Kid Francescoli / With Julia
[Yotanka / Differ-Ant]

Kid Francescoli / With Julia [Yotanka / Differ Ant]Le groupe Kid Francescoli, formé au début des années 2000 autour de Mathieu Hocine, a toujours brillé par son mélange de délicatesse pop et de mélancolie dansante. Évoluant depuis Marseille entre chanson à l’italienne des années 50-60, pop anglaise et électro planante section french touch Morriconienne, Hocine a parfois tutoyé la préciosité, frôlé la guimauve et saturé l’espace sonore d’intentions qui éveillaient finalement une certaine méfiance à son égard. Est-ce que tout ceci n’est pas trop sophistiqué pour être honnête ? Cette musique ne relève-t-elle pas d’un mirage créatif que renforce la perfection esthétique des vidéoclips ? Il faut toujours un certain temps pour domestiquer la pureté pop, l’amadouer et vérifier si elle n’est pas là que pour envelopper notre cœur de sucre.

Le nouvel album de Kid Francescoli, enregistré sur une période assez longue et dont on parlait déjà il y a deux ou trois ans, rend compte de la rencontre (amoureuse et artistique) intervenue lors d’un séjour de Hocine à New York avec Julia Minkin, une jeune apprentie chanteuse américaine. Le Marseillais, dont le nom de groupe a été emprunté au fabuleux joueur uruguayen (qu’on ne présentera pas – ignares), décide d’intégrer Minkin et lui donne une place de choix (au chant principalement) dans son projet.

With Julia est un album amoureux indissociable de la complicité intime qui relie ses principaux artisans. Plus pop encore que le précédent, plus anglo-saxon dans la manière de changer l’or en miel, cet album transforme le projet synth-pop appliqué et un rien fabriqué de Kid Francescoli en un magnifique essai sentimental. La pop est enlevée, légère et pétillante. La production est enrichie à coups de petits détails qui font mouche : à dominante synthétique, elle glisse tendrement vers l’acoustique sur un tapis de ukulélé, de claquements de doigt et de sifflements (Micheline Dax sort de ce corps), ce qui donne une saveur tout à fait étonnante à l’ensemble. Si l’écrin est beau et le visuel toujours aussi soigné, With Julia affiche aussi un sens de la mélodie très sûr qui évoque le succès de nos chouchous belgo-néerlandais de Plastic Operator (dont le clip jonglait avec les mêmes codes – jolie fille et langueur éternelle) et de DyE, le prodige français. Blow Up, premier single livré par le groupe, est une chanson magnifique, peut-être un poil trop longue (la langueur, la langueur….), mais qui marche sur le fil. Le texte est parfait de simplicité et d’évidence, sorte de rêverie adolescente qui carbure à la peau douce et à l’édredon remplumé : «I’m in New York and I’m fine/ I’ve got your love and peace of mind/ Playing on my pillow drums/ And sleeping on your pillow butt», mais sans tomber dans la naïveté la plus idiote ni la musique pour pubards. Does She ressemble à du Portishead sous amphétamine et Disco Queen dissimule un tube dance floor sous un beat ralenti. Parmi les immenses réussites du disque, on soulignera l’infinie beauté vintage de My Baby au sillon grésillant et qui semble capturée depuis un film hollywoodien des années 50. Le reste est à l’avenant joyeux et triste (le single Prince Vince) ou triste et joyeux (Italia 90, autre référence footballistique).

Kid Francescoli vient de signer son OM-Benfica et c’est déjà beaucoup.

Tracklist
01. Blow Up
02. My Baby
03. Prinve Vince
04. Boom Boom #2
05. Does She?
06. I Don’t Know How
07. Mr. Know It All
08. Disco Queen
09. Italia 90
10. Dirty Blonde
Écouter With Julia de Kid Francescoli


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