Les Filles de Septembre (5) : le Capital (séduction) de The Drink

The DrinkDernier de la série ou pas, il aurait été dommage de ne pas se rafraîchir le gosier après toutes ces émotions. Et The Drink est évidemment le groupe qu’il nous faut pour cela. Le groupe est emmené par une chanteuse virtuose qui compose la plupart des morceaux et dont le nom seul porte sur lui de belles promesses de voyage : Dearbhla Minogue. Dearbhla, on n’a aucune idée d’où cela peut venir (Irlande en fait), ni même de ce que cela signifie mais c’est un prénom vraiment hypercool qui colle tout à fait à la voix enchanteresse et un brin mystérieuse de cette jeune femme. Engagée dans une multitude de groupes avant, dont on n’avait jamais vraiment entendu parler, Minogue (rien à voir a priori avec la petite veinarde australienne) a trouvé ses marques avec deux solides gaillards qui répétaient dans l’appartement d’à côté. Incapable de s’endormir, elle aurait tapé à la porte et The Drink est né.

Sorti en fin d’année dernière, leur premier album regroupait pas mal de leurs premiers morceaux, parus sur 3 EPs successifs. Tournée, critique plutôt bienveillante et voilà le groupe déjà prêt à remonter en piste avec un deuxième album, bien baptisé, Capital, qui sortira chez Melodic Records, le 13 novembre 2015. Comme nous sommes de foutus privilégiés, nous avons déjà pu écouter icelui dont, pour l’heure, seul un premier single No Memory a été révélé et c’est une excellente surprise. The Drink confirme tout le bien qu’on pensait de lui : la voix est contrôlée et évite soigneusement tout symptôme « Le Mystère des Voix Bulgares » qui pend au nez des vocalistes de sexe féminin un peu trop sûres de leur force. Minogue n’en fait jamais trop et se contente de nous émoustiller en grimpant élégamment dans les aigus, rappelant la justesse d’approche d’une Tanya Donelly d’antan. Les musiciens, dont la chanteuse fait partie à la guitare, sont impeccables avec une rythmique très new-wave et de bonnes séquences shoegaze qui là encore font penser aux Throwing Muses ou à Belly, ces vieux groupes pré- ou post brit pop qui apportaient tant de joie dans un mélange de fureur et de douceur. Le nouvel album est un peu moins rock que le précédent, avec des allures dark folk qui restent envoûtantes et insondables. Avec un ou deux morceaux tubesques en plus, on aurait pu arguer qu’avec The Drink on avait cessé (avant même qu’elle soit annoncée) de fantasmer sur la reformation de Lush… mais non. Capital est un bel album, enlevé, bien produit, mais qui n’a pas de morceau-dynamite capable de propulser ses auteurs dans une autre dimension. Pas de Canonball des Breeders en vue ici. Mais peut-être l’a-t-on manqué. Si on souhaite le succès du groupe, il est plus probable que ce deuxième jalon serve de simple pierre supplémentaire à la construction d’une carrière solide et d’une œuvre précieuse et attachante. Les plus critiques diront, comme à chaque fois, que les chansons sont difficiles à distinguer les unes des autres mais c’est un argument à la noix qu’on ressort lorsque les filles chantent… Les voix de la pop pure sont impénétrables.

On continuera de notre côté (avant d’en reparler plus longuement pour une vraie chronique) de suivre cette affaire de près et de guetter la prochaine venue française de la fascinante Dearbhla et de ses deux compères barbus.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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