Outsider / I Wasn’t There At The Time
[self released]

Outsider - I Wasn't There At The TimePeu de chances que vous lisiez une critique de cet album ailleurs qu’ici : rien dans la presse, rien à la radio, pas même quelques sur un blog obscur. Cet album est un disque invisible signé par un homme qui a depuis longtemps été écarté de la scène publique. Au moment où on écrit cette chronique, le 5ème album d’Outsider est sur le point de sortir, quelques semaines seulement après celui-ci, mais il n’y a pas grande importance à être un peu en retard. Le monde souterrain dans lequel évolue Outsider ne fonctionne pas selon les règles habituelles.

English version below

Vous trouverez ces morceaux au cœur de la jungle dressée par bandcamp, où même les plus résistants ne sont pas sûrs de survivre très longtemps sans assistance. Outsider respire depuis les abysses depuis quelques années. Il n’a pas vocation à nager si profond trop longtemps mais il a fourbi ses armes pour survivre : éditions limitées, des teasers, un renouvellement de la vitrine et des goodies en veux tu en voilà. Bienvenue au fond du fond du marché de la musique, là où on innove dans un mélange de désespoir et de dinguerie. Ici, les gens portent leurs rêves sur l’épaule en essayant de ne pas couler ou d’émerger, ce qui revient à peu près au même. On ne dira pas cette fois que derrière Outsider se cache Stephen Jones, l’ex-Babybird. Vous savez déjà cela si vous avez cliqué sur cette chronique. Et vous ne savez probablement qui il est si vous ne l’avez pas fait. I Wasn’t there at the time est une collection de chansons assez ébouriffante qui parle des gens, d’amour et de Stephen Jones. D’aucuns appelleraient cela de la « pop intimiste » mais « pop universelle » est un terme qui convient tout aussi bien. Cela démarre avec le remarquable instrumental qui donne son titre à l’album. Il n’y a rien de tel qu’un instrumental pour poser l’ambiance. Ce morceau aurait pu figurer sur l’album Death of The Neighbourhood, un des innombrables projets parallèles de Jones. La musique suggère un univers familier et une référence à ce monde calme et protecteur (jusqu’ici) des classes moyennes auquel vous appartenez probablement. Pour ceux qui sauront ce que cela vaut dire, l’album entier ressemble assez bien à une version chantée de DOTN. On navigue dans les mêmes eaux. Les premiers morceaux figurent parmi les plus belles chansons que Jones a jamais écrites. Perfect Neighbourhood est une chanson pop nostalgique comme on n’en entend plus beaucoup. Un type rêve à un monde sûr et calme qui n’existe plus. Le gars est ambigu et fait référence à des tâches de sang qui ont disparu de ce monde idéal. La chanson est aussi magique et envoûtante que celle qui suit, Can’t Be Me Without You. Cette chanson évoque ce que c’est qu’être riche et par là même ce que c’est que de ne pas l’être .” I don’t want your ridiculous house with cameras in every room. I don’t want to know you’re unhappy with your fame and fortune”, chante Outsider sans qu’on sache vraiment s’il pense ou pas ce qu’il dit. La chanson est intelligente, spirituelle et s’énonce depuis un point de vue assez extraordinaire où la normalité est définie par décalque (au pochoir…) avec ce que renvoie l’ultrarichesse et l’existence des beautiful people.

Ce disque aurait pu être encore meilleur peut-être avec un groupe complet pour le soutenir mais il sonne bien ainsi et Outsider fait des miracles en composant et en enregistrant tout tout seul et dans sa chambre. Get Away From Yourself raconte l’histoire d’un type qui essaie d’échapper à la malédiction de sa propre vie quotidienne. I Need You est un petit joyau addictif, sur lequel Outsider chante en voix modifiée avant de s’époumoner sur le refrain. C’est à la fois répétitif, électronique et une chanson d’amour remarquable, à partir de sa troisième minute. If I Could est typiquement le genre de morceau que personne ne mettrait sur un « disque moderne ». Plusieurs personnes à qui j’ai fait écouter ce disque autour de moi trouvent cette manière de chanter complètement démodée et repoussante, au même titre qu’on pouvait dire que la voix de Jacques Brel agaçait à force d’être hyperexpressive. Il faut probablement comprendre les textes pour partager l’émotion d’Outsider et cela vaut vraiment la peine quand on est dans le truc. Si vous n’aimez pas celle-ci, vous vous rattraperez avec It’s Here, la chanson 7, qui est tout aussi démodée que l’autre mais sur laquelle le chanteur fait preuve de plus de self-control. On avait promis de ne pas faire une chronique titre à titre, alors on va sauter allègrement les 3 chansons qui restent, non sans préciser que le final Behind True Love est une vraie réussite et l’un des meilleurs morceaux du lot.

