Le temps passe et pour tout le monde. Cela fait exactement vingt ans que Malcolm Middleton a sorti son deuxième album, Into The Woods, sur le label Chemikal Underground. Le disque sortait quelques mois avant l’un des meilleurs disques d’Arab Strap, The Last Romance, dernier effort avant une mise en pause du duo qu’il constitue à nouveau aujourd’hui avec Aidan Moffat, à quelques jours de reprendre ses affaires en solo (avec un groupe plein et entier) lors de la soirée de clôture de notre festival Outsiders. Middleton, connu jusqu’alors principalement comme le guitariste d’Arab Strap, signait ainsi la même année deux disques témoignant d’un songwriting élaboré et parfaitement maîtrisé. Magic (la revue indé) faisait d’Into The Woods son album du mois et Middleton gagnait avec cet album un tout autre statut qu’il conserverait vingt ans plus tard aussi bien en groupe qu’en solo.
A l’époque, Into The Woods est formidablement accueilli par la critique qui y voit une vraie progression par rapport à son premier disque. Sur cet album, Malcolm Middleton trouve sa voie : chanter la dépression (dont il souffre de manière violente et chronique durant toutes ces années) mais en y mettant la forme, le rythme, en en rigolant ou du moins en séparant le fond (la noirceur, l’abattement) et la forme qui devient entre pop, rock et électro presque emballante, souvent dansante et solaire. Le contraste des deux est non seulement extraordinaire mais aussi inédit puisque quasiment personne avant lui n’avait osé mettre les choses en perspective de cette manière. Le résultat est épatant pour ces raisons mais aussi et surtout parce que les chansons sont excellentes depuis l’ouverture Break My Heart, conquérante et tubesque, jusqu’à la renaissance d’A New Heart qui referme le disque, en passant par l’indépassable Loneliness Shines, chanson incandescente et sonique qu’on tient pour l’un des ses meilleurs morceaux. Devastation porte bien son nom et amorce une politique de la terre brûlée émotionnelle qui bouleverse et rend compte de la détresse de l’homme blanc d’une trentaine d’années sous couvert d’un morceau pop folk paisible et presque apaisant. L’electronica de Happy Medium initie un style que l’on retrouvera plus tard sur ses escapades sous le nom d’Human Dont Be Angry, nostalgique et rétro-électro. Le passage sur le disque de quelques membres de Mogwai (Braithwaite et Burns), d’Aidan Moffat, mais aussi de membres des Delgados vient enrichir la texture d’un disque qui est aussi le produit d’un collectif et d’une petite partie de la nation (indépendante) écossaise.
Vingt ans plus tard, Into The Woods qui est réédité pour l’occasion en vinyle… blanc (ma foi…) est devenu un petit classique discret, l’un de ces disques indispensables et que l’on réécoute très régulièrement, un disque où rien ne déçoit et auquel on trouve paradoxalement un vrai réconfort. Le pouvoir de Malcolm Middleton tient dans ce prodige qui est d’avoir sur faire d’une musique “du fond du trou” une œuvre vivifiante et qui donne une folle envie d’aimer et de cultiver l’amitié. Parmi les sommets du disque, il y a encore le sublime No Modest Bear dont le texte se situe à des hauteurs que peu de songwriters auront tutoyé avec cette facilité. On s’extasie souvent sur les textes réalistes d’Aidan Moffat au sein d’Arab Strap, sans savoir que ceux de Middleton en solitaire sont au moins aussi bons. Celui-ci qu’on reproduit du coup en entier n’a pas un mot de trop et est d’une justesse remarquable.
On a Monday night I’m nothing
On a Tuesday night I’m nobody
On a Wednesday Thursday Friday night I’m sad
Then the weekend comes to haunt me
Of all the places I should be
Minding me of the best times I ever had
So there’s nothing wrong with being alone
No need to call the doctor
Sometimes people need to be by themselves
And there’s nothing weird about hating yourself
When you’ve seen the hours I’ve spent
Darkness comes and darkness goes
Just like my good times went
Old and driving
Tired from straying too far
My head won’t give me a break
And the rest is making my history
I never seem to make the right decision anytime
I need to crash this piece of shit into a tree that fits
So I don’t know how to finish this song
I’m happy now but for how long
I’m a sad tune and I’ll have to keep the tone
Well it’s only a matter of time before I feel like shit again
I’m a happy army marching to defeat
Après une séquence estivale où il a parcouru l’Europe des festivals avec Arab Strap, Malcolm Middleton fait sa rentrée accompagné d’un groupe avec plusieurs dates à Londres et à Glasgow (toutes sold out…) et un passage par Paris le jeudi 9 octobre, où il a promis de faire une belle place à cet album réédité mais aussi d’étrenner quelques nouvelles compositions. Son intention, après de très belles années consacrées au retour d’Arab Strap, est bien de refaire une place à ses chansons singulières.

