
Un pont, faire autre chose que d’écouter de la musique parce qu’il n’y a pas que ça dans la vie et nous voilà submergés par une nouvelle vague de clips de la semaine (allez, de la quinzaine): entre un émouvant retour plein de grâce, de vieux punks poppy qui n’ont pas fini de nous enchanter, une musicienne confirmée quoique que quasiment inconnue et de jeunes pousses préférant les caves noise au soleil qui tabasse habituellement leurs villes, une sélection éclectique à l’image des destinations que vous êtes en train de choisir pour l’été qui arrive.
Ivy – Say You Will
C’est l’excellente nouvelle de la semaine, le retour d’Ivy. Le groupe revient de loin, dévasté par cette très mauvaise blague du 1er avril 2020 qui voyait Adam Schlesinger être emporté par ce foutu coronavirus. Le couple à la ville comme sur scène Andy Chase / Dominique Durand aurait pu ne pas s’en remettre et, même s’il aura fallu 5 ans pour achever un album du retour qu’ils avaient commencé à composer à 3, revoici Ivy fidèle à sa discographie, plus classe que jamais. Say You Will est donc le premier extrait de Traces Of You (of Adam bien évidemment) qui sortira le 5 septembre sur le label d’Hoboken, Bar/None avec, espérons-le vu les frais de port annoncés en import, une distribution européenne. Plus de 30 ans après le séminal Realistic, c’est comme si le dernier album en date, All Hours sorti en 2011 venait tout juste de s’arrêter de tourner : tout est intact, à commencer par la présence sensuelle de la voix à l’accent so frenchy de Dominique Durand mais aussi cette capacité à créer une ambiance délicieusement mélancolique, un peu triste et émouvante aussi vu le contexte, en partant de si peu : une batterie minimale, une ligne de basse bien ronde, quelques notes cristallines d’une guitare folk accompagnées de simples nappes de synthé suffisent à créer cet écrin remarquable. Vivement la suite.
Swansea Sound – Oasis Vs Blur
Double actualité chez les (pas encore tout à fait) vieux punks poppy de chez Skep Wax qui ne sont visiblement pas prêt à goûter une paisible retraite musicale et à vrai dire, ça nous va très bien. Du côté de Swansea Sound, le groupe composé entre autre d’Amelia Fletcher et Rob Pursey, tenanciers de la maison et du fantasque leader des Pooh Sticks, le gallois Hue Williams, on fête à sa façon le retour des enfants terribles de la brit pop avec cet Oasis Vs Blur en mode « tu préfères ton père ou ta mère ? ». Une question généralement plus facile à trancher pour les fans invétérés comme pour celles et ceux qui regardent tout ce cirque d’un peu plus loin et préféreront ces 2 minutes 36 un peu glam, un peu foutraques qui sortent ce vendredi en digital et le 18 juillet sur un joli single violet, à l’ancienne. Et c’est un fan de Blur qui signe le premier commentaire sur You Tube : « God, awful ! ». Mission accomplie donc.
Heavenly – Portland Town
Plus sérieux, on prend presque les mêmes (Amelia et Rob rejoints par leurs compagnons de toujours, Peter Momtchiloff et Cathy Rogers) et on rouvre un livre clôt il y a 29 ans, celui d’Heavenly. Au sujet de ce nouveau titre, on pourra bien sûr difficilement parler de surprise au vu de leur reformation depuis quelques années pour une série de concerts célébrant les rééditions successives de leur 3 premiers albums depuis 2022, celle du 4ème Operation Heavenly arrivant très vite. Un dernier album en date qui deviendra donc début 2026 l’avant dernier puisque le groupe a décidé de prolonger les retrouvailles. On ne peut que s’en réjouir tant ce Portland Town, même s’il n’a pas encore tout à fait les atours des singles impeccables de la première vie du groupe, s’avère néanmoins plus que plaisant, décollant après une petite période de chauffe en un refrain parfait dont le groupe n’a absolument pas perdu le savoir-faire. Véritable jumeau d’Oasis vs Blur, façon de dire qu’on peut toujours préférer se pencher sur les choses sérieuses plutôt que sur l’événement mercantile et hypocrite de l’année, le single, outre sa vidéo reprenant les mêmes codes, sort lui aussi ce vendredi en digital puis le 18 juillet en vinyl, jaune cette fois.
Maria Rodés – Pienso En Ti
La délicate barcelonaise Maria Rodés n’est pas loin d’être une parfaite inconnue de ce côté-ci d’un Perthus que les français adorent pourtant traverser à la moindre occasion (sans doute plus pour le prix des clopes, de l’essence, de l’alcool et les femmes de La Jonquera que pour la pop espagnole) mais c’est déjà son 10ème album qu’elle s’apprête à sortir sur le label madrilène Elefant. Si elle compte parmi ses plus grands fans un certain David Byrne, c’est aussi parce qu’à la façon du new yorkais, elle développe un univers d’une rare élégance où s’associent une somme d’influences mondiales avec sa pop teintée de folk. Sur Pienso En Ti, 4ème extrait d’un album qui paraitra à l’automne qu’elle chante en duo avec le kitshissime Paco Pecado, c’est la lamentation du tango et la sensualité de la bachata qu’elle convie pour une très belle chanson sans filtre sur cet amour à la folie qu’on ne peut réprimer.
Avee Mana – I’m Wired
Changement radical d’ambiance avec les marseillais d’Avee Mana qui sortent deux nouveaux titres dont ce I’m Wired dans lesquels l’indie rock aux accents psyché du groupe s’enrichit de nouvelles influences plus orientées post-punk. Des morceaux qui s’inscrivent dans la continuité de leur dernier EP Inner Life et annoncent un album qui paraîtra en 2026. Après ses collaborations de longues dates avec les bordelais de Flippin’ Freaks, le label parisien Howlin’ Banana continue donc son exploration des scènes méridionales de Toulouse (Cathedrale), Montpellier (Loons) ou Marseille (Technopolice et Avee Mana) pour s’imposer de plus en plus comme un acteur incontournable de la scène rock indépendante française.
Viceroy – Statira
S’ils avaient eux aussi été de notre sud, Viceroy auraient probablement trouvé toute leur place sur le label parisien mais ce tout jeune groupe est grec et c’est donc fort logiquement chez les athéniens de Make Me Happy que sort Statira, un premier single canon aux faux airs d’un Sonic Youth pré-Goo, une influence clairement revendiquée, ne serait-ce que par une impressionnante collection de t-shirts portés par les membres du groupe sur leurs réseaux sociaux. Le single brut et électrique est produit par une vieille connaissance, Joseph Powell des excellents Youth Valley qui sort un peu de son registre habituel, lui qui nous avait habitué à sa pop pleine de délicatesse et de jolie envolées.
Crédit photo : capture d’écran YouTube