Outsider propose beauté et nostalgie pour les laissés pour compte. Si, comme nous, vous regrettez vos amours de jeunesse, le temps où vos enfants étaient purs et innocents et la simplicité du monde dans lequel vous avez grandi, ces temps anciens où tout n’était pas défini par les « échanges économiques », cette musique est faite pour vous. Outsider communie avec l’essence de la pop dans ce qu’elle a de meilleur. Dans ce cas, vous aurez en plus le triste privilège (et paradoxalement l’accomplissement ultime de toute expérience de consommation en milieu capitaliste) de pouvoir chérir un objet culturel que vous serez presque le seul à connaître, à l’abri complet des masses repoussantes. Be unique… tant que ça dure.

You won’t read any other review about this LP anywhere: no magazines, no TV, no radio, not even a blog. It is an invisible release from a man who has long disappeared from the public eye. At the time we write, Outsider’s 5th album is on the merge of being released but we don’t really mind being late as this underground world doesn’t exactly function like ours. It is bandcamp jungle here, where even the fittest can’t survive very long without a helping hand. Outsider is a man who breathes in the abyss for a few years. He is not there to stay but he knows how to play his game: limited editions, teasers, new materials, goodies, etc. It is music business at its most innovative, desperate and obscure point ever. Here people carry their dreams on their shoulder as some just try to survive or emerge (which is the same thing with different names on it)

We won’t say this time Outsider is Stephen Jones from ex-Babybird. You already know that if you have clicked on this review. And you probably don’t know who he is if you have not. I wasn’t there at the time is just a wonderful collection of songs. It is mostly about people, love and Stephen Jones. Some would call that “personal pop” but « universal » is more appropriate a term. It starts with a remarkable instrumental title song. Instrumental songs are great to set the mood of a LP and this one could have been on the man’s Death Of The Neighbourhood project. It brings both familiarity and a reference to this middle-class false peaceful world you probably belong to. For those who will know what we mean, this LP sounds like a DOTN album with real singing on it. First songs are really amazing and from the best ones Stephen Jones has ever written. Perfect Neighbourhood is pop nostalgia at its best. Guy is dreaming of a safe world which is no more but where he is back into. He is probably an ambiguous character, referring to blood stains on the carpet and stuff. This song is pure magic, as is the following Can’t Be Me Without You. This one is about being rich and therefore about being not rich.” I don’t want your ridiculous house with cameras in every room. I don’t want to know you’re unhappy with your fame and fortune”, Outsider sings though we don’t really know whether he really means it or not. It is intelligent, witty and written from an extraordinary point of view where middle-class or poverty are defined from their relation to wealth and beautiful people imagery.

The LP could probably have benefited of a full band formation but it sounds great without and Outsider makes miracles with his room pop mode. Get Away from Yourself is a song about someone trying to escape one’s everyday life and the guy’s become. I Need You is an addictive gem, where Outsider sings in a modified voice before he comes singing at full with the chorus. It is repetitive, electronic and a great love song when it turns to minute n°3. If I Could is probably a song nobody would want on a “modern LP”. A few people with whom I’ve shared this LP think Outsider’s singing is totally out of his time. He sometime shouts at himself singing and people can’t bear it, just as they thought French singer Jacques Brel was chiqué for being overexpressive. You probably need to understand the lyrics to feel and share the emotion. And it is beautiful when you are into it. If you don’t like it, you’ll probably prefer It’s Here, song 7, which is mostly as alt-modish as the other one but with more self-control. We’ve promised we won’t do track by track reviews again so we will skip the last 3 songs. We’ll just say the ending, Behing True Love, is beautiful and one of the best songs here.

Outsider is nostalgia and beauty for the underdogs. If you care for what we have lost from true teenage love(s), young kids grown old and faith to ancient world where not everything was ruled by “economical exchanges”, you should really care for Outsider’s music. It is the essence of pop at its best. And you’ll get, sadly (and paradoxically as it is the pinnacle of any capitalist consuming experience), the incomparable pleasure to treasure it on your very own and far away from the masses. Be unique… while it lasts.


Tracklist
01. I Wasn’t There At the Time
02. Perfect Neighbourhood
03. Can’t Be Me Without You
04. Get Away From Yourself
05. I Need You
06. If I Could
07. It’s Here
08. Yes I Do
09. Leave It Behind
10. Behind True Love
Lien
Ecrits aussi par Benjamin Berton

David Dufresne / On ne vit qu’une heure, virée avec Jacques Brel
[Editions du Seuil]

Le livre de David Dufresne, On ne vit qu’une heure, n’est pas...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *