InFiné / Explorer #1 (compilation)
[InFiné]

InFiné / Explorer #1On n’est d’ordinaire pas très friand de compilations, mais on fera une exception pour la très sympathique initiative du label InFiné qui assemble sur cet Explorer à l’esthétique soignée onze jeunes talents des musiques électroniques. Le disque, disponible depuis fin août, fait l’objet de pré-commandes contributives en ligne, qui donneront lieu, une fois le tirage de 150 exemplaires financé, à un premier pressage. La démarche n’est pas inédite mais témoigne des capacités de renouvellement économique des micro-labels. Il est à parier qu’on fonctionnera de plus en plus ainsi dans le futur, pour le meilleur et pour le pire, faute de pouvoir fabriquer à l’aveugle et de s’appuyer sur des relais conseil (ce qu’on appelait jadis des disquaires) en nombre suffisant. Mais laissons cela de côté pour le moment : nous avons écouté l’album en digital et cela ne nous a aucunement gêné, tant la diversité et la qualité des intervenants présents ici suffit à notre bonheur.

Explorer #1 constitue une parfaite initiation à la diversité des musiques électroniques. C’est la principale qualité de cette compilation et probablement aussi son principal défaut si on est déjà spécialiste du genre et enfermé dans des goûts bien arrêtés. Pour le profane ou l’amateur, celui qui est capable d’apprécier aussi bien un titre de deep house, de musique baléarique, que d’electronica, la sélection d’InFiné constitue un petit précis à la fois complet et plutôt merveilleux du genre et de son évolution. Comme aucun des artistes réunis ici n’a encore véritablement percé et atteint le niveau de notoriété d’un… David Guetta (on déconne), l’initiative est assortie d’un petit suspense et d’un pari sur l’avenir visant à deviner qui, dans cinq ou dix ans, aura concrétisé les bonnes (ou mauvaises) dispositions dont il fait preuve sur ce disque. Explorer #1 s’ouvre sur l’un de nos titres préférés : une pièce de Romain Bodart, la moitié fraternelle du duo français Idioma, qu’on avait croisé il y a une petite éternité sur un premier maxi appelé Landscapes. On a raté l’année dernière leur deuxième livraison, Pandore, mais Romain Bodart, sous l’étiquette bien nommée Manoir, livre avec Dentelle un morceau ambient climatique et particulièrement soigné. Dans un genre pas si différent mais avec plus d’amplitude, suit Tape150, un morceau tout aussi séduisant de l’outsider The Wanderer. On parle pas mal de ce projet dont on a quasiment rien entendu d’autre et c’est assez mérité. Derrière le visage masqué du bonhomme, on trouve une musique ultrasensible et une capacité à assembler des séquences qui n’étaient pas propices au mariage. L’électronique intègre des réminiscences symphoniques pour une electronica qui rappelle la part sensible de Richard D. James. Histoire de confirmer le démarrage quasi parfait de la compilation, on retrouve ensuite les anglais de Josef K + Winter Son dont l’electronica sombre et millimétrée constitue une des plus belles découvertes d’Explorer. Là particulièrement, on piaffe d’impatience à l’idée de suivre ces artistes dans la durée.

La compilation y va crescendo sur l’animation et les BPM avec le nouveau morceau d’Almeeva, Savage. La construction est audacieuse et on apprécie la tentative de mêler sons synthétiques, sonorités industrielles, pop au miel et chant, mais le morceau ne nous convainc pas vraiment. Histoire de goût. On est là finalement pour l’instrumental, le sensible et la délicatesse, ce que nous donne l’impeccable Secret Of Elements avec son splendide The Effect of Butterfly Destiny. Le type est seul et joue du piano. Son électro minimaliste est à tomber évoquant avec bonheur l’effet supposé de son papillon. On reste au piano avec la seule femme de la sélection (c’est mal !), Vanessa Wagner qui n’aurait pas grand-chose à faire ici si elle ne prolongeait sur ce morceau le registre intimiste exploré jusqu’à présent par les artistes associés. On vous passera le couplet sur la similitude d’émotions créées par la musique dite classique et la musique électronique car c’est un vieux machin dont tout le monde se fout depuis vingt ans. Vanessa Wagner joue merveilleusement bien mais on aurait préféré un morceau transgenre un peu plus audacieux.
Histoire de ne pas se voir reprocher d’avoir monté une compilation molle du genou, InFiné se décide à partir du titre 7 à apporter un peu d’animation dans ce panorama quelque peu mélancolique et c’est Oaks qui s’y colle brillamment. On ne connaît pas grand-chose du bonhomme mais son Square tourne rond et donne envie de l’accompagner en salle d’arcades. Gordon emballe le dance floor pour gens placides avec sa house à l’ancienne. What You Want est tout simplement impeccable, entre house de Detroit et hip hop souple et sample à la Aim. C’est funky, élégant et animé par une classe folle. Après son premier EP sorti au début de l’année, Bleu Merle, on sait désormais qu’on suivra ce binoclard au bout de la nuit. On reste dans une ambiance club, du côté de Berlin cette fois, avec le français expatrié Willis Anne et ses cymbales magiques. Normal Heads est drôlement efficace avec ses enluminures extraterrestres et sa montée d’adrénaline. Attention, tube en puissance. The Pacifist de Monomood ne nous laisse pas vraiment l’occasion de redescendre. Waoh ! Voilà un titre que n’auraient pas renié les Chemical Brothers quand ils étaient encore vivants. C’est de la techno pure qui pénètre dans le sang aussi sûrement qu’un shoot de jus de légumes bio par intraveineuse. Si le truc n’est généralement « pas trop notre genre », on ne crache pas dessus quand ça nous arrive et on laisse ses jambes et ses bras se déchaîner tous seuls dans leur coin. Même sentiment d’affolement du côté des ventricules, avec le V2o de Voiron qui nous rappelle instantanément qu’on avait cru il y a une quinzaine (vingtaine ?) d’années qu’Orbital était le groupe le plus cool et important de la planète. Valentin Voiron, retenez aussi ce nom-là. Le gaillard a sorti rien moins que 5 Eps en 2014 et, si la Poste fait son boulot, on devrait les écouter très prochainement. Sur ce qu’on a entendu en ligne, ce type-là a un talent fou et une inspiration quasi intarissable.

C’est toujours un peu ennuyeux de proposer du titre à titre, surtout quand on cause d’une compilation que personne n’a entendu et avec des types complètement inconnus, mais il aurait été injuste de négliger qui que ce soit ici. Explorer #1 est réellement un disque à se procurer de toute urgence si on a le goût des découvertes et une envie de suivre le mouvement. Il ne faudra plus dire ensuite que « la musique électronique connaît un petit trou d’air depuis une dizaines d’années, non ? » Il y a des coups de pelle qui se perdent.

Tracklist
01. Manoir- Dentelle
02. The Wanderer – Tape 150 (demo version)
03. Josef K + Winter Son – Blind Into The Dark
04. Almeeva – Savage
05. Secrets of Elements – The Effects of Butterfly Destiny
06. Vanessa Wagner – What Arms Are These For you !
07. Oaks – Square
08. Gordon – What You Want
09. Willis Anne – Normal Heads
10. Monomood – The Pacifist
11. Voiron
Écouter Infiné Explorer #1 (compilation)

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