Garbage Version 2.0 : ce qu’il en reste 20 ans après…

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6

Garbage version 2.0Ce qu’il en reste 20 ans après ? Pas grand-chose ou alors juste le sentiment que ces vingt années ont creusé un fossé immense entre ce qu’on a pu écouter hier et ce qu’on supporte aujourd’hui. A l’époque de sa sortie en 1998, tout le monde était capable d’écouter le deuxième album de Garbage, Version 2.0, et capable aussi de lui trouver des qualités.

Version 2.0 succédait alors à Garbage (l’album), sorti trois ans plus tôt, un album tendu de rock alternatif porté par une jolie chanteuse, Shirley Manson, et par un trio de musiciens producteurs américains portés sur la guitare (comme certains portent sur la bibine). Trois ans plus loin et le succès en plus, Version 2.0 est une révolution. Interne, tout d’abord, puisqu’après le premier album où elle faisait figure de pièce rapportée et de créature sexy, Shirley Manson prend le pouvoir. Elle occupe tout l’espace médiatique, toute la profondeur, et s’offre des paroles olé olé qui témoignent d’une confiance presque totale en son art. Jamais au grand jamais, elle n’aurait tenté un texte aussi ouvertement provocateur (et dominateur) que sur Sleep Together « If we sleep together/Will I like you better/If we come together/Prove it now or never ». En quelques années, quelques milliers d’articles et des dizaines de concert, Manson est devenue une ogresse, une supposée mangeuse d’hommes qui, sur Version 2.0, fout vraiment les jetons. Alors qu’au même moment, Luke Haines et John Moore s’offraient l’impeccable Sarah Nixey pour un Black Box Recorder tout en nuances, Butch Vig, Steve Marker et Duke Erikson voient leur créature se libérer de ses chaînes et devenir une succube assoiffée de gloire, de sexe et de liberté. A l’échelle de Garbage, Manson est comme folle, agitant les morceaux clés de cet album par sa démesure. C’est le cas sur le malade I Think I’m Paranoid ou encore sur le détraqué The Trick Is To Keep Breathing.

A l’extérieur, la révolution est également en marche. Les trois hommes, qui ne sont pourtant alors que dans la première moitié de la trentaine (pas un âge où on passe généralement à autre chose) viennent de découvrir les techniques de production digitale et ont l’idée de signer un album « en avance sur son temps » en utilisant tout ce qui se présente : mixage digital, instruments électroniques, programmation assistée, logiciel de création musicale informatique. C’est le palais de la découverte et la foire aux nouvelles technologies. Tout le monde s’y met de toute façon mais comment concilier l’ancien son et les nouvelles orientations ? Les Smashing Pumpkins viennent de lancer les hostilités avec le mal-aimé mais ambitieux Adore. Garbage ne veut pas être en reste. Il s’agit d’offrir un mélange sombre et puissant du rock d’antan en même temps qu’un écrin futuriste et jamais entendu pour la voix de l’extra-terrestre Manson. C’est trop, s’entend-on soupirer en coulisses : trop de bruits, trop de sons, trop de notes, comme dirait l’autre.

Le mélange est détonnant, emmené vers un point de rupture artistique à coups de singles qui explosent à l’oreille et de démonstrations de force. L’électronique est utilisée finalement pour doper les morceaux, les relever, comme on injecterait des stéroïdes dans la veine dilatée d’un haltérophile bulgare. Manson est déchaînée. Au lieu de contenir son émotion, le groupe lui sert une musique en surchauffe qui, si elle séduit le samedi soir entre les cacahuètes et les amphét, donne vingt ans plus tard l’impression qu’on venait de découvrir les premiers dégâts de la chirurgie esthétique. Cette musique est entièrement refaite. Elle est lisse et siliconée. Hammering My Head porte bien son nom. Le son est plus dance que dense mais abrutit. Push It n’évite pas la sortie de route. Paradoxalement, ce qui relève de techniques de production et de composition ultra-sophistiquées pour l’époque sonne aujourd’hui comme un passage en force, à la subtilité toute relative, vingt après, comme si cet album représentait à lui tout seul les outrances d’une époque qui oublie la simplicité au profit du déchaînement et d’un côté show-off insupportable. On peut évidemment trouver son compte lorsque Manson minaude en mode mid-tempo mais Version 2.0 fout globalement la frousse pour tout ce qu’il incarne aujourd’hui et n’incarnait pas tout à fait alors.

La version DeLuxe qui accompagne la réédition anniversaire de Version 2.0 embarque des versions légèrement retravaillées de l’album original ainsi qu’une dizaine de titres inédits, faces B ou versions acoustiques. C’est plutôt bien fait comme souvent, et ça ravira ceux qui ont gardé de cet album un souvenir mémorable, un souvenir tout court en fait… Pour les autres, pas sûr que tout cela vaille le déplacement. On a les objets de nostalgie qu’on mérite. Garbage attendra un peu avant de devenir cool.

Tracklist
01. Temptation Waits
02. I Think I’m Paranoid
03. When I Grow Up
04. Medication
05. Special
06. Hammering in My Head
07. Push It
08. The Trick Is to Keep Breathing
09. Dumb
10. Sleep Together
11. Wicked Ways
12. You Look So Fine
13. Can’t Seem To Make You Mine
14. 13x Forever
15. Deadwood
16. Get Busy With The Fizzy
17. Soldier Through This
18. Thirteen
19. Lick The Pavement
20. Medication (Acoustic)
21. Tornado
22. Afterglow
Ecouter Garbage Version 2.0

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