RVG / Feral
[Fire Records]

8.9 Note de l'auteur
8.9

Nos têtes chercheuses avaient repéré les Australiens de RVG il y a deux ans, peu avant la sortie de leur premier album. Mais c’est sans conteste ce Feral remarquable qui devrait leur faire passer un cap de notoriété. Passés de Fat Possum à Fire Records, le groupe de Romy Vager (la chanteur/chanteuse transgenre du groupe) réussit avec ces dix morceaux un véritable tour de force qui fait de ce disque l’un des meilleurs de l’année.

Feral est brillant de bout en bout, inspiré et surtout constitué de morceaux épatants, mélodiques et particulièrement costauds. La voix de Romy Vager fait penser immanquablement à celle de Peter Perrett, le leader des Only Ones, qui est elle-même un mélange de celles de Lou Reed et de Bob Dylan. Vager est hautaine, bravache et vibrante. Les guitares sont sublimes et d’un classicisme redoutable. On entend des résonances d’Echo and The Bunnymen, des Go-Betweens (Australie oblige) ou encore du Velvet Underground. RVG coche toutes les cases de l’excellence et les textes sont de très très haut niveau. “I spoke to Brando and I spoke to Chrissie Hynde. And I hope that you know that they’re all doing fine…. Let’s go to the park. Let’s sit in the dark. You dont have to do anything you dont want to. I cant get to sleep. It could be the coffee. More probably the speed…. i thought for a moment you were the devil. ” Le disque propose un festival d’images bouleversantes. “Come monday Morning, you lay find me dead. You may find my body. You may find my head in a motel closet… This is the life that i live.”, démarre Vager sur Alexandra, le récit reedien de la vie d’une créature perdue. On pense au jeune Jarvis Cocker pour la capacité exceptionnelle à raconter des histoires lugubres et déjantées avec emphase et émotion. Il faut souligner le travail des guitares ici qui sonnent fraîches et offensives comme si elles venaient tout droit de la fin des années 70.

D’Asteroid (2 minutes et 34 secondes) au bien nommé et ironique Perfect Day (3 minutes à peine), RVG livre des compositions ramassées et efficaces. Il n’y a ici pas un solo de trop, pas une note qui dépasse. C’est cette concision dans la maîtrise, cette absence totale de gras qui impressionnent également comme si, en trois années de travail, le groupe avait su ne conserver non seulement que des chansons à impact mais aussi les alléger de tout ce qui serait susceptible de détourner l’auditeur de leurs qualités essentielles. RVG ne rechigne pas de temps à autre à un pont mélodique, ajoutant une belle sensibilité, nostalgique et très années 80, à sa potion magique. Feral est un disque majoritairement mid-tempo qui prend le temps d’être cool et ne précipite jamais les choses. Il faut se mettre à l’écoute de Romy Vager, écouter ce qu’elle raconte et le venin agir. Le chanteur parle de sa transformation, de ce qu’elle révèle, de son bestiaire métamorphose, des amours et surtout des ruptures (The Baby & The Bottle) en mettant en avant comme le fait si bien Peter Perrett un sens inné de la fatalité et de la tragédie. Il y a dans ce disque un caractère inéluctable, une forme de cruauté glaciale qui en renforce l’évidence. On n’échappe pas à son destin, voici ce que révèle en substance Vager et celui-ci, pour la plupart d’entre nous, ne sera pas généreux. C’est ce qu’inspire également le grand œuvre (7 minutes et quelques) qui termine le disque : Photograph. Le récit est nu, stupéfiant, horrible en un sens, en même temps que grandiloquent et sublime. Quel panache dans le final ! Quelle audace de n’animer la séquence que pour une ultime photo de la créature dans les deux dernières minutes.

Feral est pour les amateurs de rock indé “traditionnel”, les amateurs de rock rentre-dedans et de beaux textes, un album indispensable et qui, s’il ne révolutionne ou n’invente rien, résonnera dès la première écoute comme un classique. L’Australie a toujours envoyé au monde les répliques les plus abouties et sophistiquées. Celle-ci arrive 40 ans après ses modèles mais est splendide de bout en bout.

Tracklist
01. Alexandra
02. Asteroid
03. Christian Neurosurgeon
04. Little Sharky and the White Pointer
05. Help Somebody
06. I Used To Love You
07. Prima Donna
08. Perfect Day
09. The Baby & The Bottle
10. Photograph
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