Daisy Lambert / Les Cœurs Célestes [Archipel]
Octave Noire / Néon [Yotanka]

7 Note de l'auteur
7

Octave Noire - NéonHasard des sorties : deux albums français, à quelques mois d’intervalle, se réapproprient l’axe Vannier / Colombier / Chaléat… et atteignent leurs cibles (ou presque). D’abord, Les Cœurs Célestes (Archipel), deuxième opus du lyonnais Daisy Lambert (après un formidable Chic Type, en 2013) ; puis Néon (Yotanka), premier ouvrage du cosmopolite Patrick Moriceau (alias Octave Noire). À chaque cas, l’auditeur se retrouve confronté à une manière de blockbuster symphonique : orchestration surpuissante, envolées cataclysme, production au scalpel. Dans le genre maousse (si l’on excepte le ramenard dernier Justice), il s’agit certainement des deux disques français parmi les plus chiadés des six derniers mois.

Daisy Lambert comme Octave Noire, thanks god, ressemblent à de grands angoissés. La force de leurs albums tient à cela : malgré le gigantisme déployé, une incertitude, une fêlure implicite se perçoit. Ces artistes se donnent les moyens de concrétiser leurs visions space opera, et pourtant, chez eux, le doute subsiste. Voilà ce qui leur permet d’échapper à une quelconque mégalomanie pour, inversement, labourer le champ du terrestre, du concevable. Sur ce point, Octave Noire ressemble à un éternel insatisfait : l’ambition de Néon ne semble découler que d’une nécessité à sans cesse repousser diverses limites personnelles, à toujours peaufiner jusqu’à la deadline. Néon est un disque obsessionnel, kubrickien, assez flippé parfois. La sueur du travail ne s’entend pas ; le cheminement des névroses, un peu…

Daisy Lambert - Les coeurs celestesProjets empreints de rétro-futurisme, Les Cœurs Célestes et Néon envisagent Melody Nelson, Oxygène et Moon Safari à l’orée du présent. C’est une force : si l’héritage se perçoit (mais qui, aujourd’hui, s’avance vierge de toute influence ?), celui-ci est à violenter, à torturer. Par diverses façons : Daisy Lambert planque sa voix derrière les effets (il chante pourtant en français), Octave Noire conserve une assise rock, binaire, basique, tendue. Chez l’un comme l’autre, l’héritage se façonne au gré d’une forte personnalité. Ne pas s’y tromper : ces disques honnissent tellement le duplicata qu’ils se contraignent à modifier leurs gènes en constantes expérimentations, en lourds questionnements sur la notion de contemporanéité. Daisy Lambert et Octave Noire détiennent un pied dans le passé, mais ils ne cherchent qu’à s’en extirper.

Reste le problème des paroles. À trop réfléchir sur la notion de génétique sonore, les deux musiciens lésinent l’importance des mots. Dans le cas de Daisy Lambert, la neutralité des Cœurs Célestes renvoie surtout à un pied-de-nez (Chic Type était goguenard, pince-sans-rire ; le deuxième album, lui, prône l’évanescence – Daisy refuse le surplace). Octave Noire, de son côté, travaille les mots comme des sonorités. Dommage. Le propos, si propos il y a, ne se comprend pas, ou bien décourage trop vite. Formules clichées, rimes faciles, structures lexicales permettant de ne pas trop en dire : avec cette voix chaude, chamforienne, Octave Noire pourrait facilement lier le fond et la forme s’il exigeait autant de ses paroles que de sa musique.

Octave Noire – Un Nouveau Monde

Tracklist Daisy Lambert - Les Cœurs Célestes
01. La lumière
02. Majestic hotel
03. Le Mystère
04. Voyeur
05. La Source
06. L’autre côté
07. Higher
08. Les Cœurs célestes
Tracklist Octave Noire - Néon
01. Un Nouveau monde
02. La Sainte nuit
03. Belem Belem
04. My Hand in Your Hand
05. Tes Yeux, tes mains, tes lèvres
06. La Neige en été
07. L’envol
08. Sur un tube disco
09. The Shapes
Liens
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Le site d’Octave Noire
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