Clips de la semaine #16 : Mogwai, Youth Valley, Hanry, Triángulo De Amor Bizarro, Trainfantome, Asara & Coconut

 

Trainfantome - Here The Mermaids Play

À l’exception notable du premier de la liste, tout le monde cette semaine a un album à promouvoir : retour aux origines pour le vidéo-clip. Les plus anciens ou nostalgiques se souviendront de leurs retours de soirées à poursuivre la nuit blanche dans un état parfois second à guetter les playlists nocturnes de M6, seuls endroit et heure où l’on pouvait croiser des vidéos « indés » avant l’apparition de You Tube. Comme pour le reste de la chaine de production, l’outil s’est démocratisé : un bon smartphone, un software gratuit pour le montage et le moindre petit groupe peut se faire ses clips sans que cela ne coute bien cher. Reste alors à trouver le bon l’angle, la direction artistique, faire preuve d’originalité pour émerger d’une production de clips devenue elle aussi pléthorique et surtout, surtout, parce que c’est quand même au fond de cela qu’on parle, avoir une bonne chanson pour promouvoir, tant qu’à faire, un tout aussi bon album. Réponse ici dans quelques semaines, ou pas.

Mogwai Tuner

Les fans le savent, Tuner n’a rien d’un nouveau single de Mogwai pas plus que d’un inédit de derrière les fagots mais il est tout simplement le tout premier single du groupe sorti il y a 30 ans, le 18 mars 1996 sur la toute petite structure que les écossais jouvenceaux avait montée spécialement pour l’occasion, Rock Action; 500 copies, la quantité standard indé de l’époque, pressées chez le nouveau filon tchèque Gramofonové Závody que tout le monde allait bien vite se refiler. La suite, on la connait : le fondateur New Path To Helicon (parts 1 & 2) sur le tout aussi indépendant Wurlitzer Jukebox, la signature sur le label de Glasgow en vogue Chemikal Underground et l’histoire était en marche ; 11 albums studios, un paquet de singles, pas mal de bandes originales et 150 références sur Rock Action, qu’ils gérent de nouveau de façon indépendante depuis le live Special Moves en 2010. Tuner est un document, loin d’être le meilleur titre d’un groupe habitué depuis à l’excellence, mais il posait quelques bases chantées d’un post-rock très influencé par le post-emo américain sur lequel il arrive encore parfois que le groupe revienne. La vidéo n’est pas d’époque : You Tube n’existait pas et Mogwai n’avait aucune chance de se frayer un chemin sur les ondes de MTV. Produite par Antony Crook qui suit régulièrement le groupe depuis la sublime pochette de Hardcore Will Never Die, But You Will, elle vient d’être réalisée à base d’archives inédites de la Jeune Equipe pour célébrer cet anniversaire qu’une courte tournée 2026 accompagnera, en mai à Sydney et en novembre en Europe du Nord et à Glasgow, comme il se doit, pour souffler les bougie.

Youth Valley Cerberus

Quoi de plus normal au fond pour l’un des tous meilleurs groupes grecs que de convoquer pour ce nouveau single l’une des figures les plus connues et effrayantes de leur mythologie, Cerberus. Qu’il semble loin le temps où Youth Valley nous enchantait avec la jolie bluette Young Sad Lovers : ce cerbère qui ouvre l’ère du second album As Passive Aggresive As It Gets chargé de succéder à l’élégant Lullabies For Adults, est un mur du son d’une redoutable efficacité, 3 guitares branchées sur le même ampli, chargées de garder l’entrée du temple du shoegaze dans lequel on n’entre qu’en laissant une offrande au dieu post-punk: son audition. Le groupe mené par Joseph Powell poursuit donc sur sa lancée et confirme ici l’évolution d’un son qui se durcit notablement, gagne en décibels autant qu’en maturité sans rien sacrifier à une écriture toujours aussi enthousiasmante avec son texte ciselé tranchant parfaitement avec cette mélodie qui, malgré son enfouissement certain qui ravira les fans d’archéologie antique, parvient à émerger et s’ancrer durablement à l’esprit. Une performance haute en watts qu’on a hâte de prolonger plus longuement.

HanryAurora

Le groupe rennais de rock atmosphérique…. Bon, oui, de post-rock, y’a pas de honte, nous avait enchanté avec ses premières sorties numériques de grande qualité au point que la dernière, l’excellent EP Disruption il y a un peu plus d’un an les voyait signer sur le très en vogue label allemand Pelagic Records (Mono, Bruit≤) célèbre pour le soin notamment visuel apporté à ses sorties. Aurora est donc le premier extrait de leur premier album What Came From Silence qui sortira à la toute fin du mois de mai. Hanry y développe de nouveau toute sa science de la maitrise de ces ambiances où s’équilibrent électricité et nappes synthétiques avec, parfois, des scories d’influences émo qui ouvrent le morceau sur un orage qui, invariablement, va laisser place à la lumière de l’éclaircie. Un post-rock instrumental donc qui remplit à merveille son office : fermez les yeux et laissez vous allez ; vous n’aurez aucune peine à monter votre propre vidéo sur cette musique passionnément suggestive.

