La Bronze / Vis-Moi
[Audiogram / The Orchard]

5.9 Note de l'auteur
5.9

La Bronze - Vis-MoiOn avait raté la reprise du Formidable de Stromae en Arabe qui l’a, semble-t-il, révélée ainsi que ses précédents disques (Vis-moi est son 3ème album) : l’artiste et actrice canadienne, Nadia Essadiqi aka La Bronze, a rejoint l’écurie Audiogram et se lance à l’assaut du marché francophone hexagonal avec ce nouveau disque qui a atterri, un peu par hasard on l’imagine, sur notre établi.

Bien produite, la chose est pop, contemporaine et sans grande surprise mais pas désagréable à l’oreille si on aime la variété francophone d’aujourd’hui. La jeune femme (très jolie) a la voix qui traîne caractéristique du chant féminin des années 2020. Son flow est un brin pâteux ce qui a tendance à rendre peu compréhensible certains couplets, mais le tout dégage une sorte de charme RnB jeune et frais, renforcé par des textes qui n’ont rien à envier à ceux, blonds et bruxellois, d’une Angele d’outre-Atlantique. Comme chez la jeune Belge, on mélange ici des contenus sentimentaux (Toi), des rêves de gloire (Briller) et un attachement aux racines (marocaines ici, Haram et son électro foutraque assez bluffante). L’orientalisme confère une pointe d’originalité à un ensemble qui évolue entre chansons, musiques dansantes et bizarrerie sentimentale (Vis-moi, susurré et un peu inept sur les bords).

Il faut beaucoup d’indulgence pour aller au bout des treize morceaux mais on peut se laisser faire par l’audace de certaines chansons qui laissent la place à une électro peu académique. Sois Ferme est une vraie curiosité qui rappelle les compositions d’un K-Maro qui se serait trouvé une nouvelle muse. C’est tendrement érotique et vraiment intéressant. La Bronze n’hésite pas à parler assez ouvertement de sexualité, ce qui fonctionne plutôt bien et attire l’attention (Océan). Sur le single, l’habitude de mourir, la poésie est bringuebalante mais aussi intrigante dans sa recherche d’effets :

Ton cœur vers moi à pleine vélocité
C’est l’accident assuré
Mais tu ne ralentis pas
Même si ton corps sait déjà
Tu te suicides dans ma bouche
Le venin quand tu me touches
Mais tu es toujours là
Tu fonces tout droit vers mon amour figé

C’est à la fois maladroit, malhabile et en même temps curieux (cette idée du « suicide dans ma bouche »… étonnante), au point qu’on se prend au jeu et à écouter ça comme s’il y avait un vrai truc à capter. Quantum Parfait est un grand titre mystérieux qui embraye sur l’atroce Je Flottais ou la pop tubesque et accrocheuse d’un Eaux peu profond. La Bronze sonne comme une artiste de contrastes, dont la colonne vertébrale artistique ne saute pas aux oreilles et qui gagnerait sûrement à cultiver sa différence. Les titres s’enchaînent sans véritable idée de manœuvre. Reste la voix qui touche et émeut, les attitudes qui sont délicates et gracieuses et cette idée fugace que la femme du XXIe siècle est nichée quelque part dans ce brouet. Est-ce que la variété doit se résumer à ça désormais ? De qui La Bronze est-elle le nom ? Difficile de tirer un trait sur un Monument Erigé qui parle virilité et bite avec autant de poésie solennelle, sans passer pour un vieux con. On n’en reste pas moins pas très préparé à ça. Sans doute est-ce qu’on aurait du passer notre tour et ne rien en dire. Mais on a aimé Viens, le final à la beauté radieuse et aux accents breliens, et une bonne moitié des titres d’un Vis-moi qui n’était pas vraiment fait pour nous. Ce n’est pas si mal après tout. Alors pourquoi s’abstenir  ?

Tracklist
01. Toi
02. Briller
03. Haram
04. Vis-Moi
05. Sois Ferme
06. Océan
07. L’Habitude de Mourir
08. Quantum Parfait
09. Je Flottais
10. Eaux
11. Monument Erigé
12. Adieu
13. Viens
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