GrandGeorge ou le triomphe estival de la pop gnangnan

GrandGeorgeA force d’écouter Joy Division et Nick Drake dans notre chambre noire, on avait un peu oublié l’effet bizarre que pouvait produire sur nous la fréquentation d’un type comme GrandGeorge. Chanteur belge (enfin, on croît), échappé d’un job alimentaire dans la finance (un de moins), GrandGeorge était apparu comme une petite tâche rose sur nos radars de frontière l’an dernier lors de la sortie de son album Coming In. Sa bonne bouille de grand barbu bruxellois vivant tantôt à Londres puis à Paris nous avait fait marrer quelques instants, mais sans nous convaincre suffisamment pour aller écouter sérieusement l’ensemble de ses titres. Il faut dire que le gaillard évolue dans un genre, la folk souriante ou la pop à claques, qui ne peut s’appréhender que lorsqu’on est soit très très triste (et à deux doigts du suicide), soit au contraire dans un état de béatitude avancé (ou sous l’influence de stupéfiants drôlement débilitants). En d’autres circonstances et compte tenu de son pedigree de trader pour dames, on réclamerait pour lui plutôt la mort par la tounga ou le chômage longue durée.

Parce que c’est l’été, ou ce qu’il en reste, on s’est risqué, sous une mauvaise influence, à écouter le nouveau EP (4 titres) du bonhomme, intitulé So Fine, du nom de la chanson maîtresse, et à en penser du bien. Voilà t’y pas qu’on s’est pris à faire de So Fine, cette sorte d’hymne cruche ou de bande son pour une nouvelle saison de L’Amour Est Dans Le Pré (effet renforcé par son clip pour jeunes agriculteurs surréalistes), l’une de nos chansons favorites. On a beau être exigeant et plus sévère que des moines cold wave, on peut accuser aussi quelques faiblesses et GrandGeorge est une manière décente de s’en remettre à nos instincts bucoliques et naïfs. Alors bien sûr que ce So Fine n’arrive pas à la cheville des petites miniatures de nos références en la matière, Marble Sounds, plus pop, plus mélancoliques, mais quelle allégresse, quelle joie de vivre, quelle luminosité. La feel good pop, bien exécutée comme ici, a de faux airs du Sting des derniers jours (celui qui sautille partout et célèbre l’amour tantrique), d’un Paul Simon vraiment baba (au rhum). La batterie est en place, la guitare fait le boulot et la voix évolue comme un papillon sans poils dans la tiédeur de l’air malin. On dit de GrandGeorge que ses mélodies sont « ciselées » pour dire qu’on voit à travers. On dit de GrandGeorge qu’il est souriant et sympathique parce qu’à moins d’être sourd, sa musique vous fait sourire dès le troisième accord et vous procure une satisfaction proche de celle qu’on peut ressentir en bronzant le sexe ou la chatte à l’air au bord d’une piscine écologique. Et puis c’est un tel plaisir de voir Belle Des Champs lui sauter dans les bras dans la vidéo qu’on aurait tort de se priver.

Il n’est pas exclu que vous éprouviez ensuite une grande culpabilité ou, au contraire, que vous soyez pris d’une envie irrépressible de zlataner le chanteur à coups de pelle. Ce sont des choses qui arrivent régulièrement lorsqu’on consomme de la pop gnangnan pour la première fois. Si les symptômes ne disparaissent pas, consultez votre chanteur de variétés le plus proche ou écoutez du Michel Fugain. You’re welcome.

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