Modern Studies / We Are There
[Fire Records]

8.3 Note de l'auteur
8.3

Modern Studies - We Are ThereOn devrait se laisser faire et chanter la louange de chaque disque des Modern Studies en s’abandonnant au réconfort et à la chaleur qui se dégagent de leurs enregistrements. La vie serait plus belle, optimiste, humaine, et on éloignerait par là toutes les menaces, guerrières, libérales, nucléaires, d’insensibilité qui pèsent sur nous. On devrait dire du bien et ne pas chercher la petite bête. On n’y était pas arrivés tout à fait en approchant le pourtant splendide Weigth of The Sunfire d’il y a deux ans. Trop de réserves, trop de commentaires inutiles. Trop de distance. On s’était gourés à la réécoute et on ne recommettra pas la même erreur cette fois : We Are There n’est pas loin d’être le plus beau disque qu’on a écouté cette année, le plus élégant, gracieux, harmonieux, accueillant, solaire, apaisant, délicat, intelligent, soyeux et on passe quelques qualificatifs.

Il n’est plus temps de faire la fine bouche : c’est du grand art de bout en bout, un disque d’orfèvre, qui coule comme du miel entre nos oreilles. La grandeur de l’album s’apprécie d’emblée avec le superbe single Sink Into. Chanté à deux voix, c’est un modèle du genre qui évolue entre pop orchestrale, folk et une couche de psychédélisme. Les Ecossais réussissent sur ce disque (leur 4ème long format) à synthétiser parfaitement toutes leurs influences. On pense bien entendu à Low, à Talk Talk pour l’abstraction de la production mais surtout et toujours au Fleetwood Mac pour la sincérité dans la livraison et la facilité avec laquelle l’écriture se love dans un format chanson rassurant et archétypal.

On peut facilement se laisser abuser et considérer que cette musique relève du chant « variété » ou de la « pop à mémé » mais il suffit de laisser traîner l’oreille pour se rendre compte du travail qu’il y a derrière chaque proposition, de l’infinie qualité de chaque détail. Modern Studies évolue au coeur de la modernité et sature l’espace de trouvailles qui viennent densifier une structure mélodique plutôt traditionnelle. La voix d’Emily Scott est d’une précision affolante, souvent douce mais capable de moduler à la perfection pour exprimer l’attention, l’amour ou, au contraire, la prise de distance. Comfort Me sonne comme un fauteuil profond et enveloppant. On rêve, on s’abandonne et on sent chaque muscle qui se relâche. La rythmique amène une vraie originalité et une texture jazzy à un Two Swimmers qui initie une thématique prolongée par la belle harmonie vocale de Wild Ocean. On adore la contemplation levinassienne d’Open Face, où c’est cette fois les violons qui apportent la couleur au morceau. Par rapport au précédent album, on n’a plus du tout la sensation que les chansons se ressemblent mais au contraire que le rêve éveillé que propose le groupe pétille de nuances et de variations. We Are There est un disque qui met le doigt sur la présence au monde, l’ouverture aux autres et la luxuriance émotionnelle du réel. D’un point de vue philosophique, c’est en soi un manifeste existentialiste qui n’oublie jamais d’où il chante.

Ce disque est probablement le plus réussi et abouti des quatre albums du groupe. Il présente une variété d’approches, de tempos et d’intentions qui, tout en faisant preuve d’une vraie cohérence, époustoufle par sa maîtrise et sa richesse. Won’t Be Long traduit bien cette ambition de couvrir tout le spectre qui va de la pop, au folk en passant par les musiques orchestrales. Modern Studies embrasse large et tient chaud. On est un peu moins fan d’un titre plus accrocheur comme MothLight mais cela ne suffit pas à gâcher le plaisir.

Il est temps de se rendre compte qu’on tient là un groupe qui est bien plus intéressant que ne l’a jamais été une franchise haute en couleurs comme Arcade Fire.

Tracklist
01. Sink Into
02. Light A Fire
03. Comfort Me
04. Two Swimmers
05. Wild Ocean
06. Open Face
07. Wont Be Long
08. Mothlight
09. Do You Wanna
10. Winter Springs
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