Underworld / Barbara Barbara, We Face A Shining Future
[Caroline International / Universal]

Underworld - Barbara Barbara, We Face A Shining FutureEntre Underworld et nous, l’écoute blasée avait supplanté l’euphorie originelle. Logique : très encrés dans une époque (l’anti Britpop, le renouveau de la tech, le petit culte Trainspotting), Karl Hyde et Rick Smith, en absence de renouvellements tangibles, ne pouvaient que rejoindre la cohorte des grands souvenirs adolescents. Car depuis Beaucoup Fish (98), chaque nouvel album d’Underworld s’écoutait avec en tête une terrible sentence morrisseyenne : « I still love you / only slightly less than I used to ».

Pas un hasard si Underworld, suite au moyennement acclamé Barking, s’exila six années durant. Il fallait dégraisser la machine de ses trop nombreux automatismes, apprendre à composer pour le plaisir (sans redouter une longévité dorénavant incertaine), accepter la convalescence et retrouver goût au ludique. Karl Hyde, en compagnie de Brian Eno, s’octroya donc une étape aventureuse, loin de toute pression, en 2014 : Someday World, magnifique album dont la marque Eno semblait néanmoins plus prépondérante que l’apport Hyde. Cette rencontre avec le « Third Uncle » redonna-t-elle à l’ex Freur une soudaine envie d’en découdre ? Possible. Argument à l’appui : Barbara Barbara, We Face A Shining Future, du bon, du très bon Underworld.

En soi, ce nouvel album ne renouvelle en rien les textures du groupe : tech punk, ambient aphrodisiaque, mantra vocal, pop intermittente… Simplement, de nombreux points justifient l’écoute de la cuvée 2016.

D’abord, banalement, un plaisir communicatif. À la cool, Hyde et Smith s’amusent, s’éclatent. Rarement Underworld n’avait paru aussi serein, comme si nos comparses retrouvaient la fraicheur naïve de leurs vertes années. Cela se ressent et transmet : If Rah frôle l’électro-pop ; Motorhome (construit sur trois phrases répétées ad libitum) se module, se contorsionne telle une pile Duracel qui stopperait sa marche pour vaillamment rebondir ; Low Burn ressemble à du pur Underworld en mode jouvenceau ; Nylon Strung ensorcelle via un irrésistible leitmotiv qui s’accroche aux tympans…

Ensuite, la construction du disque. Vraisemblablement agencé façon vinyle (sept titres), Barbara Barbara débute par une Face A frondeuse et fonceuse : Underworld y prouve, à raison, son actuelle légitimité artistique comme son talent à balancer… des hits ! Rassurés, Karl & Rick, en Face B, bidouillent, expérimentent, ralentissent (parfois) le BPM – avec cette exigence d’une structure hitchcockienne longue en rebondissements imprévus.

Last but not least, Barbara Barbara s’apprécie pour sa non-appartenance aux actuelles mouvances électroniques. À l’heure où le synthétique ne s’exhibe qu’en costume couplet / refrain – avec étendard new wave pour les nostalgiques –, Underworld reste fidèle à une ligne sinusoïdale, répétitive, purement mathématique. L’inspiration autorisant les audaces, Karl Hyde et Rick Smith, sans ne jamais dévier de l’axe Dubnobasswithmyheadman, assument aujourd’hui leur disque le plus accessible, le plus pop également… Back to the (real) 90’s !

Tracklist
01. I Exhale
02. If Rah
03. Low Burn
04. Santiago Cuatro
05. Motorhome
06. Ova Nova
07. Nylon Strung
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