Les Simpson S32E19 : Dr Morrissey et Mister Quilloughby

Morrissey SimpsonsD’abord excité et honoré, le Mozdom est finalement en émoi et offusqué après la diffusion ces derniers jours de l’épisode 19 de la saison 32 des Simpsons intitulé Panic on the Streets of Springfield. Porté par une publicité alléchante, on a reproché à cet épisode de se vouloir une tentative de relancer une audience en berne en mobilisant une communauté de fans de Morrissey qui a l’habitude de suivre son affaire avec passion et de se déplacer en masse. L’épisode était “vendu” en amont comme un hommage à Morrissey et à The Smiths, et un featuring pop de plus dans une série qui a toujours eu l’habitude d’accueillir (en dessin animé et avec succès et humour) des stars de la pop.

Entrelacé avec une intrigue assez médiocre où Homer devient camionneur (plutôt que de prendre des médicaments), l’épisode qui met en scène un Morrissey baptisé Quilloughby et doublé par le prestigieux Benedict Cumberbatch tourne autour de la crise d’adolescence de Lisa. C’est elle qui, aux prises avec Spotify/Slapify, tombe par suggestion du moteur de l’application sur la musique du chanteur anglais des années 80 et son groupe The Snuffs, reconstituée de façon assez médiocre (voir les crédits de fin) et parodique. Lisa tombe en arrêt devant cette musique qui parle à sa nature solitaire et met en avant le végétarisme comme mode de vie. Elle se retrouve surtout à engager un dialogue (imaginaire) avec un Morrissey/Quilloughby jeune (imaginaire lui aussi) depuis sa chambre. Cette séquence est plutôt à l’avantage du chanteur qui y apparaît tel qu’on l’imagine alors : séduisant, intellectuel, attentionné, sensible et iconoclaste. Ce premier contact avec Morrissey montre toute la pertinence du groupe et de sa musique à s’adresser aux adolescents pour les aider à faire face à la solitude et à l’agressivité du monde. Lisa tente de convaincre ses amis de la force de cette nouvelle musique et de la portée idéologique de la vision smithienne.

Les choses se gâtent toutefois quand les scénaristes décident de faire assister Lisa à un concert du Quilloughby/Morrissey d’aujourd’hui. Alors qu’Homer se débat avec ces histoires débiles de camion, Lisa prend le bus et se rend au spectacle. Elle découvre alors que le Quilloughby des débuts a abandonné ses idéaux de jeunesse, a pris du poids et a abandonné son végétarisme. Le Quilloughby contemporain offre une version à charge d’un Morrissey ventripotent et désabusé qui ne croit plus en grand chose. Le grand Quilloughby a mal tourné : il est cupide, égoïste, vaguement raciste sur les bords et est devenu un personnage horrible. Le public se retourne contre lui et Lisa confrontée à une immense déception. Dans une dernière apparition, alors que le public se rebelle et déclenche une émeute, le Quilloughby imaginaire se matérialise et explique à Lisa, dans une séquence particulièrement controversée, qu’elle ne doit pas faire comme lui, faire attention à ce qu’il est devenu et se raccrocher à ses aspirations de jeunesse. Il lui recommande également de ne pas se couper des vrais gens.

Avec cette seconde partie du récit, le Morrissey jeune des débuts apparaît comme un lointain souvenir qui s’oppose directement à un Morrissey d’aujourd’hui perdu pour la cause et qui s’est fourvoyé dans de fausses croyances. Les scénaristes (qu’on disait passionnés par Morrissey et The Smiths) se rangent du côté des critiques du chanteur en condamnant son apparence physique (il est devenu plus gros qu’il n’est en réalité) et surtout son virage moral et politique. C’est cette partie qui, même si elle est pleine d’humour et pas si cruelle que ça, a amené le management de Morrissey à condamner fortement et avec des mots très durs la campagne de dénigrement organisée par les Simpsons, en accusant ceux-ci de hurler avec les loups en ajoutant au lynchage du chanteur.

Si sur le plan scénaristique, l’apparition des 2 Morrissey est plutôt une bonne idée, l’épisode met en évidence cette figure d’un Morrissey contemporain qui n’est pas à la hauteur de ses engagements de jeunesse et qui clairement a mal tourné. Cette vision est assez caricaturale des positions prises par le chanteur et hautement simplificatrice. La vigueur politique de son engagement ne peut pas être réduite à des prises d’option racistes, simplistes ou purement contestataires. On peut reprocher à Morrissey de s’être rapproché de certains positions tendancieuses mais pas d’avoir abdiqué complètement son programme initial et sa pertinence contestataire. Au final, Lisa comprend comment dompter sa colère et se réconcilier notamment avec Marge. Elle tentera de ne pas verser dans l’amertume et l’aigreur du Morrissey de 2021.

