Beach Youth / Sunbathing
[WeWant2Wecord / Collectif Toujours / Fogwood Records]

7.8 Note de l'auteur
7.8

Beach Youth - SunbathingVoici venu l’été, ses douceurs fraiches, ses salades colorées, ses vacances ensoleillées, ses bouchons interminables, ses bords de mer enchantés, ses festivals, des plus gros à ceux qui se contentent d’un bout de podium pour assumer une programmation locale, hétéroclite et parfois plus audacieuse qu’il n’y parait. La saison a-priori idoine pour évoquer, enfin, Sunbathing, second album des caennais de Beach Youth sorti au printemps dernier sur le label normand WeWant2Wecord, le Collectif Toujours et l’américain Fogwood Records. Vous penserez surement que la métaphore estivale qui file bon train n’a rien de très original et vous n’aurez probablement pas tort mais en même temps, le groupe assume pleinement le nom qu’il s’est choisi et n’hésite pas à rajouter une voire plusieurs couches avec ce bain de soleil qui sent bon les vacances populaires, Monoï a-go-go, plages bondées recouvertes de parasols multicolores jusque dans ce logo citron vert qui renvoie aux plus fameux cocktails exotiques à la mode. Si l’on ajoute à cela les vidéos promotionnelles que le groupe a sorti avant l’album, vantant autant les mérites de sa musique que de sa région (les plages de la Manche, la pratique du char à voile sur celles du Calvados), on comprend aisément que le rapport des quatre caennais à la mer qui borde leur belle région est bien plus qu’une simple opportunité visuelle, et cela ne date pas d’aujourd’hui.

De là à en faire un groupe de surf musique, voilà un pas que certains n’hésitent pas à franchir et que l’on se gardera bien de suivre. Bien sûr, il n’est ici question que de pop, qui plus est du genre classieuse, de celle qui ambiance avec goût les soirées tranquilles ou les pique-niques romantiques au soleil couchant mais on sent ici une sensible évolution par rapport à Postcard qui nous avait enchanté en 2021. A l’image du premier single 7AM qui ouvre aussi l’album, il y a dans ces nouvelles compositions un peu moins de légèreté et d’immédiateté au point que le morceau ressemblait alors si peu à l’idée que l’on se fait d’un single mais colle mieux aujourd’hui à celle d’un titre qui doit ouvrir un album, avec retenue, en donnant un peu mais pas trop, attisant la curiosité et l’envie d’aller plus loin, surtout de nos jours où l’écoute d’un album de A à Z ne fait plus forcément partie des habitudes de consommation musicale. C’est certain, le groupe a muri, s’est nourri de ses expériences sur les routes, de l’influence d’un nouveau bassiste, des travaux solo des chanteurs et guitaristes Etienne Froidure sous le nom de La Mante (Musique Pour Les Oreilles en 2023) et Simon Dumottier (le EP Prestissimo sous le nom de Vestes en 2022) mais aurait-il aussi perdu quelque chose en route ?

Si on pouvait à l’époque regretter le déséquilibre de Postcard, c’est aussi, souvenez-vous, parce que l’on pointait une face A, un début d’album si vous préférez de haute volée ; vraiment de haute volée : le temps nous a donné raison et a installé pour de bon cette poignée de titres magnifiques dans la BO d’une vie au moins, certainement de bien d’autres. Le premier constat qui émane de l’écoute de Sunbathing n’est peut-être pas sans appel mais pose néanmoins les choses : difficile de succéder à un tel enchainement. S’il fallait trouver une tonalité plus générale à Sunbathing, c’est sans doute vers l’Écosse qu’il faut se tourner, celle d’Edwyn Collins et son Orange Juice (A Reason et son très beau duo de voix), du label Postcard en forme peut-être de clin d’œil à leur précédent disque, celle du Teenage Fanclub lorgnant eux-mêmes vers les grands espaces américains (Next In Line et ses guitares saturées s’attachant à guider une mélodie que l’on jurerait signée Raymond McGinley). Des premiers, on retrouve cette volonté farouche de groover, apportant une touche (celle du bassiste Félix Loison) presque funky ou soul (le très cool The Other) à cette pop souvent sage ; des seconds ils retiennent cette façon qu’ils ont eu au cours des années 1990 de gagner en consistance d’écriture (Thirteen, Grand Prix) ce qu’ils avaient perdu en immédiateté (Bandwagonesque). Alors si c’est pour aboutir eux aussi un jour à leur Songs From Northern Normandy, c’est tout le bien que l’on peut souhaiter à Beach Youth.

Entendons-nous bien : Sunbathing est un bon disque. Pas nécessairement à son écoute celui auquel on pourrait penser en premier pour évoquer l’été ou construire une playliste de soirées paillotte, pas plus qu’un disque particulièrement maritime dans son esprit. Il faut plutôt le voir comme un album de fin de saison, quand un sentiment de tristesse et de mélancolie s’empare de ces bords de mer où les volets des villas et devantures se ferment, quand le retour au calme apporte son lot de sentiments contrastés (I’m Sorry). Parfois, certains morceaux peinent à remporter complétement l’adhésion mais parviennent tout de même à se démarquer, ici par la façon dont Calling s’encanaille en se rapprochant de la fin, là avec un Olympic White multifacette qui multiplie les pistes mélodiques et harmoniques au sein d’un même morceau à la structure complexe. Restent aussi, bien sûr, quelques très bons souvenirs de la saison comme A Million Times et sa lente progression vers un tempo qui ne décolle jamais vraiment appuyé par des sonorités électroniques pour finir par se tendre de jolie façon ou un Numb And Sad qui est sans doute le morceau qui se rapproche le plus de l’esprit originel de Beach Youth dont on n’a au fond sans doute pas complétement fait le deuil.

Le soleil, ami autant qu’ennemi estival nous apporte donc un Sunbathing contrasté, traversé d’une écriture plus sûre d’elle même si en gagnant en consistance, le groupe semble bel et bien avoir un peu perdu de sa spontanéité qui faisait d’eux les auteurs d’une poignée de pop songs frôlant la perfection. Que Beach Youth se rassure, ils sont loin, très loin d’être les premiers et certainement pas les derniers à qui cette mésaventure particulièrement difficile à éviter arrive : ça n’est pas qu’une simple affaire rhétorique de prétendre que l’étape du deuxième album peut s’avérer compliquée. Mais il faut la traverser la tête haute, fier de ses chansons parce qu’au fond, les caennais ont bien des choses à proposer. A commencer pour le coup par un album beaucoup plus équilibré parce qu’il faut aussi savoir se mettre un peu à l’ombre.

Tracklist
01. 7AM
02. A Million Times
03. The Other
04. Calling
05. A Reason
06. Luck Or Chance
07. Olympic White
08. Next In Line
09. Rose
10. Numb And Sad
11. I’m Sorry
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