Playlist : Bruce Springsteen au cinéma

Bruce Springsteen 1988Bruce Springsteen, dans ses textes, fut très influencé par le Septième Art (américain, essentiellement). Ce qu’analysait Vanessa Hélain dans son récent ouvrage Broken Heroes (chez Rouge Profond), étude très vaste, passionnante, même si parfois frustrante, sur le rapport du Boss au cinéma.

Mais si un nombre incommensurable de chansons écrites par Bruce provient d’images préexistantes, l’inverse, chose rare pour un musicien, est également valable : Springsteen fut autant influencé par le cinéma qu’il offrit inspiration à de nombreux films.

Le rapport de Springsteen au cinéma se divise en deux : les chansons qu’il vend à des produits commerciaux (plein de comédies débiles), et les rares moments où il accepte de composer un inédit, souvent gratuitement, pour certains baroudeurs tels que Sean Penn et Mickey Rourke. Exception : Adam Sandler. Dans 90% des films dans lequel le génial Sandler détient le premier rôle, une chanson du Boss illumine la bande-son. Sandler est springsteenien, voilà tout !

L’influence musicale de Springsteen sur le cinéma est parfois inconsciente, car de nombreux films pourraient se lier aux albums du Boss : le Scarface de Brian de Palma converserait ainsi avec l’album Born in the U.S.A. ; John Sayles n’aurait tourné ses films qu’en fonction d’une révélation exercée sur lui par The River ; Gran Torino et A Perfect World, d’Eastwood, seraient cousins de Born to Run. Chose comprise par Sean Penn : son premier film, The Indian Runner, que nous aimions beaucoup au moment de sa sortie mais qui vieillit un peu mal, est inspiré par la chanson Highway Patrolman de l’album Nebraska. Autre exemple, cette fois-ci d’un grand metteur en scène qui plante son film : Light of Day de Paul Schrader, dans lequel Michael J. Fox et Joan Jett, sœur et frère, chantent du Springsteen sur scène. Embarrassant (Schrader accusait un coup de mou provisoire).

Il nous faudrait également citer l’un des meilleurs films d’Alex Cox (nommé… Highway Patrolman), un passage de The Wedding Singer (Springsteen s’enchaîne aux Psychedelic Furs – respect), ou même le clip Dancing in the Dark tourné par Brian De Palma….

Restons subjectifs. Et proposons nos utilisations favorites d’une chanson de Bruce Springsteen au cinéma.

Phto : Laura bland (Wikimedia)

Palombella Rossa – I’m on Fire

À notre sens, de loin la meilleure utilisation d’une chanson de Springsteen au cinéma. Nanni Moretti, qui eut toujours bon goût en musique, réussit l’exploit de placer le titre I’m on Fire dans une histoire qui entremêle water-polo, Parti communiste italien, Silvio Orlando en entraîneur au bord de la crise de nerf, et référence au Docteur Jivago. I’m on Fire, chez Moretti, devient l’emblème d’un rassemblement, d’une connivence entre parties adverses. Si la politique et le sport divisent, la musique, donc l’Art, permet l’union des peuples – tout comme le film Flashdance, cinq ans plus tard, dans Journal Intime.

The Crossing Guard – Missing

Avant de se perdre dans des ouvrages à vocation humaniste, Sean Penn était un bon metteur en scène. Film bancal, souvent passionnant, parfois maladroit, The Crossing Guard restera toujours en mémoire pour sa séquence d’ouverture : Jack Nicholson, filmé au ralenti, déambulant parmi les passants, pendant que résonne à nos oreilles un sublime inédit composé par Springsteen pour son pote Sean. Séquence intemporelle.

Baby, It’s You – It’s Hard to Be a Saint in the City

Deuxième film de John Sayles, peu connu en France car jamais sorti en salle, Baby, It’s You est une sorte de teen movie à l’envers : le social détruit les romances ainsi que les fausses apparences lycéennes. Nous n’oublierons jamais l’apparition de Vincent Spano dans un réfectoire peu habitué à ce genre d’énergumènes. Frimeur, dandy, cherchant la jolie frimousse de Rosanna Arquette, avec une grande chanson de Springsteen en contrepoint ironique.

Copland – Stolen Car

Meilleur rôle de Sylvester Stallone des trente dernières années. Bouffi, nostalgique, le cœur brisé, Sly, dans la peau d’un sheriff faussement manipulable, ne trouve réconfort qu’en posant un vinyle de Springsteen sur sa platine. Ce qui lui permet de faire une déclaration d’amour vintage à son amie Annabella Sciorra. Il fallait bien Stolen Car pour redonner vie à Sly et briser tous les clichés entourant l’acteur…

PhiladelphiaStreets of Philadelphia

Nous adorons les films de Jonathan Demme. Beaucoup moins Philadelphia et son schématisme hollywoodien sur l’homosexualité (le SIDA ne semble ici concerner que les gays, par exemple). Pourtant, outre un générique final sur un inédit déchirant de Neil Young, impossible d’oublier l’ouverture du film : des plans arrachés à la vie, un regard artisanal sur la communauté philadelphienne, et puis surtout, surtout, une chanson masterpiece de Bruce. Le film de Demme cherche en vain une émotion que Springsteen, en trois minutes, dévoile avec humilité.

Streets of Fire – Nowhere Fast

Trichons un peu au nom des souvenirs ados. Streets of Fire est une chanson de Springsteen présente sur l’album Darkness on the Edge of Town. Au moment de tourner un film au titre éponyme, le cinéaste Walter Hill souhaitait y incorporer des compositions du Boss. Mais réinterprétées. Refus de Bruce (ce qui est normal). Du coup, le légendaire cinéaste des Warriors, afin d’incarner la chanteuse Ellen Aim (jouée par Diane Lane), s’en remit à du rock FM très 80’s. Streets of Fire est un film qui possède un sacré coup de vieux. Mais pour ceux l’ayant découvert en 1984, il reste une jolie madeleine proustienne. Le film peut également se voir telle une transposition (un peu ratée) de plusieurs obsessions springsteeniennes : les bagnoles d’époque, l’errance nomade, la figure du lonesome guy (interprétée ici par Michael Paré, acteur très sous-estimé), l’obsession 50’s, le vrombissement des moteurs, la Soul, le point de vue accordé aux classes défavorisées… Attention : c’est démodé ! Heureusement, Willem Dafoe, dans le rôle qui nous le fit connaître en France, rode dans les parages…

Bonus track : High Fidelity

Même si l’adaptation par Stephen Frears du chef-d’œuvre de Nick Hornby ne permet pas la sensation de connivence, de correspondance, procurée par ce livre générationnel (notre Attrape-cœurs), reconnaissons que John Cusack est un très bon Rob Fleming, que le film reste touchant, et qu’il est cool de voir Bruce Springsteen himself apparaître à l’écran afin de promulguer des conseils amoureux.

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