Pour les amateurs, l’épisode est tout de même plutôt amusant et divertissant dans sa première partie, tendre aussi, et plein de nostalgie. Sur le mode “sommes-nous les mêmes en vieillissant?/les rockeurs sont-ils éternels”, le résultat n’est pas inintéressant.

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2 Comments

  1. says: zimmy

    @Benjamin:

    Ce que je n’ai pas compris, c’est le ressort scénaristique du reniement du véganisme là où à l’inverse ce qui exaspère serait plutôt l’enfonçage permanent du clou vegan par le vrai Moz. Sur le sujet, on ne peut lui faire de procès en tartufferie façon Schwarzy l’écolo avec plein d’Hummer au garage. Je pourrais personnellement mettre en regard son nomadisme résidentiel comme n’importe quel people en ce temps mondialisés et sa posture nationaliste mais tout ceci relève d’enjeux politiques franco-français dont se contrefichent très probablement les auteurs de la série.

    Sans compter l’idée relevant de la SF d’une reformation du groupe : je regrette de ne pas avoir vu les Smiths live car vivant en province, je regrette de les avoir découverts après leur séparation car on ne les voyait ni au Top 50 ni chez Drucker. Brett A, Jeff B, si je vous ai aimés c’est parce que j’avais besoin d’héritiers des Mancuniens pour oublier mon rdv manqué avec mon groupe anglais favori. Mais pour rien au monde je ne voudrais qu’il se reforme, quitte à continuer à supporter la voix de Marr ou les accompagnateurs du Moz sur les versions live des classiques. Pour le coup, le groupe deviendrait alors un groupe indie génial de plus se reformant pour les thunes là où dans les années 80 le mêmes crachaient sur les reformations.

    Pour revenir à la série: oui, quand j’ai revu les Cure live à Rock en Seine et un Robert Smith ventripotent, je me suis souvenu qu’au lycée le gars était le sex symbol des filles de sensibilité “alternative”. Pour autant, dans le cas du Moz, même s’il a créé à ses débuts du trouble sexuel chez -entre autres- Robbie Williams, la moquerie sur le bide me semble mal placée car les Smiths ont peut être aidé des filles et garçons qui n’arrivaient pas à maigrir.

    Sur les positions tendancieuses ça pose une question: peut-on être réac’ et anti-Thatcher? Comme chez Ray Davies, l’inspiration morriseyienne a toujours été nostalgique (et profondément insulaire). Cette nostalgie peut le faire flirter avec le tendancieux mais il n’y a pas de reniement. Quant au virage misanthrope, ce n’est qu’une amplification de quelque chose déjà présent du temps des Smiths du fait de la blessure que fut l’apprentissage de la séparation de son Velvet à lui dans les tabloids avant de l’apprendre de vive voix. Son incorrection politique? Elle ne posait problème à personne tant qu’il s’agissait de rêver de voir la Dame de Fer connaître le sort de Louis XVI ou de s’extasier sur le kick de Cantona. De plus, en dehors de sa phrase sur les Chinois niveau Cresson, ses déclas sur l’immigration correspondent, qu’on aime ou pas ça, à l’opinion majoritaire des Européens continentaux.

    Pour finir: un article de Pitchfork sur un concert du Moz à LA remplis de Latinos s’étonnait de voir des immigrés applaudir le chanteur malgré ses positions politiques. Sauf que là on n’est pas dans un débat tournant autour de la rubrique faits divers, plus dans un cas du type “un Français issu de l’immigration a-t-il le droit d’aimer Le Mépris en dépit de ce que BB est devenue?”. Il y avait chez l’auteur de l’article une indignation face à une attitude des fans mexicains ou d’origine mexicaine du type “il dit des conneries mais ça reste mon oncle”. La posture de beaucoup d’Argentins vis-à-vis de feu Maradona ou celle des Français vis-à-vis de Delon. A un détail près: Maradona était Argentin, Delon est français et ça signifie donc que les Mexicains voient un Anglais comme un trésor national mexicain. Pour le coup, ça c’est étonnant.

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