Le choc des come-backs : The Smashing Pumpkins vs Suede

Suede - The Blue HourLe printemps est la saison des revenants. Les beaux, les vrais et les moches se retrouvent souvent en juin pour annoncer des albums à la rentrée qui nous décevront tout l’hiver. Comme le fan d’indie rock est lui-même souvent sur le retour et englué dans la nostalgie de sa jeunesse, tout ce bazar nous accapare au plus haut point, même si on n’en tire souvent que du dépit et de l’amertume pour les temps présents. Cette année, le cru est riche et la moisson s’annonce bonne. Après le retour en grâce de Spiritualized hier, la vraie mort de Mark E. Smith et la sortie de Jurassic World, ce sont Suede et les Smashing Pumpkins qui repointent leur citrouille.

Bernard Butler n’est toujours pas là (on compte autant sur lui maintenant que sur une réunion Marr/Morrissey) mais Suede n’aura mis que deux ans à donner un successeur à Night Thoughts de 2016, un album assez bien fichu et qui redonnait du peps aux chansonnettes mélancoliques, élégantes mais molles du genou de Brett Anderson. Cette fois, Suede revient avec Alan Moulder à la production, soit une nouvelle occasion de durcir le jeu, mais aussi de ressusciter son ancien son, brut, sec et métallique. La tentative qu’on attend de découvrir en intégralité sur The Blue Hour (leur 8ème album) sonne plutôt convaincante au travers de ce premier single The Invisibles, qui sonne comme une face B, au ralenti, de Dog Man Star, leur meilleur album. Bien sûr, Suede n’a plus la fougue de sa jeunesse, la faute au manque de drogue sans doute dans les urines et au sang qui reflue. Mais Anderson sait encore y faire pour déclencher un crescendo émotionnel. Bien servi par un clip soigné, The Invisibles repose sur un texte soigné, évoquant avec nostalgie l’enfance du chanteur : Stay in bed and feed the day/ With my imagination, honey/ Falling through the cracks in people’s kindness/ And the world won’t step aside. Entre langueur, paresse, on se croirait parfois chez Morrissey, mais avec la patte Suede des plafonds qui craquent et une jolie fille à ses côtés. On retrouve ici l’ambiance de la biographie d’Anderson et une description (peut-être) de ses années avec Justine Frischmann. I tried to make you want me/ I left my home at seventeen/ But everywhere I looked / I saw Another me.

Smashing Pumpkins - SolaraDeux ans d’absence, ça n’est évidemment rien à côté du BIG COME BACK des Smashing Pumpkins qui s’en reviennent en formation de gala avec Corgan au chant (tout de même), Jimmy Chamberlin (batterie) et James Iha (à la guitare), soit peu ou prou la formation du groupe qui a toujours compté moins d’Arcy qui est… fâché à mort. Dix-huit ans bon sang, et un nouvel album qui s’annonce avec un single Solara, lancé en fanfare, produit par l’énorme Rick Rubin. C’est l’une des règles de ces grands retours : tant qu’à faire, mieux vaut s’entourer des meilleurs et c’est le cas du producteur américain qui a travaillé avec le gratin du rap et du rock qui tâche (mais aussi avec Johnny Cash) ces vingt ou trente dernières années. Que vaut Solara du coup ? Et bien le single n’est pas fringant, ni vraiment novateur mais témoigne d’une belle puissance de feu. D’aucuns sur le net font la fine bouche : pas d’énergie, inspiration en berne, c’était mieux avant, la voix de Corgan est foutue mais il ne faut pas exagérer : Solara est là encore construit avec intelligence, bien produit, soutenu par une mélodie plutôt solide, un développement peut-être un peu raisonnable et trop discipliné mais fait son petit effet. Côté textes, Corgan (dont la voix a changé, c’est un fait et pas pour le meilleur) évolue dans son registre poétique et crâneur habituel, mais n’est pas moins subtil qu’antan :

I’m here to stay / They’re here today/ High and dry/ Nothing but a body in my mind/ I’m nothing but a body in my mind

I feel that something ain’t right/ No fear but reasons that I can’t cite

Tear down the sun/ Bring down the sun/ I’m not everyone/ I’m not everyone
I’m not everyone

On est dans le classicisme le plus pur du « nous contre eux » qui a fait les beaux jours du rock alternatif. Difficile de s’enflammer outre mesure là-dessus (on pourrait dire qu’il y a des groupes meilleurs et plus vifs, mais ça a presque toujours été le cas s’agissant des Smashing), mais cela fait tout de même plaisir d’entendre le groupe évoluer à ce niveau et nous proposer ce morceau qui lui ressemble. On a les Led Zeppelin (et les Présidents de la République) qu’on mérite.

On peut se moquer des come-backs (mais sortir 100 euros de sa poche pour aller les voir en concert). Suede et les Smashing Pumpkins prolongent l’illusion qu’hier existe encore et qu’il y a un futur pour le rock à guitares et les disques. Tout le monde sait que c’est une blague mais on mourra en faisant semblant…

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