Madeleine de l’été (2) : Mon royaume pour les Occidentaux !

Les Occidentaux - Visage oubliéParmi les albums orphelins qui hantent notre discothèque, on trouve cet album mystérieux, éternel, publié sur le label Weekend (EMI Virgin), en 1993, et signé par un groupe au nom qui ne parle plus à grand monde aujourd’hui : les Occidentaux. Cette histoire ayant à peine 35 ans, il serait évidemment assez simple d’interroger les collègues de label du groupe, dont le plus renommé et toujours actif Sylvain Vanot, voire d’autres acteurs de l’époque, pour reconstituer le parcours des Occidentaux. Mais il est peut-être bien dans la nature de cette musique de porter sur elle les germes de son propre effacement. On se voit mal mener une enquête scientifique pour faire la lumière sur une beauté qui vaut de n’agir plus auprès de nous et de celles et ceux qui s’en souviennent qu’en tant que délicieux souvenir, passé et lumineux. Les chansons des Occidentaux sont signées par un duo, qui est très probablement celui qui avait eu les honneurs d’un clip en son temps. Jérôme Bulard signe les textes et chante. Philippe Le Guern compose la musique. L’album, sorti en 1993, dont la pochette est ornée d’une photo de deux galets sur lesquels sont dessinés à la craie deux personnages – les artistes ? -, a été enregistré en Ecosse par le producteur Ecossais Calum Malcolm, qui a trempé dans quelques uns des plus beaux disques des années 70-80 et 90 auprès de Prefab Sprout, It’s Immaterial, The Blue Nile, Aztec Camera ou les Go Betweens.

On parle souvent des Thugs comme le seul groupe français qui a réussi un pan de sa carrière aux Etats-Unis. Cette affaire là est très documentée. Mais on aimerait autant que quelqu’un nous raconte un jour en détail comment les Occidentaux se sont retrouvés à enregistrer en Ecosse et à échouer de manière aussi glorieuse et fascinante en proposant onze morceaux qui, trente trois ans après, continuent de nous émouvoir avec une force qui ne fait que croître avec les années. On ne trouve guère plus sur youtube que quatre d’entre elles, Parfum d’Absolu notamment, probablement la plus célèbre puisqu’elle était, avec Visage Oublié, la seule à être sortie à l’époque en single. Il n’y a jamais eu à notre connaissance autre chose que ces 11 morceaux.

On adorait Après la Pluie. le Refuge, Entre deux Mondes. Il est amusant de penser qu’à part celles et ceux qui ont le CD quelque part, il n’est guère plus possible d’entendre ces caresses synthpop, chanson française, sophistiquées et poétiques. On peut se faire une idée de ce qu’étaient les Occidentaux en réécoutant Parfum d’absolu, dont on trouve une version clip de quatre minutes et quelques, et une version plus longue. La sensation qu’on ressent avec le recul est d’être confronté à une sorte de mélange de Jean-Louis Murat et du Dominique A des débuts mais aussi à une réplique française de Lloyd Cole et de groupes fringants et anglais de l’époque. Le chant est assuré mais on apprécie aussi, ce qui fait toute la différence, une qualité d’orchestration remarquable qui renvoie à la chanson des années 60, au jazz, tout en ayant un côté synthétique marqué. L’ensemble est exagérément littéraire comme une partie de la pop française, mais cela renforce la séduction et le charme de cette musique qui n’a pas vraiment d’âge. On pense à Manset aussi pour le côté décalé.

Les Occidentaux en studioIl n’est pas certain qu’on puisse écouter encore ce genre de choses aujourd’hui mais les galets de Bulard et Le Guern ont aujourd’hui des airs de runes qui détiendraient le secret d’une époque. Si on les écoutait cent ou deux cents fois, si on en extrayait un brin d’ADN, la possibilité existe pour qu’on puisse remonter notre jeunesse, ressusciter des types de dix-huit ou dix-neuf ans qui tenaient ceci pour ce qui se faisait de mieux et de plus juste, qui connaissaient le texte par cœur et se le racontaient pour se donner du courage avant d’aller à un rendez-vous galant ou voir la fille qu’ils aimaient pour la première fois. Possible que ce romantisme ait disparu ou du moins n’existe plus jamais sous cette forme là. Possible que tout ceci ne parle plus qu’aux vivants bientôt morts qui en ont eu l’expérience en direct. Ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas en parler.

Pour celles et ceux qui aiment en savoir plus ou n’aiment pas les énigmes irrésolues, on renverra vers ce texte signé Philippe Le Guern et qui donne quelques informations sur tout ça. L’homme a écrit d’autres choses et on peut en trouver la trace facilement. On laisse ça aux fins limiers et aux rationalistes. Oublier les Occidentaux au fil des décennies, nous convient bien. Il en restera toujours quelque chose quelque part.

Photo des Occidentaux en studio tirée de l’article précité.

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