Noel Gallagher’s High Flying Birds / Council Skies
[Sour Mash Records]

6 Note de l'auteur
6

Noel Gallagher's High Flying Birds - Council SkiesLe quatrième album de l’ancien Oasis, Noel Gallagher, offre à peu près autant de surprises qu’une virée au grand supermarché de la pop anglaise mais témoigne des qualités d’écriture intactes, du savoir-faire et de l’engagement émotionnel de l’aîné des Gallagher. Composé dans son nouveau studio personnel, aménagé à Londres, Council Skies est un disque connecté au passé mancunien du chanteur guitariste, un album à travers lequel la super popstar Gallagher regarde dans le rétro et essaie de revisiter ses souvenirs de young lad.

Si le résultat n’a à peu près rien avoir avec la fougue et l’énergie, l’envie d’en découdre qui caractérisaient les compositions insolentes de Oasis, on fait face à un disque de rock mature solide, aux compositions ultra soignées et à la production enrichie de cordes pour donner du cachet (et de la sentimentalité) au tout. Ce serait faire injure à Gallagher et à ses High Flying Birds parmi lesquels on trouve quelques musiciens remarquables (Gem Archer ou Chris Sharrock ont un pedigree long comme le bras en matière de brit pop) que de dire que le résultat est vraiment bien mais juste bien, un disque qu’on écoutera avec plaisir, vraiment avec plaisir, pour la qualité de ses mélodies, le caractère essentiellement pop de ses textes, précis et génériques comme il faut, le réconfort qu’il nous procure et les bons conseils moraux qu’il véhicule à travers des injonctions et conseils que nos parents n’auraient pas renié.

On ne peut pas vraiment critiquer un morceau inoffensif et gentillet comme Open The Door, See What You Find, même si par comparaison l’ouverture de boîte/porte par les Boo Radleys avait donné lieu il y a vingt ou trente ans à des développements infiniment plus convaincants et pétillants. On est à peu près certain qu’il y a un mec en pantoufle en train de mater netflix derrière la porte et qu’on ne risque pas de tomber sur une partouze de jeunots sniffant de la colle. Il y a un âge pour tout. Dead To The World est une chanson triste et vraiment réussie dans son registre pour Noel Gallagher mais elle n’arrive pas à la cheville d’à peu près 25 titres composés par le passé par, par exemple, Martin Rossiter de Gene.

I can lend you a dream
Til we meet again
I’m dead to the world
I don’t know where I’ve been
And if you say so
I’ll bend over backwards
For love
Gonna write you a song
Won’t take me long
You can change all the words
And still get them wrong

Pretty Boy ressemble à ces chansons où les Rolling Stones s’ébrouent pour ne pas faire leur âge. Mais il manque quand même à ce Council Skies un brin de vigueur et d’électricité. Les balades sont remarquables (Easy Now est très très belle par exemple), elles sont touchantes (Council Skies et son verre partagé entre vieux amis), mais un peu trop nombreuses et surtout jamais équilibrées par des chansons uptempo ou plus puissantes. Si Gallagher démontre avec ce disque qu’il s’en sort plutôt bien en poète baladeur, le versant rock est poussif voire carrément moche à l’image d’un There She Blow! aux accents qui rappellent le hit de The La’s mais qui reste cloué au sol et ne décolle jamais. Love Is A Rich Man est à peu près la seule tentative réussie de hausser le ton mais laisse tout de même la sensation qu’on fait face à un groupe patrimonial qui se force à jouer vite pour procurer des sensations à un public en perte d’autonomie.

Le disque se termine heureusement en beauté avec un vrai standard britannique sur We’re Gonna Get In The End. L’approche est vieillotte mais on tient enfin un vrai crescendo habité et glorieux à l’ancienne. Voilà ce qu’on espérait encore trouver chez Gallagher : de l’héroïsme ordinaire, de la morgue et un peu de hauteur méprisante. Il se confirme sur ce disque que ces qualités essentielles à l’adoration rock allaient plutôt à son frère cadet. On peut écouter ce nouveau disque sans rougir mais on prend le pari qu’il ne fera pas de vieux os sur la chaîne/platine/playlist et qu’on ne gardera dans six mois à peu près AUCUN titre en mémoire. A l’arrière-plan pour boire une bière avec des potes, il sera idéal pour accompagner la fin du printemps ! C’est déjà ça.

Tracklist
01. I’m Not Giving Up Tonight
02. Pretty Boy
03. Dead To The World
04. Open The Door, See What You Find
05. Trying To Find A World That’s Been and Gone Part 1
06. Easy Now
07. Council Skies
08. There She Blows !
09. Love Is A Rich Man
10. Think Of A Number
11. We’re Gonna Get There In The End
Noel Gallagher's High Flying Birds - Council Skies

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