Triángulo De Amor Bizarro – Sacrificio

A peine remis d’une très vilaine polémique (une toute récente session KEXP enregistrée dans une église de Bilbao a été accusée de promouvoir des idées satanistes par des conservateurs espagnols), voilà que les galiciens de Triángulo De Amor Bizarro sortent Sacrificio, premier extrait pour eux aussi d’un septième album, Mi Catedral dont la date de sortie n’est pas encore connue mais « très proche » selon les propres termes du groupe. Si l’album est annoncé comme on en pris l’habitude bourré de déflagrations sonores, de basses puissantes et de batteries tonitruantes, elles seront comme toujours nuancées par des morceaux beaucoup plus sensibles et c’est ainsi que le groupe présente Sacrificio, une chanson lumineuse après laquelle ils courraient depuis des années sans jamais parvenir à l’atteindre. Et en effet, le titre explore comme rarement la facette la plus pop du groupe avec ses guitares délicieusement jangly tout droit sorties d’un single de chez Sarah records mais ne nous y trompons pas : Triángulo De Amor Bizarro est un groupe sombre et électrique et c’est sous une chape sourde et vrombissante mais néanmoins particulièrement jubilatoire que ce filon doré sera finalement enfoui. Qu’à cela ne tienne, voici probablement l’un des chouettes singles de l’année.

Bonus tracks : la session « sataniste » en question, brutale et magnifique.

TrainfantômeHere The Mermaids Play

Le clip n’est certes pas tout frais du marché mais c’est cette semaine qu’Howlin’ Banana et Trainfantome viennent d’annoncer pour eux aussi la sortie du successeur du trés bon Thirst dont nous avions, ça arrive vous le savez, oublier de vous parler. Constant Farewells paraitra donc le 22 mai en collaboration avec le label parisien Influenza Records et les bordelais de Flippin’ Freaks. Il s’annonce une nouvelle fois sous les meilleurs auspices, ceux d’un rock noisy puissant, décapant même, mais toujours contrebalancé par la voix attachante d’Olivier Le Tohic, son écriture précise et mélodique et toujours quelques petites notes discrètes, arrangements subtils que l’on n’attend pas forcément dans un univers aussi électrique. Un univers jamais simple et tranché, toujours dans un entre-deux comme la nuit turbulente de ces deux BFF filmée par la réalisatrice mexicaine Marlene De La Paz.

AsaraCute

Un album à venir aussi, cette fois chez le toujours intéressant label Géographie pour Asara, mais on commence par un tout premier single et c’est bien aussi pour entrer dans cet univers immédiatement captivant. Sarah Pitet, la multi-instrumentiste parisienne qui se cache sous ce nom n’est pas à proprement parler une inconnue puisque nous n’avons eu de cesse ici de soutenir les débuts adorés du groupe dans lequel elle officie, Dog Park. Avec ce projet, elle ouvre un nouvel espace plus intime, véritable journal sonore d’une jeune femme pas encore trentenaire et le court Cute vient nous montrer qu’il faudra avoir hâte de le parcourir lorsque le moment sera venu. On aime beaucoup le groove tranquille de ce titre qui aborde pourtant le thème difficile de la séparation, la voix lascive et déterminée qui témoigne d’un univers que l’on devine très personnel et cette brève cavalcade de guitare qui fait décoller le morceau tout en sensibilité. Le rendez-vous est pris.

CoconutTriste Hiver

Et comme c’était la thématique de la semaine, terminons avec un dernier album prévu mais qui sera en fait le premier à sortir dans ces prochaines semaines, celui de Coconut, groupe mené par le duo nantais Marine Pichot et Louis Roms qui sortira Pour Les Grands le 16 avril sur le label Archipel. On ne sait pas grand-chose d’eux mais il arrive parfois qu’une jolie vidéo à l’histoire onirique, imaginée et réalisée par Quentin Latéral, tournée dans des lieux familiers et emblématiques comme les Monts d’Arrée, la forêt d’Huelgoat ou la côte de granit rose suffise à illustrer de la plus jolie des façons un univers singulier. De toute évidence, il l’est tant cette pop ouvragée qui évoque parfois Julien Gasc ou même les débuts de Petit Fantôme se montre immédiatement séduisante avec son incroyable richesse d’arrangements qui ne viennent jamais alourdir le morceau mais se contentent de l’accompagner, l’enjolivant par touche pour le servir au plus juste.

Illustration: capture d’écran YouTube / Trainfantome

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