Janelle Monáe / The Age of Pleasure
[Wondaland Arts Society / Atlantic Records]

8 Note de l'auteur
8

Janelle Monáe - The Age of PleasureL’été approche à grands pas et il est temps de migrer vers d’autres styles de musique. Fi du post punk, de la synth pop et de toutes les cold waves souffreteuses dans lesquelles on s’enroule en temps ordinaire. The Age of Pleasure de Janelle Monáe est là pour nous faire oublier qu’on devra travailler jusqu’à 64 ans et sans doute DORMIR (oui, seulement dormir) avec la même nana pendant les quarante ou cinquante prochaines années. Cinq ans après son plus expérimental Dirty Computer, la chanteuse et actrice de Kansas City, âgée désormais de 37 ans, revient avec un cinquième album parfait pour la saison, ultra sexy et hédoniste en diable mais aussi relativement sobre et appliqué pour ce genre de musique. Comme on a craqué jadis pour Morcheeba et le trip-hop, on ne dit pas non à une aventure musicale et érotique en terre rnb/soul avec l’ancienne protégée de Big Boi (Outkast) et Puff Daddy.

Les précédents disques de Janelle Monáe étaient plus élaborés et futuristes : il y avait de vrais concepts et des sortes de fil rouge SF ou d’anticipation. On baigne cette fois-ci dans le pur plaisir, dans le fun et le relâchement des sens. « Je suis black, je suis jeune et je suis sauvage/chaude », c’est le programme qui s’énonce frontalement sur Haute et qui s’exprime dès le remarquable Float à l’ouverture et Janelle Monáe s’y tiendra tout du long sans faiblir, enchaînant les propositions plus ou moins décentes de se défoncer au champagne à bulles (Champagne Shit) ou de s’envoyer en l’air avec la première panthère venue (le clip caliente lesbien de Lipstick Lover).

On ne va pas vous faire le coup du commentaire qui se veut intelligent pour une musique qu’on reçoit dans son cul et dans son cœur de manière instantanée et sans AUCUNE médiation. Le disque s’apprécie à l’instant pour sa capacité à faire remuer les fesses et enclencher l’excitation. Grace Jones est convoquée en renfort pour un mini message de quelques dizaines de secondes en français sur Ooh La La et on accueille toutes les sortes d’amour (poly, queer, etc) sur le remarquablement sexy et langoureux I Only Have Eyes 42. Difficile de suivre la chanteuse sur des bêtises hispanisantes et vraiment mainstream comme Paid In Pleasure :

I want my love made to measure (measure)
I wanna feel how you fit around me
I don’t need money or treasure (treasure)
Spend your quality time on me
Spend it all on me
All on me, all on me, all on me, all on me
Spend it all on me
All on me, all on me, all on me
Baby, if you pay me in pleasure
I’ma keep it coming forever
Baby, if you pay me in pleasure
I’ma keep it coming, coming
Come, come, coming

… sorte de mauvais tube de l’été pour chaîne privée mais on peut se rattraper avec des titres plus intéressants comme la balade sublimissime qui referme le disque (A Dry Red). Monae nous invite ni plus ni moins qu’à une baise géante dans le jacuzzi qui ne se refuse pas, qu’on soit une nana, un gars, ou un car de touristes.

Now baby, I’m choosyBut me and you can fuck in the jacuzziAnd we can make a sceneOr better yetWe can make a movie

Tout ceci est à la fois un peu ridicule et exagérément hédoniste (on ne se préoccupe ici en aucune façon du climat, du pouvoir d’achat ou de toute autre considération terrestre d’importance) mais c’est probablement l’été qui veut ça : il y a un temps pour être sérieux, et un temps pour se balader en petite tenue et ne penser qu’au sexe. « je te regarde comme une grosse bougie. J’espère que tu vas couler sur moi. » Que voulez-vous répondre à ça ? C’est pourtant ce que la chanteuse raconte sur Know Better. Phenomenal porte bien son nom. La chanteuse est perdue face à un millier de reflets d’elle-même qu’elle va entreprendre en s’asseyant à poil sur leur visage, en leur broutant la chatte ou en leur faisant des tas de trucs incroyables. Voilà un ego-trip dont on attend de découvrir le clip et qui promet des semaines d’excitation.

Ce n’est pas très glorieux mais on peut s’inventer une vie avec Janelle Monáe. Son disque est fait pour ça : plan à trois, à deux, plan tout court, gars, fille, voici la modernité sexuelle et sensuelle d’aujourd’hui à la mode US, libérée, suave, léchée, irrésistible. Le nouvel âge d’or est là. Il vous tend les bras et tout le reste. C’est un rêve éveillé. Ce pour quoi la musique est aussi faite et qu’il ne faut jamais oublier. Age of Pleasure est vendu avec un seau d’eau froide.

Tracklist
01. Float (feat Seun Kuti & Egypt 80)
02. Champagne Shit
03. Black Sugar Beach
04. Phenomenal (feat. Doechii)
05. Haute
06. Ooh La la (feat Grace Jones)
07. Lipstick Lover
08. The Rush (feat Nia Long & Amaarae)
09. The French 75 (feat Sister Nancy)
10. Water Slide
11. Know Better (feat. CKay, Seun Kuti & Egypt 80)
12. Paid in Pleasure
13. Only Have Eyes 42
14. A Dry Red
Écouter Janelle Monáe - The Age of Pleasure

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3 Comments

  1. says: Li-An

    Ça a l’air en effet aussi chaud que l’été annoncé. Mais est-ce que quelqu’un a fait une étude sérieuse sur le bougeage de postérieurs dans la culture vidéo US ?

    1. Tout à fait. Bon… on est pas encore tout à fait prêts pour lancer ici l’étude sur les booties et autres remuages de popotins. Mais on y pense… C’est un premier pas vers un changement de direction du mag !

      1. says: Li-An

        C’est non seulement hyper vendeur mais on peut développer des thématiques contemporaines intéressantes – représentation de la femme, culture noire, culture US dans le monde, chirurgie esthétique, mal de dos…

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