Brieg Guerveno / Un Noz A Vo
[ZRP / Kuroneko]

7.7 Note de l'auteur
7.7

Brieg Guerveno - Un Noz A VoIl ne nous arrive pas très fréquemment d’adorer des disques dont on ne comprend rigoureusement rien des paroles. Du moins… pas depuis la mort de Mark E. Smith ! On a eu beau capturer quelques traductions concernant les titres de ce nouvel album du Breton Brieg Guerveno dans le dossier de presse, on a assez vite lâché l’affaire pour s’en remettre exclusivement à notre oreille. Ce n’est pas pour autant qu’on n’a pas été ému par l’intensité d’un disque, Un Noz A Vo (une nuit viendra), exclusivement chanté en langue bretonne, et qui nous projette dès l’entame dans un univers fantasmagorique et sensible aussi poétique qu’intense.

Si l’album de Brieg Guerveno est aussi convaincant et marquant, c’est parce qu’il est porté à bouts de bras par l’intensité de la livraison vocale du chanteur et par des arrangements littéralement merveilleux. La facture musicale est assez classique et très soignée : du piano, des cordes, une ambiance mélancolique et de paysages de campagne aux horizons élargis auxquels répond une voix de tête magnifique. On pense à Sigur Ros, parfois un peu aussi à des groupes comme The Fleet Foxes. La langue bretonne sonne comme une langue scandinave. A l’image du premier morceau qui navigue entre musique classique et pop symphonique avec une insolence et un bonheur qui rappellent nos chouchous de Marble Sounds. On retrouve chez Brieg Guerveno cette même science des progressions mélodiques, cette capacité à “monter un crescendo” émotionnel qui nous élève haut haut sur l’échelle sentimentale mais surtout un grand sens mélodique. Car, par delà les effets d’arrangements, on tient ici de vraies chansons, bâties solidement, autour de couplets riches, de refrains et de rebondissements techniques. Il y a d’étranges zébrures de guitares sur Hebiou Din qui intriguent, une gravité sur Ar Gambr Sklas, qui indique que la couleur est plus sombre, plus noire qu’on ne le croirait, comme si on était confronté le plus souvent à une lamentation ou à un émule pop de Gia Kancheli.On imagine que Poultrenn (poussière en breton) n’est pas une chanson à danser de joie.

On pense parfois à Slumb, l’alliance de Senbeï et du pianiste Julien Marchal, pour cette capacité à rendre sensibles et déchirants des échappées vaporeuses, avec une tentation plus variété ici, qui nous enchante un peu moins sur des titres plus mainstream et ultra lisibles comme Pell War An Hent. Le dernier tiers du disque est cet égard plus léger et plus proche d’un format folk/chanson que vraiment pop. Ar Barr Avel se chante au coin du feu dans un registre plus traditionnel et Pastoral conclut l’affaire en mode instrumental avec une grâce infinie qui ouvre des horizons immenses.

Malgré ou grâce à la “barrière de la langue”, ce disque nous fait forte impression et constitue une jolie curiosité, porteur d’un exotisme de l’intérieur et d’une sensibilité inédite et mystérieuse qui dépoussière l’idée qu’on se faisait du “chant breton”. Il y a d’autres disques du même artiste (qui a une quarantaine d’années) qu’on ne manquera pas d’explorer à rebours et en guise de rattrapage.

Tracklist
01. Kalon Flamm
02. Hebiou Din
03. Ar Gambr Sklas
04. Piv’ vin
05. Eviti
06. Gau Bat Izanen Da
07. Poultrenn
08. Pell War An Hent
09. Ar Barr Avel
10. Pastoral
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