ISAN revient de nulle part

Isan - Nothing Picked and Placed NowherePetit retour sur un disque sorti en catimini cet été. Pas étonnant quand on connait le goût d’ISAN pour ces excursions électroniques expérimentales (ils y ont dédié une chaine YouTube, The ISAN Workshop) et celui du label anglais Where It’s At Is Where You Are (Wiaiwya pour les intimes) pour les accueillir. Le concept, puisque c’en est un, est simple : une longue pièce de 77 minutes, Nothing Picked and Placed Nowhere gravée sur un joli CDr noir imitation vinyle, un bien bel artwork d’une glaçante sobriété et deux déclinaisons numériques du morceau, la 7 minute edit et la 7 second edit qui en fait en réalité 77.

Vous l’aurez compris, inutile de chercher ces petites merveilles électro qui faisaient le bonheur des premiers singles du groupe à la fin des années 1990 (revenir sur l’essentielle compilation Clockwork Menagerie sortie en 2002 sur Morr Music pour s’en persuader) et que le duo a su faire ressurgir avec bonheur sur ses deux derniers albums et notamment le somptueux Glass Bird Movement en 2016. Non, ici, le groupe expérimente, divague, tente. Forcément, en 77 minutes (85’17″ si l’on compte les deux annexes), c’est parfois un peu raté, laissant l’auditeur dubitatif vaquer à ses occupations, parfois plutôt intéressant mais trainant en longueur et puis, de temps en temps, on se retrouve captif, pris dans les phares quand surgissent quelques-uns de ces moments magiques où ISAN se transforme en ce duo de chambre numérique, interprète virtuose de micro-symphonies intimes, suspendues, en état de grâce.

Antony Ryan et Robin Saville, on le sait, sont deux orfèvres de ce que l’on nommait au tournant des années 2000 l’electronica. Ils maitrisent comme peu cet art de transformer des 0 et des 1 digitaux en de magnifiques pièces qui s’avèrent être profondément organiques et humaines. Leur installation sur « scène » suffit à s’en convaincre, mélange de claviers divers, tablettes, pads en tout genre reliés par des kilomètres de câbles multicolores le tout entouré de guirlandes lumineuses et trônant au milieu de cet amas analogico-digital, un « lucky cat ». Nothing Picked and Placed Nowhere est l’expression de tout cela, de ce travail en mouvement, de ces expérimentations incessantes où hommes et machines ne font qu’un, à la recherche de sonorités inédites venues de presque nulle part.

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