On croyait que Babybird et Jésus étaient fâchés depuis la polémique née de la chanson The Jesus Stag Night Club, sur l’album de 2011, The Pleasure of Self Destruction. Le chanteur anglais y dépeignait, avec la complicité de Johnny Depp à la guitare, un Jésus en feu, attaché au radiateur d’un camion lancé à pleine vitesse, et implorant son père de le téléporter dans une boîte de strip-tease. La chanson avait éveillé quelques protestations des milieux puritains américains, ce qui lui avait fallu de circuler un peu dans les médias. C’était oublier la place centrale que tient le fils de dieu, et taulier de la maison chrétienne, dans l’univers de l’auteur de You’re Gorgeous. Régulièrement appelé à la rescousse, Jésus apparaît au moins dans trois ou quatre chansons de l’artiste, et notamment sur l’intemporel et génial Jesus Is My Girlfriend, l’un des meilleurs titres de Ugly Beautiful. On pense aussi sur la série des CDs lo-fi au non moins essentiel KW Jesus TV Roof Appeal qui mettait en scène (album Bad Shave), Dave Christ, le frère oublié de Jésus….
Quelle surprise, pour ne pas dire quel miracle de retrouver le Nazaréen dans le nouveau clip (enfin disponible sur youtube, ce qui n’était pas arrivé depuis des années) de l’artiste, intitulé AI Jesus. Aucun sacrilège en vue cette fois, si on excuse la représentation en vidéo d’un Jésus dansant dans la rue pour faire la manche – attention, possible que ce ne soit pas le VRAI Jésus – mais une chanson délicate qui en appelle au retour de la sagesse du prophète au chevet d’une humanité à la dérive. AI Jesus loves you/ At least Jesus loves you, entonne le chanteur comme on jetterait une bouteille à la mer. La chanson est un hymne à la bienveillance et à la douceur, où l’image de la fille (du narrateur/chanteur) est omniprésente. Le texte est comme toujours savoureux et plein de finesse, animé par un humour pince sans rire qui dissimule mal un immense besoin de consolation. “
Notre ancien Outsider en chef a achevé ces derniers mois une tournée anglaise qui s’est terminée par un retour triomphal dans un London Shephers Bush plein à craquer avant de revenir à ses affaires courantes sur bandcamp. Le concert londonien a donné lieu à la sortie d’un CD (physique), épuisé, et à une diffusion numérique. Depuis, Babybird a mis la dernière main à un quadruple CD, Shithead EP, The Big Quadruple, qui n’a pas encore été dévoilé, mis en ligne une compilation de musique instrumentale ayant accompagné l’écriture de son (excellent) premier roman The Bad Book, il y a quelques décennies, avant probablement de s’enrôler cet été pour plusieurs festivals britanniques où il occupera une place sur l’affiche inversement proportionnel à celle qu’il devrait occuper dans la hiérarchie de la pop britannique.
En attendant, on ne peut que lui souhaiter que la chorégraphie de son Jésus IA prospère et contamine les campagnes. Rien n’est moins sûr mais sait-on jamais. Le titre est gentiment addictif, apaise et agit comme un baume pour le coeur.

