Guerre des blondes : Kim Gordon 1 – Beth Gibbons 0 ?

Kim Gordon - The CollectiveIl faut appartenir à l’ancien monde pour écrire des articles pareils : opposer deux femmes comme si on organisait un match de catch dans la boue, comme si Beth Gibbons et Kim Gordon avaient le moindre point commun qui permettait de les réunir dans un même développement alors qu’elles n’ont probablement rien à voir et mériteraient chacune un article particulier. Quelle indignité ! Mais bon… le rock indé étant malgré tout une discipline organisée pour le plaisir des  vieux garçons (n’importe quoi), il n’aura échappé à personne que l’actualité résonne à quelques jours d’intervalle du retour en forme de deux chanteuses qui, à défaut d’être de la même génération (70 ans pour Gordon, 59 ans pour Gibbons), renvoient à une gloire que les plus jeunes n’ont pas connue.

Avec Sonic Youth, Kim Gordon s’est donné le plus beau et intègre des pedigrees. Elle fait partie avec PJ Harvey et Patti Smith peut-être de la trinité la plus en vue des rockeuses de ces trente/quarante dernières années. Elle représente à elle seule l’âme de l’indie rock new-yorkais, arty, incandescente, expérimentale et électrique. Beth Gibbons explose bien plus tard (mais il y a 30 ans tout de même) au sein de Portishead pour devenir LA voix du trip-hop, un mélange de magie bossa, de froideur/chaleur northern soul et de charme. Là où la première est prolixe, la seconde produit peu (un album avec Rustin Man en 2002, une relecture envoûtante mais fébrile de Gorecki en 2019). Mais on a à faire tout de même à deux légendes.

Bizarrerie du moment, les deux femmes vont sortir bientôt ce qui est présenté comme leur premier travail solo. The Collective, le disque de Kim Gordon, sort le 8 mars et est… exceptionnellement bon, à l’image de ce premier single passionnant, Bye Bye, ode à la charge mentale et vraie liste de courses :

Buy a suitcase, pants to the cleaner
Cigarettes for a killer
Call the vet, call the groomer, call the dog sitter
Milk thistle, calcium, high-rise, boot cut, Advil, black jeans
Blue jeans, cardigan purse, passport, pajamas, silk
Hoodie, toothpaste, brush, foundation
Contact solution, mascara, lip mask, eye mask
Ear plugs, travel shampoo, conditioner
Eyeliner, dental floss, money for the cleaners
Sleeping pills, sneakers, boots, black dress
White tee, turtleneck, iBook, power cord, medications
Button down, laptop, hand cool, body lotion, Bella Freud, YSL, Eckhaus Latta
Eyelash curler, vibrator, teaser, bye bye, bye bye

A côté de ça, il faut avouer que le Floating On A Moment de Beth Gibbons, ambassadeur d’un Lives Outgrown qui sortira chez Domino mi-mai, sonne beaucoup moins incisif et incarné. La texture musicale est riche, sophistiquée et très soignée. La voix est irrésistible, posée sur un fil plus fin qu’une toile d’araignée. Le texte est gentiment fuyant et décevant.

I’m floating on a moment
Don’t know how long
No one knows
No one can stay
All going to nowhere
All going
Make no mistake

On donne ainsi l’avantage à Kim Gordon. Pour s’en tenir à l’esprit du jeu, au dynamisme et à l’envie de conquête. Mais on se trouve bien ici en présence de deux manifestations surnaturelles de beauté, deux femmes qu’en apparence tout oppose ou presque, la technique de chant, le registre, le fond, mais qui offrent toutes deux un visage radieux de la femme en majesté, de la liberté et de l’audace.. année après année. Kim Gordon 1 – Beth Gibbons 0 ou pas. Ce sont nos oreilles qui gagnent dans les deux cas.

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