[Playlist] – « Le combat épique pour les retraites »

Réforme retraites Tim Mossholder

Histoire de soutenir celles et ceux qui sont dans la rue et mènent la résistance, on a complété notre ancienne sélection « Vivement la Retraite », assemblée en 2019 à l’occasion d’un précédent combat (perdu), d’une nouvelle revue musicale autour du travail, de la grève et de l’allongement du temps passé au travail. La précédente était presque insouciante, celle-ci est tendue, plus sombre, à l’image des luttes qui se durcissent. Qu’est-ce que cette réforme va changer à nos vies ? Pourra-t-on encore s’imaginer comme le faisaient les Beatles… vieux à 64 ans ou faut-il dénoncer les faux-semblants d’une réforme qui n’est que politique ?

Dans la rue en musique n°2 et au-delà.

1. The BeatlesWhen i’m 64 (1967)

C’est McCartney qui s’y colle. Même si la chanson figure sur Sergent Pepper, elle a dix ans de moins et est composée alors que le bassiste n’a que quinze ou seize ans. Il s’imagine, quasiment, cinquante ans plus loin et il n’est aucunement fait mention d’un quelconque travail même si l’évocation de la location d’un chalet l’été et des dimanches de farniente laissent à penser que le jeune McCartney de l’époque pense qu’à 64 ans… on pourrait toujours travailler. Partir à 60 ans n’a été concevable qu’à compter de 1983. Avant ça, c’était bien 65 ans l’âge de départ en France. Mais les temps ont changé : la vie est plus longue mais aussi plus rude, si bien que les Français semblent loin de partager l’allégresse et l’insouciance du Beatles… en s’imaginant aujourd’hui partir à 64 ans. Quand j’aurai 64 ans, je me lèverai à 6H pour prendre le RER A. Tout un programme.

2. Angelic UpstartsTwo Million Voices (1981)

Dans l’Angleterre du début des années 80, la voix des punks mancuniens des Angelic Upstarts se fait entendre. Comme hier et aujourd’hui, ils sont deux millions dans les rues. Deux millions de voix qui s’époumonnent et qui prétendent qu’elles ne s’éteindront jamais. Chiche !

Two million voices, can you hear Two million voices
Two million voices can you hear Two million voices
Two million voices!
Two million voices shout at the street
Can you hear the cry there’s no retreat
Look at there mouths there open wide
Shout for an answer trying to survive

3. The OffspringKill The President (1989)

Sur le premier album des Américains de The Offspring, cette chanson fait désormais tellement tâche et peur qu’elle a été évacuée des rééditions. La diffuser aujourd’hui tomberait peut-être bien sous le coup de la loi. Elle reste une chanson de protestation plutôt bien tournée, intelligente et qui ferait frémir le plus motivé des Insoumis. Gloups…

Kill the PresidentListen to the voice of reasonUnify with that single lineStop the man with the powerOf the governmentA leader’s not the centerOf democracyIn a world without leadersWho’d make people starve?

4. Palace BrothersNo More Workhorse blues (1994)

Pas certain que Will Oldham parle directement du travail et du fardeau qu’il représente. Sa chanson est plus existentielle mais la fin marque le refus radical de rester le sujet éternel de l’exploitation, d’être réduit à sa force de travail. « Je ne suis plus un cheval de traie/ Je ne suis plus un cheval de force… je suis un cheval de course. »

I am no more a workhorse
I am no more a workhorse
I am no more a workhorse
I am no more a workhorse

I am a racing horse
I am a grazing horse
I am your favorite horse

C’est l’appel de la liberté qui résonne dans les rues. Celui des forces de la course, du champ et du chant.

5. Sergeant HRetirement Day

« Cette chanson a été composée en hommage à la retraite… et aux gens qui ont travaillé toute leur vie, durement. » C’est ainsi que la présente son auteur, Sergeant H, dont on ne sait pas grand chose. C’est un morceau feel good, joyeux, solaire et formidablement réussi. On aimerait que cela se passe encore comme cela jusqu’à la fin des temps.

