Disintegration de The Cure fête ses trente ans. D’où la seule question : ça vieillit bien ou mal !?

The Cure - DisintegrationComment aborder aujourd’hui Disintegration sans tomber dans les souvenirs, l’analyse déjà connue de tous, le sinueux parcours de Robert Smith ? Eh bien, tout simplement, en réécoutant le disque, et voir ce qu’il en reste en 2019…

Pourtant, dès l’incroyable Plainsong, qui amorce l’affaire, impossible de ne pas repenser à ce moment où, en 89, nous découvrîmes l’introduction de ce disque si attendu, déjà légendaire avant même sa commercialisation. Plainsong est une chanson assez maousse, sans doute un peu trop, mais qu’il nous est impossible de juger avec distance critique : c’est une part de nos vies, une balise adolescente, un truc incritiquable (tout comme Sunlight Bathed The Golden Glow de Felt ou All The Way de New Order).

Disintegration est cependant trop long, trop voyant. Il s’agit d’un album excessif, limite égotique, qui voit Robert Smith, dans ce genre de pied de nez qu’il affectionne, détruire la popularité Cure (Let’s go to bed, Close to me) pour chercher à renouer, bizarrement, avec les ambiances du chef-d’œuvre Pornography. Sauf que Disintegration n’entretient aucun rapport avec Pornography : Cure, en 89, paraît serein, joliment mélancolique, très à l’aise avec ses idées noires. D’où cette fausse idée d’une trilogie (instaurée par Robert) qui placerait à égale distance Pornography (le classique effrayé), Disintegration (le petit frère en bonne santé) et Bloodflowers (le cousin qui s’incruste).

Avec le recul, Disintegration est une suite logique aux bancals The Head on the Door et Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me : Robert Smith y prolonge certaines ambiances carnavalesques, diverses strates atmosphériques m’as-tu-vu, en y plaçant, de-ci de-là, un petit tube pour alléger l’atmosphère (Lovesong, le burtonien Lullaby). Sauf que se propage dans Disintegration une désarmante sincérité. Robert Smith y croit. Et nous aussi. Derrière l’obligeance de la mélancolie (surfaite), il n’y a finalement que le souhait d’écrire des chansons d’amour (éternel Lovesong).

Disintegration, grâce à son visage Actors Studio, s’impose toujours, à raison, comme l’album emblématique de 89. Et pourtant, cette année-ci, la concurrence, et la relève, étaient rudes pour l’ami Robert : premier album des Stone Roses, Doolittle des Pixies, le Novice de Bashung, Murat et Cheyenne Autumn, De La Soul (3 Feet High and Rising), Me and a Monkey on the Moon (Felt), Bill Pritchard (Three Months, Three Weeks and Two Days)…  Des disques que nous préférons à Disintegration, mais qui n’en possèdent pas la même valeur générationnelle (sauf les Pixies).

Dernier moment où The Cure, à cette époque opposé à… Simple Minds (souvenir d’une couve Rock & Folk qui confrontait Jim Kerr à Robert), détenait encore le monopole sur la jeunesse. Avant sa désintégration prophétique. Sans nous.

Tracklist
01. Plainsong
02. Pictures of You
03. Closedown
04. Lovesong
05. Last Dance
06. Lullaby
07. Fascination Street
08. Prayers for Rain
09. The Same Deep Water as You
10. Disintegration
11. Homesick
12. Untitled
Ecouter The Cure - Disintegration

Ecrits aussi par Jean Thooris

Von Pariahs / Radiodurans
[Mus’Azik]

Hasard du calendrier : les deux meilleurs groupes de rock français contemporains sortent...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *