Sélection “Vivement la Retraite” : 10 chansons pour ne pas vieillir ou mourir au travail

Photo : Max HarlynkingPhoto par Max Harlynking sur Unsplash.

Si la France est dans la rue, c’est parce que le gouvernement, sous-couvert de réformer les régimes spéciaux, met en place un dispositif de retraite par points qui ne convainc qu’à moitié et n’a pas prévu d’avancer sur la reconnaissance de la pénibilité (qui aurait pu faire passer la pilule d’un démantèlement de certains avantages catégoriels, faire consensus et justifier que certains acceptent de travailler plus longtemps). A la veille de la présentation du programme détaillé de réforme (y aura-t-il des avancées ? L’objectif de justice annoncé sera-t-il habillé de principes et de mécanismes techniques recevables garantissant la non-érosion de la valeur du point?), il est nécessaire d’accompagner une nouvelle fois les salariés en lutte et les marcheurs forcenés, les rois de la trottinette, de la bicyclette, les adeptes du télétravail, les chômeurs et tous les autres pour leur dire que le travail est une infamie qui n’a d’égale, pour l’homme, que le grand âge. Vieillir au travail, c’est comme mourir à la fois d’un coup de couteau et d’un cancer du poumon, une double peine qu’on ne souhaite à personne de s’infliger au-delà de 60 ans sans son consentement. Les musiques indé ont aussi parlé de ça : le vieillissement, la retraite, l’usure au travail. Playlist de lutte 2. Sans aucune garantie de cohérence.

Pulp – Help The Aged

Jarvis Cocker avait tellement peur de devenir vieux, de se faire pipi dessus et de travailler qu’il n’a plus jamais rien foutu depuis Pulp, à part des albums solo infâmes et bâclés et des concerts arty pour faire semblant de cotiser pour la retraite. La vision qu’il exprime dans Help The Aged a fait polémique à l’époque mais était pourtant d’une belle justesse. La vieillesse, ce n’est pas toujours génial et la vie en EHPAD ne ressemble pas à un compte de fées. Partir en retraite à 68 ans, c’est l’assurance d’y venir plus tôt qu’à son tour, à la mort, à la solitude, au bassin-haricot.

Help the aged
‘Cause one day you’ll be older too
You might need someone who can pull you through
And if you look very hard
Behind those lines upon their face
You may see where you are headed
And it’s such a lonely place, oh

Babybird – 70

Les bienfaits de la retraite et de l’amour. La plus belle chanson de Babybird (et il y en a des dizaines) est peut-être celle qui met en scène un vieillard, heureux retraité et libre comme l’air, chantant l’amour qu’il porte à sa femme depuis 70 ans. Avec la retraite à points, finis les voyages à bas prix, finis les séjours en bord de mer et finis la romance : comment vivre l’amour pendant 70 ans si le revenu s’effondre. Déjà qu’avec le minimum vieillesse (800 euros), ce n’est pas facile tous les jours. Enfin bref, on peut vieillir serein et heureux, on peut vieillir à deux et le plus longtemps possible.

70 years together
Go on for ever and ever
70 years today
Comes as no surprise

WHAT A WONDERFUL MORNING
WHAT A WONDERFUL FEELING
WHAT A WONDERFUL MORNING
WHAT A WONDERFUL FEELING
Though my eyesight’s going
And my heart is slowing
Now my bones are showing
It’s still a wonderful morning

Frank Sinatra – Old Man River

Ok, ok, cette vision des travailleurs noirs qui travaillent jusqu’à la mort et sans limite d’âge sur les bords du Mississipi, sur les paquebots ou qui tirent les chevaux, n’est pas d’une modernité exceptionnelle et n’entretient qu’un rapport assez éloigné avec les conditions de travail actuelles du français moyen, mais c’est Frank Sinatra et si c’est lui qui le dit que le travail est pénible : on veut bien le croire à moitié. Macron contre Sinatra, franchement, il n’y a pas match. Pas le genre à snober un verre de whisky ou à enlacer des thugs des Antilles, même si les deux ont pris le goût de la canaille et du pouvoir. Old Man River, c’est tout ce qu’on veut éviter aujourd’hui. La dignité au travail oui mais pas à n’importe quel prix.