6. Frustration / Le Grand Soir (2019)

La plus grande chanson de lutte en français n’est pas si ancienne. Le Grand Soir. C’était en 2019 (encore) sur l’excellent Cold Streams et le groupe s’exprimait, comme assez rarement, dans un Français qu’on ne va pas vous faire l’injure de décrypter. Quatre ans après, on y est toujours.

7. Kenny ChesneyNo Shoes, No Shirt, No Problems

La retraite insouciante, sans chaussure, sans chemise, sans souci (on gardera le pantalon pour Linda De Suza). C’était avant ? Avec Kenny Chesney, l’un des stars de la country US, on se prend à rêver à un taux de remplacement de 75%… et à des décennies où on mènerait si pas la grande vie, une vie sereine et consacrée à la fainéantise, au surf et à l’amour. Et si on pensait à Mexico ?

8. Jonathan Richman & The Modern Lovers – Old and Dignified (1976)

Figurant sur l’unique album génial de The Modern Lovers, ce Old and Dignified expose très simplement (et à travers un texte qui veut dire bien plus que ça) ce qu’aspire à devenir chacun d’entre nous auprès de ses enfants et petits-enfants :

I said someday we’ll be dignified and oldThat’s right, I saidSomeday we’ll be dignified (hey kids, hey kids)Someday we’ll be dignified (hey kids, hey kids)Someday we could be dignified and old together

Vieux et dignes. Beau programme !

9. The National – Fake Empire (2007)

L’empire du faux. Vous en voulez encore. Plusieurs voix se sont élevées dont celle du président du COR, Pierre Louis-Bras, pour évoquer le caractère éminemment politique de la réforme des retraites. Le décalage de l’âge de départ en retraite est-il aussi inévitable et nécessaire que le gouvernement le présente ? Est-ce que tout s’écroulerait sans cette réforme ? L’empire du faux. Les écrans de fumée.

We’re half awake in a fake empireWe’re half awake in a fake empire

chantait Matt Berninger quand The National était le meilleur groupe du monde. A demi-éveillé. Ce n’est déjà pas si mal.

10. Billy Bragg – There Is Power In A Union (1986)

Le titre est dérivé de la chanson traditionnelle américaine, Battle Cry of Freedom, titre de 1862 devenu hymne de l’Union et des abolitionnistes. Sous la plume de Billy Bragg, cela devient un morceau aussi engagé qu’un disque de The Clash, aussi brillant qu’un disque de The Kinks et mordant que du Elvis Costello.

11. The Fall – Bombast (1985)

Those who dare mix real life with politicsAnd go on regardless of the..of the discoveriesWill feel the wrath of bombastclanging in my heart

D’où il est maintenant, pas sûr que le courroux de Mark E. Smith se déchaîne avec la même violence et la même efficacité qu’en 1985, sur ce Bombast(ique) morceau tiré de This Nation’s Saving Grace. Tremblez politicards et oppresseurs de tous pays.

12. Bob Marley – Them Belly Full (But We Are Hungry) (1974)

Bob, alone and only. Ils ont le ventre plein tandis que nous avons faim. Les petites retraites ont le ventre qui gronde. Qui mieux que Bob Marley pour mener la charge ?

Cost of livin’ get so high
Rich and poor, they start to cry
Now the weak must get strong
They say, « Oh, what a tribulation! »

Them belly full, but we hungry
A hungry mob is a angry mob
A rain a-fall, but the dirt it tough
A pot a yook, but yood nah nuff

13. Hüsker Dü – New Day Rising (1985)

Le New Day Rising des Hüsker Dü de Bob Mould est LA chanson appropriée pour mener un combat héroïque, une chanson guerrière et de conquête, une chanson hurlée par Attila Le Hun et qui fait danser et pogoter les habitants de la Terre du Milieu, d’Horizon, de Renouveau et de LR.

New day risingNew day risingNew day rising

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Photo de Tim Mossholder sur Unsplash

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