Clip possédé du mois : l’exorcisme selon Stick

Stick - ExorcismeAuteur avec Glossolalie de l’album de rap français le plus puissant de ce premier semestre, Stick continue de surcroît de servir des clips d’anthologie. Cette fois-ci, c’est lui qui s’y colle directement, assisté par Guillaume Laval et Meda, pour un Exorcisme qui fait partie des meilleurs titres de l’album et offre une virée dark de plus de 10 minutes dans la vie d’une rock/rap star à la carrière manipulée par le diable.

Titre habité et chanté depuis le point de vue du… démon, Exorcisme met en scène un rappeur ou rockeur à succès dont la vie entière a, semble-t-il, été « aidée » par les forces obscures. Depuis l’enfance, la vocation, jusqu’au succès, ce sont les forces de l’esprit qui ont propulsé un adolescent timide et effacé jusqu’à en faire une star, perdue, et abandonnée aux excès. Dans cet ample récit d’une vie, Stick se met en scène tel Robert de Niro en Angel Heart, tirant les ficelles d’un destin contrasté. Le flow est ici remarquable, posé à plat et sans la moindre variation pendant près de cinq minutes, comme s’il s’agissait d’un seul souffle de vie, insufflé à une créature de pâte à modeler. Le caractère épique de la  biographie est porté par un texte superbe, sobre et ultraréaliste, d’où affleurent  quelques éléments autobiographiques. La chanson est secouée par un beat cataclysmique et des éclairs de guitare, une batterie musclée, qui sortent le titre du champ hip-hop pour en faire un monstre hybride à l’impact étonnant. Au fil des dix minutes, on sent la tension monter jusqu’au moment, attendu, où le diable vient réclamer son dû, au lieu d’être chassé par le curé exorciste, convoqué par la star pour se libérer de son emprise. Le pacte faustien tire à sa fin, trouble et inquiétant. Le marché de dupes est épuisé. Si l’apprenti artiste a retiré, comme il se doit, les fruits de la gloire durant les premières années, il n’a pas su résister aux tentations qui découlaient du succès. A l’heure de l’exorcisme, le diable l’emporte et lance une ultime condamnation. « Tous les deux on forme une team. On se retrouvera en enfer. » La référence au chef d’oeuvre de Sam Raimi, Jusqu’en en Enfer, est explicite, concluant en beauté (les amateurs qui connaissent ce film sont des gens de goût!), une incroyable plongée dans l’abîme. On attend que le sol s’ouvre et engloutisse le personnage….

Stick montre sur ce seul morceau sa densité et son intensité. C’est du grand art. L’œuvre du diable à n’en pas douter. Il va falloir que tout cela se paie. On a les madames Ganush qu’on mérite.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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