Hanry / Disruption
[Pelagic Records]

8.5 Note de l'auteur
8.5

Hanry - DisruptionDe toute évidence, nous ne sommes pas les seuls à être touchés par ces musiques de l’intime que nous amènent les algorithmes. Il y a quelques mois, notre série vous emmenait sur les traces d’Hanry, sextet rennais dont l’impressionnante session KEXP tournée lors des Transmusicales 2023 nous avait conduit à explorer plus en avant leur jeune discographie. Visiblement, le label berlinois Pelagic Records n’y est pas non plus resté insensible et a invité les rennais à rejoindre son impressionnant catalogue doom / metal / post-rock (pour faire court) sur lequel on retrouve entre-autre les versions européennes des albums des vétérans japonais de Mono. Un bel honneur pour ce jeune groupe dont la première sortie ne date que de 2022 et qui se traduit aujourd’hui par la sortie d’un premier EP (numérique), Disruption.

Un titre qui ne s’interprète pas si facilement car la musique d’Hanry n’a fondamentalement rien de disruptif, sauf éventuellement pour votre vieil oncle qui n’aura « jamais entendu un truc pareil », pas plus qu’elle ne sera perturbante pour les oreilles habituées depuis des années à entendre s’entrechoquer sans fin des sonorités que l’on a longtemps cru antagonistes, pour faire simple, la lourdeur du métal et la légèreté de l’ambiant. Si les premiers enregistrements impressionnaient par leur maturité, leur technicité même (le groupe est jeune mais la plupart de ses membres est plutôt expérimentée), un savoir-faire maitrisé sur le bout des doigts qui ne laissait aucune place à l’approximation ni même à la faute de goût, ce nouvel EP ne déroge en rien à ces principes que le groupe s’est fixé. Il ne faut donc pas s’attendre ici à une musique aventureuse qui irait explorer des trappes secrètes ; non. Pour autant, le classicisme de Disruption, formellement impeccable ne manquera pas de toucher les amateurs d’un genre qui a quand même pris la (très) bonne habitude de vous ficher les frissons à la moindre occasion.

Sur une base rythmique des plus solides (une batterie monstrueuse de précision et la basse hypnotique de la Championne Mathilde Lejas), s’empilent à n’en plus finir des couches de textures électriques et électroniques aux motifs fortement, forcément, variés. Hanry semble être en constante recherche d’un équilibre entre les guitares qui, au nombre de trois, offrent un potentiel détonnant dont ils ne se privent bien évidemment pas et les claviers de Marc Mifune dont la présence, déjà remarquée sur le premier EP Panorama s’accentue un peu plus, rendant l’assemblage des trois composantes complexes, minutieux et au final d’une sacrée pertinence pour un résultat une nouvelle fois impressionnant, en particulier sur le superbe Ether parfaitement équilibré. Ici, c’est la loi d’un genre mutique, les histoires ne se racontent pas avec les mots mais en notes bavardes qui s’échignent à créer des atmosphères changeantes que l’on qualifiera volontiers de climatiques par leur capacité, sous nos latitudes tempérées, à passer sans peine et en peu de temps d’une brume hivernale à une tempête humide et venteuse, d’un ciel immaculé laissant le soleil nous réchauffer paisiblement à une torpeur brulante et écrasante qui vous étouffe avant la libération soudaine prenant généralement la forme d’un orage vrombissant.

Le EP a beau ne comporter que quatre titres, qui plus est relativement courts pour un genre souvent propice à la divagation, il est en réalité composé de dizaines de moments très différents imbriqués les uns dans les autres, créant une ambiance sinusoïdale dans laquelle on se laisse volontiers aller, bercé par un tendre dodelinement de la tête. Radiance et Intermission se présentent sous la forme de faux jumeaux aux structures parallèles avec leur crescendo tout en maitrise, succession de formations complexes qui s’allient en tension pour déclencher l’ascension finale, ce moment libérateur et cathartique. Au final, seul le plus court des quatre morceaux, cette seconde évocation de Zenith (Tape#2) offre un panorama relativement uniforme prenant les couleurs d’un quasi-interlude trip hop, retombée pas forcément nécessaire pour un format de courte durée mais qui montre une facette différente d’un groupe capable de varier ses propositions.

Alors, est-ce parce que l’année s’annonce particulièrement incertaine que le premier beau moment musical estampillé 2025 renvoie vers des valeurs sures ? Il y a sans doute de ça tant la musique d’Hanry, taiseuse et évocatrice, ne cherche pas à nous convaincre de quoique ce soit en nous assénant vérités et contre-vérités dont on se fout éperdument. Au contraire, elle bâtit un cocon musical que chacun aménagera à sa façon, en fonction du moment, du lieu, de l’humeur. Ses détracteurs peuvent bien continuer à ruminer, le post-rock, même si on n’a toujours pas trouvé mieux pour le nommer, reste trente ans après son irruption l’une des plus puissantes musiques évocatrices qu’il soit et au vu de ses premières productions, Hanry se présente à ce jour comme l’un de ses plus beaux représentants hexagonaux.

Tracklist
01. Radiance
02. Ether
03. Zénith (Tape#2)
04. Intermission
Liens
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Mots-clés de l'article
, , ,
Écrit par
Plus d'articles de Olivier
Thousand / Au Paradis
[Talitres]
C’est une drôle de sensation. Petit flashback : qui, parmi les plus vieux...
Lire
S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires