C’était il y a un an et demi déjà. Sun Burns Out, dans le prolongement des magazines phares en leur époque glorieuse, se lançait dans l’aventure de la compil’. Et on n’était pas peu fier de la clôturer avec Bonjour Piano de Mighz, rappeur et beatmaker que nous avions découvert à travers son tandem Timeless Keys quelques années plus tôt ; puis redécouvert avec l’excellent Mieux vaut tard que jamais, album solo quasi instrumental où celui-ci nous faisait voyager piste après piste, comme les meilleurs albums d’abstract hip hop dénichés qu’Alex Carter nous faisait découvrir en ces pages. Il n’en fallait pas plus pour inviter le toulousain sur French Armada, succédané (certes, incomplet) de nos goûts ainsi que des talents cachés dont regorge le pays.
On nous dit que certains de nos lecteurs ne l’ont pas achetée ? Que la voix de Mighz n’est pas passée sur certaines oreilles ? Tir corrigé avec la sortie internationale (eh oui, un an et demi, c’est le prix de l’exclusivité chez nous !), worldwide du titre, assortie d’un beau clip par François Sisko scrutant l’objet de désir – et de travail – sous toutes les coutures. Écrire un hymne à un instrument, fallait le faire, quand même. Miguel Hernandez l’a fait ; et sans niaiserie. La déclaration est rude, sèche, presque martiale et solennelle, par son battement ; et pourtant poétique, pas si éloignée de certaines atmosphères trip hop tamisées de Timeless Keys. Pas dénuée d’humour non plus – encore moins d’amour. L’ambiance, ouatée et teintée d’étrange, se veut à la fois inquiétante et rassurante. Faut souffrir et manier les bonnes touches pour se faire aimer d’un piano, voyez-vous ; le remercier et écouter ses plaintes ; savoir jouer sur ses cordes sensibles, parfois.
L’écriture se joue animiste, sans jamais faire intimidante : la poésie du beau sens. On ne peut pas s’empêcher de poser ici certaines paroles, bougrement inventives dans la description d’un rapport de respect mutuel entre objet et être: “Je te vois tous les jours depuis mes sept ans / J’t’ai jamais dis bonjour”. On ne sait pas si ce sont nos parties sur Death Stranding 2 qui nous poussent à penser ça, mais l’instrument apparait tout à la fois comme un miroir et un compagnon d’arme : “Instrument à progression technique infini / T’es une arme, tu me protèges en m’allégeant / Quand je te joue, tu rends bien les gens !” ; une monture au squelette harmonique et un cicérone, vieil arbre sonore nous menant… à nous-même : “Dans la frénésie de l’action, je ne fais qu’un avec toi” ; un protecteur aux pouvoirs magiques dont les gardes s’alternent, parfois aussi fragile qu’un nouveau-né.
Le single, accompagné d’autres qui suivront, vise à annoncer la sortie d’un album pour la rentrée, Zéro Un. Preuve s’il en est que le morceau nous ayant été livré était loin d’être un fonds de tiroir mais bien un titre confectionné avec méticulosité. Très prometteur, donc.

