Jus Allah et Jedi Mind Tricks sont dans un bateau : le monde merveilleux du rap hardcore

Jus allah mmaA quelques jours de la sortie (le 1er septembre) de l’album solo de Jus Allah, on se demande bien ce que le nouveau chassé-croisé intervenu au sein du Jedi Mind Tricks va pouvoir donner. MMA n’est pas un album-hommage aux Mutuelles du Mans mais l’acronyme d’un titre Meanest Man Alive presque aussi réussi que la pochette de l’album est laide. Les plus sceptiques diront que Jus Allah, qui bénéficie d’une réputation flatteuse en tant que rappeur au sein du JMT, n’a jamais rien fait de bon tout seul et ils n’auront pas tort. L’homme révélé par Violent By Design en 2000 n’avait fait qu’un passage éclair auprès de Vinnie Paz et Stoupe (The Enemy Of Mankind, selon son doux surnom), le duo fondateur et coeur créatif du groupe de Philadelphie, mais avait suffisamment marqué les esprits pour être acclamé (et attendu) comme le messie lors de son retour surprise en 2008, sur l’immense A History of Violence. Il faut dire que son rap agressif et son flow offensif laissent peu de monde indifférents. Jus Allah ferait passer Joey Starr pour un chanteur de RnB (on plaisante, bien sûr). Toujours est-il qu’avant ce retour et après celui-ci (puisqu’il est reparti après juste un autre album et alors que Stoupe s’en était allé), Jus Allah n’a réussi ni à convaincre, ni à marquer les esprits. S’engueulant avec les producteurs, victime d’une arnaque sur le projet Necronomicon (où ses amis ont utilisé ses parties de chant à l’insu de son plein gré), le rappeur est devenu le prince de la galère. MMA lui-même est annoncé depuis au moins trois ans, à l’origine avec le producteur C-Lance, qui finalement lâche l’affaire et ne laisse en guise de témoignage de leur collaboration que ce single bien troussé 180°. Du coup, on se dit que ce MMA aura peut-être bien besoin d’une bonne mutuelle. Jus Allah a beau avoir l’un des plus solides flows du marché, il ne pèse pas bien lourd dès qu’il est livré à lui-même.

La comparaison risque d’être encore plus cruelle si on pense que son ancien (futur?) groupe Jedi Mind Tricks a livré en juin 2015 ce qu’on peut considérer sans trop se forcer comme l’album de rap le plus chouette de cette année 2015, avec The Thief And The Fallen. Pour ceux qui ont suivi, cet album du JMT était très très attendu car il marquait (malgré le départ de Jus Allah) le grand retour de Stoupe The Ennemy of Mankind aux manettes. Le producteur, pas fâché fâché avec Vinnie Paz et Jus Allah, avait pris le large, fatigué par le modus vivendi du JMT et globalement moins enthousiaste quant au métier de producteur hip hop. En gros, il en avait ras la casquette de monter des beats du futur et des samples sur des plages en feu et avait décidé d’aller voir ailleurs. Sur The Thief and The Fallen, Stoupe et Paz ont retrouvé le feu sacré des débuts. Les textes de Vinnie Paz, inspirés par les œuvres horrifiques de l’écrivain Clive Barker, sont particulièrement soignés et les productions de Stoupe à la hauteur de leur réputation. Cet album du JMT est tiré par quelques compositions du tonnerre de dieu comme le splendide Fraudulent Cloth, le morceau tranquille du disque et hymne à l’amitié, emmené par la voix blanche de la castafiore Eamon. On retrouve un peu plus loin les non moins mythiques Dilated People qui embarquent vers les sommets The Kingdom That Worshipped The Dead. De bout en bout, le Jedi Mind Tricks transforme l’essai et réussit assez bien à se passer de la sauvagerie de Jus Allah. Les plus hardcore de leurs fans hardcore se languissent néanmoins de son attitude gangstarr et de ses manières de bad boy.

Alors match ou pas match ? A vous de juger.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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