Here we all work ‘long the Mississippi
Here we all work while the white folk play
Pullin’ them boats from the dawn till sunset
Gettin’ no rest till the judgment day

Don’t look up and don’t look down
Ya don’t dast make the white boss frown
Bend your knees and bow your head
And pull that rope until you’re dead

Stick Boy – Old People Song

Il est possible que l’auteur de cette Old People Song soit le même qui ait composé le hit international Duck Song. On en sait foutre rien à vrai dire et ce n’est pas important. Ce n’est pas le chef d’œuvre qui compte mais le message. Vous voulez vraiment en arriver là ?

Love – Old Man

On fait ce qu’on peut pour rester dans le thème. Old Man parle plus sûrement de la magie de l’intergénérationnel que de la lutte des classes mais comment espérer rencontrer un vieux type plein de sagesse et d’expérience pour éclairer la jeunesse si tout le monde se tue au travail ? L’une des plus belles chansons de Bryan Mc Lean, comparse discret d’Arthur Lee au sein des sémillants Love, se réécoute et s’écoute en 1001 occasions. Mais quel est ce foutu conseil ?

Dear old man
He’d seen most everything
Gave me a piece of good advice
Said it would do me well
I couldn’t really tell until
I have been loving you

Nirvana – Old Age

Nirvana était un groupe de jeunes pour les jeunes mais ne rechignait pas à exprimer l’épuisement et l’usure. On peut même dire que ces deux-là les rattrapèrent un peu avant l’heure. Avec Old Age, comme souvent chez Cobain, on est pas dans le premier degré, ni la transparence, mais dans cette expression que le temps qui passe n’est pas pour le meilleur. Quand on a fait son temps, quand on a subi la dictature du quotidien, quand on a répété les jours qui se ressemblent, la soumission à l’ordre, quand on a fait tout cela sérieusement et avec application, quand on a donné ce qu’on a eu à donner, il est temps de passer à autre chose. 60 ans. 62 ans. Même combat. Il s’agit toujours de trouver sa voie, ici ou là, en son temps, à son heure. Avant la fin.

One more day to complete my service
One more high to decay my nervous
Wondering how I’m gonna find a way
It’s over

One more day to complete my service
One more time here to fade my servant
One more day if I find a way
Over

Jamaica – When do You Wanna Stop Working

Il y a le titre bien sûr mais pas que. Cela ne parle pas tout à fait de ce dont ça semble parler mais le titre est parfait pour l’occasion. Et il n’y a rien de tel que le reggae pour traverser Paris.

When do you wanna stop working?
I don’t know

Ne vous y trompez pas. Jamaica est un groupe français.

Medesli Martin & Wood  – Retirement Song

Les New-Yorkais de Medesli Martin & Wood émargent historiquement sur le label Blue Note. C’est du jazz new-yorkais un brin avant-gardiste mais aussi funku, à l’image de cette chanson consacrée au départ en retraite. Ce n’est pas indiqué pour un pot de départ mais l’idée y est : la tristesse et la joie mêlée, le temps qui passe et celui qui reste. Retirement song est une pièce solide et magnifique.

The Smiths – Heaven Knows I’m Miserable Now

Des étudiants mancuniens ont fait des thèses sur la vision du travail chez Morrissey. Ce n’est pas un secret : le Moz préférait garder la chambre plutôt que d’aller pointer au bureau et “faire ses écritures”. C’est l’une des seules vertus du film qui retraçait son enfance que d’avoir pu mettre en scène la torture qu’infligeait le quotidien à cet amoureux du grand air et de la poésie. Morrissey a écrit les deux meilleurs vers sur le travail de l’histoire de la pop :

I was looking for a job, and then I found a job
And heaven knows I’m miserable now
On n’a pas fait mieux depuis l’invention des congés payés.

Fifth Harmony – Work from home

Euh…. là on a sorti le joker : le clip et les paroles sont à apprécier à leur juste valeur. On n’est pas chez Gérard Filoche ici, ni chez les défenseurs staliniens du droit du travail que notre Président 3.0 essaie de renvoyer au goulag ultralibéral. Pas d’inspection du travail, pas de pointeuse, ni de contremaître pour vous emmerder parce que vous n’avez pas fixé le garde-corps. On parle de pénibilité BTP et (surprise) de télétravail. Travaille depuis la maison. C’est le mot d’ordre… pour pouvoir baiser comme un lapin australien. Hé oui, pourquoi pas. Le télétravail autorise la poursuite des choses courantes de la vie : faire pipi, manger, et probablement (on attend une jurisprudence sur ce point) le sexe. C’est comme ça. C’est la loi et c’est un droit. Alors si vos collègues de travail enfin bref. En attendant le RER de 16H30…

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