Roulette Memory #40 : Enturbulation= No Challenge de Desert Hearts (2013)

Enturbulation No Challenge - Desert HeartsOn avait espéré à sa sortie en 2013 un peu plus du 3ème album des Irlandais de Desert Hearts, un peu plus de la rugosité et de l’intensité de leurs deux premiers albums Let’s Get Worse (2001) et Hotsy Totsy Nagasaki (2006), qui restent deux compagnons majeurs de notre discothèque,  un peu plus de puissance électrique et peut-être de violence. On avait loué le classicisme rock de certaines chansons, la maturité du groupe, sa force et la beauté de la plupart des compositions. Si l’enthousiasme n’était pas feint à l’époque, il dissimulait l’idée qui s’est avérée vraie avec le temps qu’Enturbulation = No Challenge, venu près de sept ans après son prédécesseur, nous était à cette époque là encore inaccessible. Le groupe de Charles Mooney et Roisin Stewart n’existait déjà presque plus à l’époque. C’était le disque d’un groupe et d’un amour en coma dépassé, le disque d’un groupe qui avait entamé la traversée de territoires troubles qu’on ne connaissait pas directement. Le réécouter aujourd’hui est un terrible aveu d’échec pour le critique et l’homme qu’on était alors, tant sa beauté et sa force sautent aux oreilles. Des trois disques du groupe, celui-ci est le plus aimable, le plus dense et le plus incroyablement réussi.

Les douze titres s’enchaînent avec une évidence qui ne donne lieu à aucun explication. Le chant est extraordinaire (les harmonies vocales sont à tomber), les mélodies splendides et le son d’une lisibilité totale. Enturbulation est fort et émouvant. C’est un album qui parle du temps qui passe, de la mort qui nous encercle, de l’amour qui fleurit et s’évapore. Un enfant meurt. On croise des rois et des dieux qui se battent à la guitare, de l’alcool et des drogues mythiques. C’est un album parfait pour la fin du monde, celui avec laquelle on rêverait de l’aborder et de lui survivre.

Lorsque Charles Mooney qu’on n’avait pas revu depuis cinq ans, nous a offert, en plein confinement, son Roulette Memory sur Arise, Therefore de Palace Brothers, on a enfin compris ce qui s’était passé. Enturbulation= No Challenge n’avait pas vieilli mais on avait grandi. On était prêt pour l’aborder avec le désespoir accumulé, les rêves qu’on avait sacrifiés, les illusions sur lesquelles on survivait encore. Ce troisième album est devenu ce qu’on avait de plus cher, le plus beau désastre de notre discothèque, un splendide acte de résistance et de survie. Il faut écouter la fin de chaque morceau et entendre les guitares tenter de résoudre des équations à l’arrière-plan. Il faut écouter les voix refluer et laisser aux instruments le soin d’arpenter le désert des sentiments.

Everytime you open your mind
You open your mouth
Shit Comes out
Robot dogs, heads on spikes
Kids on fire, fiery tykes
There must be something else
There must be something pure
There must be something wrong with you.  

La musique est le meilleur moyen de revenir en arrière et de tout recommencer.

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