières secondes. On ne pouvait pas rêver mieux pour entrer dans ce nouvel album des Health&Beauty. La santé, le groupe de Brian Sulpizio, le seul membre permanent du groupe de Chicago, ne l’a pas perdue puisqu’après une longue tournée, Sulpizio et trois de ses musiciens (batteur, guitariste et bassiste) sont passés par la case studio pour enregistrer cet album soigné et marqué par ce qui ressemble à une prise sur le vif des morceaux.

Shame Engine/ Blood Pressure donne le sentiment de s’appuyer sur des jams et des improvisations. Les introductions sont longues et mélodiques et débouchent sur des titres aériens et soyeux, mais aussi riches en circonvolutions et en détours. On pense, lorsqu’on écoute Health & Beauty, aux inégalables Polvo, pour la manière dont les guitares sont abordées, entre rock, folk et free jazz, mais Health&Beauty évolue dans un registre moins expérimental et plus classique. Yr Wives est un titre puissant et assez formidable qui mêle des guitares inspirées et ronflantes, et des séquences chantées plus apaisantes. Le groupe atteint une forme de classicisme pop sur plusieurs titres, à l’instar de Rat Shack, mais sans jamais céder sur sa singularité qui consiste à ne jamais tomber dans la facilité et à produire des arrangements vocaux ou mélodiques complexes. C’est cette recherche de la « petite chose qui fait la différence » qui permet de sortir le travail d’Health&Beauty du tout-venant. La musique prend son temps, comme sur les dix minutes de Clown, évoquant pêle-mêle Songs: Ohia ou certaines séquences de Smog.

Sulpizio explore les textures et les atmosphères avec un sens de la méthode qui peut lasser sur la longueur. Les morceaux émargent tous à plus de cinq minutes et on n’est pas loin parfois de sortir du tunnel dans lequel la musique du groupe nous emmène pour espérer quelque chose de plus radical, de plus concis ou de plus sec. L’intro de Bottom Leaves, en mode free, nous fait espérer un déchaînement qui vient effectivement enflammer le morceau avec à propos. La variation sur le standard pop Autumn Leaves est habile et intelligente. La musique de Health&Beauty entretient, à cette exception, près un certain (ré)confort comme sur le cuivré et jazzy Judy ou le doucereux et pastoral, Escaping Error. Le rock mature de Recourse et la beauté embarrassante de Love Can Be Kind renforcent ce sentiment qu’on fait face à un groupe mature et en maîtrise mais qui ronronne un peu dans sa manière de chercher la vérité.

Ce Shame Engine / Blood Pressure n’en reste pas moins très fréquentable et un album qui tient bien en bouche. Le son élaboré et la texture savante raviront les amateurs de rock à l’américaine dense et qui se joue la nuit dans les clubs de jazz. Ceux qui aiment les formats courts et énergiques passeront leur chemin.

Tracklist
01. Saturday Night
02. Yr Wives
03. Rat Shack
04. Clown
05. Lack
06. Bottom Leaves
07. Judy
08. Escaping Error
09. Recourse
10. Love Can Be Kind
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