Autour des patients de l’Hôpital Sainte-Marie de Rodez, une équipe de médecin psychiatres, d’infirmiers, de chercheurs et d’artistes ont engagé depuis cinq années un programme musical particulièrement exigeant et innovant qui vise à contribuer à la reconstruction identitaire de personnes en fragilité mentale à travers des ateliers d’écriture, d’expression et la création d’un véritable groupe de rock, Les Squatteurs du Blues, qui commence à se faire un nom sur scène et a déjà eu l’occasion de donner de nombreux concerts.
Le groupe à géométrie variable mais qui peut compter jusqu’à une douzaine de membres sur scène présente la particularité de mêler patients et accompagnants, avec la présence sur scène à leur côté du médecin psychiatre Pierre Kivits et d’une riche équipe de musicothérapeutes. Parmi eux, et en coordonnateur musicien en chef, on retrouve Cisco Esteves, figure bien connue des amateurs de musique indépendante, qui a notamment œuvré au sein du groupe Experience à côté de Michel Cloup, avant de monter le label tête chercheuse Dora Dorovitch. Autour de son association Prodiges et à travers des projets variés et souvent tournés vers l’étranger (rap, world, chansons), Cisco amène au groupe toute sa science de la composition et des arrangements, ce qui donne aux Squatteurs du Blues, une qualité d’exécution et un potentiel créatif immenses. Cette compilation pourrait tout aussi bien être son meilleur disque, tant il y prend de responsabilités et d’engagements au chant et à la création des ambiances sonores.
Le projet signe pour la première fois une vraie compilation qui élargit le champ d’actions à d’autres structures et acteurs de soins. Le disque, sorti ces jours-ci, est disponible en ligne sur Bandcamp et comprend une vingtaine de morceaux, plutôt typés slam, évoquant le parcours de ces chanteurs si particuliers. De manière pas si fréquente autour de ce genre d’initiatives, la qualité est au rendez-vous : les textes sont excellents, émouvants, drôles et vivaces, et les sons particulièrement soignés. On retrouve sur ce disque pas mal des membres des Squatteurs du Blues qui se produiront à Paris, le 1er avril, dans le 19ème arrondissement et on passe un excellent moment. Difficile de ne pas être touché par le somptueux Jamais Cachés de Françoise, qui figure aussi en couverture du disque, de résister à l’énergie torturée du Notre Terre de Nicotine, morceau incroyable, ou encore de ne pas planer sur la space world pop de Rosie sur Phoenix. Cisco Esteves mêle souvent sa voix à celle de “ses” chanteurs et les aide à poser en créant autour d’eux des arrangements parfois littéralement fantastiques. Chaque titre évoque un épisode attaché à la maladie mentale, des itinéraires individuels, fracassés, ramassés, en rémission, ou à la redresse, pour une grosse heure de musique irrésistible.
On avoue avoir versé une larme à l’écoute d’Émilie S, qui entonne un transparent re trouver, balade tendue vers un espoir incertain qui évoque le fait de ne pas trouver de sens à la vie. Par delà la différence, par delà les genres, la plupart des chansons réunies ici sont follement indépendantes et touchent à l’universel.
S’inscrire au concert gratuit du 1er avril, à Paris, 13H45 des Squatteurs du Blues.

