Matt Sweeney & Bonnie Prince Billy / Superwolves
[Domino Recording]

8.4 Note de l'auteur
8.4

Matt Sweeney & Bonnie Prince Billy - SuperwolvesCeux qui s’attendent à chaque fois à retrouver le Will Oldham des premiers Palace ou de I See A Darkness seront encore une fois déçus par cette nouvelle livraison de Bonnie Prince Billy. On trouve sur Superwolves, le deuxième volet du duo composé par Matt Sweeney et Will Oldham, des chansons qui feront frémir ceux qui n’aiment pas le folk ou le rock hillbilly à l’image d’un endiablé Hall of Death, qui donne des fourmis (rouges) dans les jambes et l’envie de danser la gigue avec des gonzesses et des gars sortis de Deliverance. On avait salué le retour en forme du barbu en mode amoureux sur son précédent disque, I Have Made A Place, et celui-ci se confirme avec une excellente collection de chansons, gracieuses, élégantes et inspirées.

Matt Sweeney apporter à Oldham son jeu de guitares, virtuose et énergique même lorsqu’il opère, comme ici le plus souvent, dans un registre tendrement folk et en touché. Sweeney a brillé par le passé avec Skunk et Chavez, ses deux précédents groupes, et garde de cette époque des attaques franches et une vivacité dans les doigts qui amènent beaucoup de clarté et de lisibilité dans le jeu, beaucoup d’intensité dans les morceaux. Dire qu’il est un meilleur musicien qu’Oldham n’est peut-être pas la vérité mais disons que sa présence aide probablement ce dernier à se concentrer sur le chant, ce qui apporte une vraie plus-value à leur alliance. Shorty’s Ark est d’une douceur presque enivrante, enrichi de très jolies harmonies vocales. Le I Am A Youth Inclined To Ramble n’est pas mal non plus, rappelant la relative âpreté des débuts. Oldham y chante en poussant sa voix au bout, une histoire qui ne ferait pas tâche chez Springsteen, et qui s’étire sur un peu plus de six minutes. Il y a dans la musique de Superwolves une amplitude que l’on ne retrouve pas dans tous les travaux d’Oldham, comme une ambition épique ou mythologique de raconter l’Amérique qui impressionne et confère une force et une hauteur de vue aux titres vraiment exceptionnelles.

Le disque évolue entre territoire intime et territoire social. Que faut-il retenir du splendide souvenir d’enfance, allusif et tendre, qu’est Popsicle ? L’Amérique d’aujourd’hui est-elle plus ou moins sombre ou est-ce que c’est l’âge qui a altéré le regard de l’homme sur le monde ? Oldham ne répond pas. Ici, c’est l’altération qui compte, la distorsion, le changement des ombres, le souffle qui varie plus que le jugement qu’il pourrait inspirer. Avec ses quatorze morceaux, ce deuxième disque de Superwolves en impose et n’ennuie pas un seul instant. Aucune chanson ne joue la facilité ou n’évolue en territoire totalement balisé. On aime les motifs vaguement hispaniques sur Watch What Happens, la guitare cristalline et mélodique sur le bucolique Resist The Urge, gorgé de désir et d’amour. “If you should miss the touch of me, resist the urge“, s’amuse le chanteur dans un chaleureux jeu sentimental, accompagné de choeurs féminins. A l’image d’un Bill Callahan, le registre d’Oldham témoigne aujourd’hui d’une liberté d’inspiration très étendue qui va des enjeux politiques à des enjeux métaphysiques ou très intimes. Lorsque les dimensions se surimposent cela donnent de très belles chansons qui rappellent les blues, denses et vieillis en fûts de chêne, comme le très beau et très classique There Must Be A Someone.

Le final avec You Can Regret What You Have Done, probablement le titre le plus pur et parfait du lot, merveille d’intelligence et de fragilité tissée en deux minutes, et le remarquable Not Fooling, lucide et prononcé au bord du gouffre, est lui-même impressionnant et à l’image d’un disque qui est une réussite totale.

Bonnie Prince Billy est dans une phase de créativité extraordinaire. Ce Superwolves en est la preuve. Il semble que l’entame des années 2020 a amorcé chez lui un nouveau cycle, après disons une quinzaine d’années passées à explorer une forme de douceur country folk. Il revient à un dispositif moins suave, mais complètement maîtrisé, plus blues, à peine plus rock, et qu’on trouve en tout cas beaucoup plus convaincant et intéressant.

Tracklist
01. Make Worry For Me
02. Good to My Girls
03. God Is Waiting
04. Hall of Death
05. Shorty’s Ark
06. I Am A Youth Inclined to Ramble
07. My Popsicle
08. Watch What Happens
09. Resist The Urge
10. There Must Be A Someone
11. My Blue Suit
12. My Body Is My Own
13. You Can Regret What You Have Done
14. Not Fooling
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