Martin Rossiter prend sa retraite et l’élégance meurt un peu

Martin Rossiter Farewell ShowC’était peut-être le plus beau, le plus doué et le plus agile des grands chanteurs anglais, l’un des plus fins et élégants aussi depuis l’invention de Morrissey, de Daniel Treacy et de Luke Haines. Il n’est pas encore mort bien sûr mais on s’entraîne déjà, en larmes, à parler de lui à l’imparfait pour voir à quoi ressemblera le dimanche 14 juin 2020. Ce matin-là, à Londres et au Pays de Galles d’où il est natif, à Brighton où il vit, l’Angleterre sera toujours dans l’Europe (qu’il chérit), mais Martin Rossiter sera officiellement retraité des arts. Il aura, si la nature fait bien son travail, fêté ses 50 ans peu avant mais aussi livré seul ou plus probablement avec ses anciens comparses un dernier set à la hauteur de son talent et de son élégante inspiration le samedi 14 juin 2020.

Leader pendant une grosse dizaine d’années des magnifiques Gene, à qui l’on doit avec Olympian (1995) l’un des seuls vrais chefs d’œuvre de la britpop, puis auteur en solo de l’unique et précieux The Defenestration of Saint Martin (2012), disque magnifique enregistré en piano voix et qu’il avait promené timidement pendant les deux années qui avaient suivi, Martin Rossiter a annoncé qu’il se produirait une dernière fois sur scène au Shepherds Bush Empire de Londres avant de se retirer définitivement. A un internaute qui lui disait que les Rolling Stones en étaient à leur 30ème tournée d’adieux, Rossiter, qui a la réputation d’être un homme déterminé et constant, a assuré qu’il n’en serait rien pour lui et qu’il était hors de question de trahir sa propre parole.

On peut donc s’attendre à pleurer sur London, Can You Wait, A Car That Sped ou Haunted By You, à se délecter des ambiguïtés subtiles de Save Me I’m Yours ou à s’enflammer sur le musculeux Fighting Fit. Jusqu’à Libertine, son dernier album, minimaliste et souligné d’électro, la musique de Gene aura été marquée par l’élégance et le charme naturels de Rossiter, poète chanteur et crooner à l’ancienne sophistiqué, intelligent et amoureux de culture britannique. L’affiche de son dernier concert est un modèle du genre, composé avec le soin qu’on lui connaît : graphisme rouge sang sur Polo Lacoste (celui-là même qu’il portait pour le clip d’Olympian), calice sur lequel il a négligemment posé une fléchette aux armes du Pays de Galles. Coude posé négligemment sur le zinc et main à la Michel-Ange sur le front qui grattouille le sourcil songeur : on aurait tant aimé que cet homme là ne soit pas chassé par le marché du premier plan mais on a tant aimé aussi qu’il ait finalement continué à vivre et à chanter, avec discrétion, pour ceux qui prenaient la peine de s’intéresser à lui et à son sort. Est-ce vraiment fini ? Ou était-ce déjà la fin ?

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