Human Don’t Be Angry / Electric Blue
[Around7Corners]

Human Don't Be Angry Electric BlueLe deuxième album d’Human Don’t Be Angry fait partie des disques discrets et amicaux qui font les belles discographies. Après un premier album au charme entêtant, mêlant électronique désuète et nostalgie des années 80, sorti en 2012, Malcolm Middleton pensait ranger pour quelques temps son groupe électro-instrumental et se remettre à ses compositions chantées et signées de son propre nom mais l’inspiration ne l’a pas visité comme il l’espérait, si bien qu’il faudra encore attendre un peu de temps avant de découvrir le successeur véritable de Waxing Gibbous, son magnifique dernier enregistrement de 2009. Histoire de patienter, Middleton s’est remis aux consoles, aux synthés collector et à la guitare, pour voir s’il pouvait prolonger en solitaire et en quasi silence l’aventure Human Don’t Be Angry. Cette remise en marche s’est accompagnée d’un questionnement sur ce que signifiait sortir un disque aujourd’hui et a abouti à cette idée de ne présenter au public son nouvel essai que sous la forme d’un bel objet, disque vinyle en tirage limité, et annonciateur d’une trilogie à venir rendant hommage au support, à ses craquements et à l’instinct de conservation. Cette dernière expression est probablement plus biologique que musicale mais renvoie bien à ce dont il est question ici. Sous ses airs anodins, Electric Blue est une réponse élégante au besoin de créer, largement contrarié aujourd’hui (dans le monde indé du moins) par les déséconomies d’échelle et les ventes de disques anémiques. Middleton musicien, revenu du mini-méga-succès d’Arab Strap, en est là : savoir comment faire de la musique (et pas seulement en vivre, en tournant et en lançant des salves mortes dans la mêlée) sans perdre le plaisir et donner à celle-ci une chance d’être écoutée. Dans cette nouvelle donne, l’impact d’un disque ne se joue plus tant au nombre des exemplaires vendus qu’en mesurant la fidélité et la satisfaction de ceux qui les achètent encore.

Electric Blue a ce charme et ce courage des produits dépassés. C’est un geste un peu héroïque et désespéré à l’ancienne, fourni avec ses codes de téléchargement bien entendu (et tout de même), et non exempt de romantisme. Mais c’est avant tout et heureusement un chouette disque d’ambiance, d’atmosphère et de mélodies. On mentirait en disant que ce deuxième album réussit à renouveler l’effet de surprise enfantine qu’on avait éprouvée à la découverte du premier album. Le pouvoir d’Electric Blue est moins direct, moins spontané. Les « chansons » où ce qu’il en reste sont moins évidentes et il est assez difficile de dénicher un rétro-tube du niveau de 1985 sur le précédent. Composé de neuf titres, le disque s’appuie en revanche sur une construction habile, presque savante, des séries de motifs que l’on retrouve d’un morceau à l’autre, voire hérités et repris depuis l’album de 2012. A l’image du splendide Cottage Syndrome, envoyé en éclaireur au printemps, et qui évoquait la ruralité écossaise, les ambiances qui composent ce disque sont naturelles, suggérant des paysages de campagne semi-désolés où s’activent des hommes-fourmis, travailleurs, dos courbé et tête haute, se retrouvant le soir au pub pour jouer aux fléchettes et écluser quelques bières. La filiation avec la musique d’Arab Strap ne saute pas aux yeux mais on trouve chez Middleton cette même précision que lorsqu’il accompagnait Aidan Moffat à la guitare, cette même manière de faire les choses exactement comme il le faut, sans ostentation ni volonté de surjouer sa musique ou de tomber dans l’esbroufe. Certains morceaux comme le remarquable Electric Blue qui referme le disque ou encore la quasi épique Tractor Song émargent bien au delà des cinq minutes et proposent des évolutions au long cours qui sont de toute beauté. Le résultat est contemplatif, si l’on en croit ses oreilles et des titres prosaïques comme The Dishwater Suite ou Moon In A Puddle. La musique de Middleton prend son temps, brode comme sur Don’s Car sur des thèmes déjà traversés pour suggérer un environnement familier, confortable et rassurant. Il ressort de tout ceci une évocation millimétrée et poétique d’un quotidien fait de sons, de cycles et de souffles, où le musicien apparaît plus comme un compagnon de route et de voyage que comme un guide ou une superstar. On pourra déplorer qu’Electric Blue manque quelque peu de variété et de reliefs (Cottage Syndrome excepté peut-être qui, recourant au chant, s’avance un peu plus loin vers la synth-pop que toutes les autres chansons) mais c’est bien à tous ces artifices dont on fait notre ordinaire d’habitude que Middleton entend renoncer ici pour le plaisir de murmurer et de laisser traîner ses accords autour de nous. Human Don’t Be Angry fait penser aux fantômes du post-rock et à ces instants fugaces pendant lesquels on avait cru que Tortoise était le meilleur groupe du monde.

Electric Blue s’écoute et s’écoutera probablement entre happy few, un peu comme il a été conçu, en ouvrant grand les yeux sur le monde qui nous entoure mais en prenant soin de s’en tenir à l’écart. L’ennui qu’il suggérera parfois, la somnolence rondelette qu’il appellera peut-être sonneront alors aussi bon et juste qu’un soir satisfait sans télévision…

(Pour rappel, l’album est sorti à 500 exemplaires, 180 grammes, bleus. L’artwork est signé Aidan Moffat et mixé par Paul Savage chez Chemical.)

En écoute :

Tracklist
01. Scarecrow, Working
02. On A Mote Of Dust Suspended In A Sunbeam
03. Cottage Syndrome
04. Swanky
05. Dishwasher Suite
06. Moon In A Puddle
07. Don’s Car
08. Tractor Song
09. Electric Blue
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