[Clip] – Le Mea Culpa de Lesneu

Lesneu - Est-ce de ma faute ?On a déjà beaucoup parlé à l’occasion de la sortie de ses deux premiers disques du goût de Lesneu, aka le lesnevien Victor Gobbé, nantais d’adoption, pour la remise en lumière de la pire et plus belle des madeleines qu’il soit, le slow, celui de nos boums gênantes d’ados, des mariages mémorables et des premiers flirts gravés à tout jamais au fin fond de nos cœurs d’artichaut. S’il était un domaine qu’il n’avait encore que peu exploré, c’était celui, passablement énervant, du slow-qui-accélère. Souvenez-vous quand tout commençait doucement, lumière tamisée, main sur les hanches et les épaules ou, le cas échéant, plus serrées au creux des reins. Vous étiez bien là, tous les deux, seuls au monde lorsqu’à la moitié du titre, la cadence s’accélérait franchement et plus personne ne savait s’il fallait tourner plus vite pour suivre le rythme, se décrocher pour se lancer dans une choré new wave endiablée ou faire comme si de rien n’était, seuls au monde donc. C’est à présent chose faite avec ce Est-Ce De Ma Faute qui sort ce mercredi, nanti d’un clip absolument génial fait maison après on imagine de longues heures de travail et qui, sous des couverts faussement naïfs s’avère être un petit bijou de synchronisation.

Paré de ce minimalisme qui lui va si bien, sobre, sans fioriture, Lesneu se lance dans ce long morceau plus au clair que jamais : jusque dans la voix, moins grave qu’à l’accoutumée, tout est limpide, lumineux, conduit en toile de fond par un omniprésent et audacieux thème de saxo qui renforce dans cette première partie une filiation assumée à une variété française pas toujours facile à revendiquer. Son questionnement, universel et en français encore une fois, comme une tendance s’affirmant là aussi, renvoie aux doutes qui hantent chacun d’entre nous lorsqu’il s’agit de dresser des bilans dans la tristesse d’une déprime passagère. Et puis tout s’accélère et le slow prend une ampleur inattendue, déjà entrevue chez Victor Gobbé, à travers ce projet si personnel mais aussi chez The Slow Sliders ou même les copains de Bantam Lyons. Ne pas attendre pour ne rien regretter, comme une urgence à dire les choses à ce «vous» qui pourrait tout aussi bien être une femme intimidante, des parents éloignés ou des proches avec lesquels on passe sa vie à déconner sans jamais leur dire à quel point ils sont essentiels. Le morceau s’emballe alors en un tourbillon hypnotique, enlevé par une rythmique impeccable et des guitares sonnant comme des harpes folles tandis que le saxo continue de réciter ses gammes, placide.

Un peu plus d’un an après le très bel Bonheur Ou Tristesse sorti pour son malheur à la veille d’un confinement inédit et dévastateur pour le monde artistique, ce retour marque sans conteste une volonté d’aller de l’avant vers un monde d’après qui sera sans doute loin d’être idéal, mais dans lequel au moins, Lesneu sera reconnu comme l’un des artistes les plus doués de cette jeune génération.

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